112ème jour : un visage sur mon nom

« J’ai lu votre blog ».

Il fallait bien que ça finisse par arriver, les dieux de l’emploi avaient décidé que ce serait ce matin. La conseillère que j’ai rencontré aujourd’hui chez Pôle avait lu mon blog. Peut-être d’ailleurs est-elle en train de lire ces mots. Mais avant d’évoquer ce tête à tête avec une lectrice assidue, il faut savoir comment je me suis retrouvé dans son bureau. Arrivé à « l’accueil sans rendez-vous », personne, pas d’attente, l’hôtesse n’attendait sans doute que moi. Je lui explique que je viens pour établir une convention pour le stage que je viens de dégoter dans une chocolaterie. Après un sourire de courtoisie qui ne parvenait pas à cacher qu’elle ne savait pas exactement de quoi je lui parlais, elle me demande de patienter et part prendre conseil dans un bureau. Quelques minutes plus tard, ô surprise, la voici qui revient accompagnée. Et pas par n’importe qui puisque l’hôtesse était partie cherchait sa réponse auprès de ma conseillère. Pas une conseillère, pas un conseiller, ma conseillère personnelle. Une appellation d’origine théorique. C’est d’ailleurs elle qui prend la parole pour tenter de récapituler les éléments qui me font venir de bon matin.

Ma conseillère : « Donc votre conseiller vous a dit de passer pour remplir une convention de stage ? »

A cet instant, cela ne se voit pas sur mon visage, j’ai un petit sourire subliminal que j’ai moi-même du mal à interpréter. Ma conseillère, juste là en face de moi, est en train de me demander si mon conseiller m’a dit telle chose. D’accord, elle ne peut pas retenir tous les noms ni tous les visages. Avouez tout de même que c’est cocasse. Pendant que je tente de formuler une réponse qui ne la mettra pas dans l’embarras, elle fouille dans son ordinateur pour en savoir plus sur moi. Et soudain.

Ma conseillère : « Ah oui… Donc c’est moi votre conseillère ».

Il n’est pas utile que j’aille plus loin dans la description de cette scène. Ce qu’il faut retenir pour conclure c’est qu’après avoir ciblé ma demande, ma conseillère m’a fait patienter le temps que je sois reçu par un autre conseiller. Une conseillère en l’occurrence. J’ai vraiment du mal à comprendre le concept de « conseiller personnel ». Je n’ai pas la science-fiction infuse.

Alors je patiente. Mais pas longtemps. Ma conseillère du jour, la sixième, vient me chercher rapidement. A peine a-t-on introduit le sujet qui occupera l’entretien qui allait suivre qu’elle m’annonce, les yeux dans les yeux, qu’elle a lu mon blog. Elle le trouve « très intéressant sous certains aspects ». J’hésite à lui proposer un autographe mais pour ne pas gâcher son plaisir je préfère lui laisser l’occasion de me le demander elle-même. Le fait qu’elle sache de manière assez précise comment se sont passées mes retrouvailles avec Pôle nous a permis d’avoir une discussion très ouverte. Nous échangeons sur nos difficultés respectives, celles de mon périple de futur reconverti professionnelle et les siennes lorsqu’on ne lui donne pas les moyens d’avoir des réponses. Parfois elle distribue des « oui », rien n’est plus simple. Parfois elle distribue des « non » et se retrouve à court d’arguments, de conseils ou de bons mots. La relation avec Pôle est d’une complexité extrême pour les chômeurs. Elle l’est aussi pour les conseillères et conseillers qui ont l’ambition de bien faire leur travail. Oui, il y en a évidemment. La sixième personne que je rencontre en a l’étoffe mais n’a pas pour autant de formule magique. Elle reste tributaire de tout voire de tout le monde, les « oui » et les « non » chez Pôle évoluent aussi vite qu’un cours de bourse. Enfin, entre sociologie et psychologie, ma convention de stage était prête.

En sortant de chez Pôle, je suis allé au centre de formation de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat pour rencontrer l’une des responsables de la partie formation. Un rendez-vous improvisé que j’avais sollicité pour aller me présenter. Ce fut bref mais complet, j’aurais d’ailleurs pu écrire concis dans un souci d’économie lexicale. Il est question de l’ouverture des inscriptions au CAP Pâtissier, du poids donné à mon dossier grâce aux stages en entreprise, de mes démarches en cours et à venir. Bref mais complet. Concis.

Maintenant que j’y repense, finalement la conseillère de Pôle ne m’aura pas demandé d’autographe.

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