Mr Protano

Cher Monsieur Protano,

Pour commencer je trouvais assez amusant de vous préciser que mon correcteur orthographique, ce symbole de la dactylographie moderne, a fait de vous pendant quelques secondes un M. Proton. Je n’irais pas jusqu’à penser que vous soyez le coeur ni même le noyau d’un problème atomique mais cela m’aurait embêté d’écorcher le nom de mon interlocuteur maintenant que j’en ai un.

J’ai pu lire votre positionnement sur le sujet « poubelles » dans les colonnes de la presse locale et j’ai bien cru que vous aussi vous cherchiez à enfouir quelque chose. « Si on avait demandé à chaque administré où il voulait qu’on les mette (les poubelles), on ne les aurait jamais posées! ». Oui, Monsieur Protano, je suis entièrement d’accord avec vous. A ma toute petite échelle, j’encourage moi aussi à ne pas chercher sans cesse l’unanimité. Il est parfois des choix difficiles dont on sait qu’ils seront mal compris, cela ne les rendant pas moins indispensables. Mais je crois que secrètement, vous savez parfaitement que ce n’est pas ça le problème et qu’avec une telle déclaration vous tentez d’introduire des éléments de langage qui n’ont pas eu le temps d’être préparés. Non, vous n’auriez pas pu avancer sur le sujet si vous aviez demandé l’avis de chacun. Pour autant, et là c’est votre mission, votre rôle d’élu qui vous y oblige, vous aviez à décider, oui, mais aussi à expliquer de façon claire et précise. Des explications sur la nature même de ces nouvelles installations, sur le calendrier des travaux, le nombre de poubelles déployées, sur le pourquoi vous avez jugé que tel emplacement était « judicieux » (c’est le terme que vous avez employé). Vous aviez même jusqu’à prendre le temps d’aller plus loin avec les cas particuliers dont je fais malheureusement partie mais persuadé que je ne suis pas le seul. Pour rappel cependant, dans mon cas les sacs sont empilés contre ma clôture allant jusqu’à dépasser celle-ci. Ceci est un autre problème lié aux incivilités, j’en conviens et j’y viens peu après. Je ne doute pas qu’il y ait eu un « travail colossal » fourni par les concernés. Mais ce travail ne pouvait être valorisé que par de la pédagogie en amont ayant pour matières premières les quelques bribes que je viens d’évoquer, non exhaustives et nullement développées. Vous ne l’avez pas fait. Je reste pourtant persuadé qu’entre vous, lors de vos nombreuses réunions, il n’y a pas eu un seul instant où vous n’avez évoqué les mécontentements de la population possibles et légitimes d’ailleurs si aucune explication ni argument ne s’y oppose. Quelle est donc cette forme de masochisme administratif dans laquelle on sait que l’on va prendre des coups alors même qu’en bonne intelligence il était possible de jouer la transparence ? Cette transparence aurait-elle éviter les mécontents ? Non, évidemment. Mais chacun savait à quoi s’en tenir. Tout le monde avait l’intégralité des éléments avant de se trouver face au fait accompli. J’irais même jusqu’à dire que cette attitude de votre part aurait été plus qu’intelligente, elle aurait été maline. On ne pouvait rien vous reprocher, tout simplement parce qu’en agissant en toute transparence on ne devrait rien pouvoir vous reprocher. Vous avez choisi une autre option, plus brutale. Mais plus brutale pour tout le monde, y compris vous. Vous avez choisi le « on fait et on verra bien ». Vous annoncez qu’une fois que les 600 poubelles auront été déployées sur le secteur, « tout ira bien ». Je vous fait une comparaison amusante, une métaphore deux étoiles. En finale de coupe du monde, Didier Deschamps sort N’Golo Kanté à la 55ème minute de jeu alors que jusqu’à présent il était, et de loin, le meilleur joueur de la compétition. Mais ce soir-là, ça ne marchait pas, Kanté était à côté de la plaque. Le sélectionneur décide de le sortir à juste titre. S’il avait attendu la 90ème minute, la France aurait comme qui dirait joué à 10. Ceci pour vous dire qu’il est toujours temps de corriger le tir en cours de jeu si ça ne fonctionne pas. Pas la peine d’attendre la 600ème poubelle. Les stratégies sur papier sont une chose, il y a ensuite la vérité du terrain.

Monsieur Protano, votre première déclaration au sujet de ce nouveau système de collecte des ordures était maladroite. Elle donne aux riverains, administrés, habitants, à toutes ces personnes que vous êtes censé représenter, un sentiment amer. Ces personnes sont sans doute les « 99% qui respectent les consignes » comme vous dites. Mais sur le fond comme sur la forme, il est intéressant que les consignes ne passent pas pour des ordres. Pour cela il faut parler, en amont, et ne pas attendre en croisant les doigts pour que ça n’arrive pas, que quelqu’un monte au créneau.

Monsieur Protano, je l’ai déjà dit et je le répète, cet évident manque de communication ne sera pas le problème à l’avenir mais vous devez tout de même le prendre en considération et rectifier le tir. C’est un conseil que je vous donne et moi, je suis personne et d’une certaine façon tout le monde à la fois. Vous en ferez bien ce que vous voudrez. Le problème à l’avenir sera l’utilisation des poubelles par les usagers, c’est certain. Quelle place avez-vous accordé à ce sujet ? Quelles mesures avez-vous envisagé qu’il s’agisse de prévention ou de répression ? Avez-vous seulement envisagé quelque chose ou bien vous êtes vous arrêté au fait que les gens se foutent de tout ? Vous dites que dans votre commune vous avez installé des « panneaux écrits en très gros » ? Je crois qu’on est loin du compte mais d’une certaine façon je comprends votre impuissance mais je ne me l’explique pas. La décharge sauvage est un délit. Sur les sites de poubelles enterrées ou semi-enterrés, on peut donc considérer que plusieurs délits par jour sont commis et cela 7 jours sur 7. En toute impunité. La solution viendra-t-elle de la prévention, de l’information ou de la répression, allez savoir. Je tenais à ce que ce constat soit fait. Le sujet est complexe, je l’entends. Mais si les responsables baissent les bras et s’affichent comme impuissants face à cette forme d’anarchie, le message est brouillé. Ou trop clair peut-être. On pourra toujours dire que nos sociétés ont des problèmes bien plus importants. Je ne suis pas certain que ce soit vrai, je crois même qu’en fait tout est lié avec l’homme en dénominateur commun. En arithmétique, on apprend à résoudre les problèmes en cherchant un dénominateur commun. Nous, nous connaissons ce dénominateur. On devrait pouvoir résoudre le problème.

Je vous souhaite une réussite totale dans ce dossier « puant » M. Protano. Et je serais ravi de vous accueillir chez moi, dans mon jardin près des poubelles, autour d’un bon goûter pour discuter un peu plus de tout ça.

Au plaisir.

3 réflexions au sujet de « Mr Protano »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.