141ème jour : formidable

Formidable.

C’est ce que la dame a dit. Ce matin, la conseillère de Pôle m’a dit que c’était « formidable ». Elle ne parlait pas de moi, en tout cas pas physiquement même si le quiproquo aurait eu ici toute sa place. Elle ne parlait pas non plus de mon parcours de futur reconverti professionnel puisque, comme tous ses autres collègues, elle ne sait absolument pas ce que je fais là et n’a pas prévu de s’y intéresser tant que l’attribution mensuelle de son salaire n’en dépendra pas. Heureusement, pour pallier ce cruel manque de considération, j’ai une conseillère personnalisée qui elle m’est tout aussi utile qu’une jambe en mousse dans cette agence où on me fait marcher. En réalité, c’est ma nouvelle convention de stage qu’elle trouvait « formidable ». Plus exactement les dates de cette convention. Ce matin encore, je n’ai pas réussi à lutter contre mon addiction à la pénombre des bureaux de Pôle, à cette climatisation naturelle générée par la froideur d’une majorité de conseillers. D’ailleurs la prochaine fois, je mettrai une petite laine supplémentaire. Je m’y rendais donc pour remettre en mains propres la convention pour mon prochain stage (Evaluation en Milieu de Travail), celui chez un chocolatier. La première difficulté étant alors de trouver quelqu’un avec les mains propres. Une femme à « l’accueil sans rendez-vous » m’adresse un regard et un hochement de tête de bas en haut. Comme je suis désormais un habitué, je sais que cette gestuelle m’indique que c’est à mon tour de tenter de communiquer. J’entre alors dans la zone de confidentialité avec à l’esprit de faire au plus simple et par la même occasion au plus vite. Je remets ma convention de stage en précisant qu’elle en est une. L’hôtesse, ou conseillère peut-être mais je ne connais pas encore la nuance tout comme je ne sais pas à ce moment-là si elle a les mains propres, se jette alors sur l’un des feuillets que je lui remets avec l’air de savoir exactement ce qu’elle faisait. Il s’agissait déjà là d’un fait inédit à mes yeux. Puis elle s’exclame : « Formidable ! ». Loquace, je laisse échapper un « Ah » que je considère de circonstance.

Ce n’est pas non plus la nature de mon stage qu’elle trouvait formidable. Ce qui provoqua chez elle cet effusion de joie qu’elle ne parvint à maîtriser tellement la surprise fut grande, c’est de s’apercevoir que mon stage débutait dans trois semaines. J’étais en avance, assez largement, mais surtout dans les temps. Tout devrait donc bien se passer, si elle classe mes documents au bon endroit nous devrions tous passer une bonne journée. Et un bon stage.

Aujourd’hui encore, j’ai bien rapporté la ba-balle. Il faut dire que je me l’envoie tout seul.

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