16ème jour : hommages collatéraux

Après mûre réflexion, je pense que je suis en réalité un cobaye. Une sorte de rat de laboratoire qui veut devenir pâtissier, une version revisitée du Ratatouille de Disney. En face, un public constitué de lecteurs quotidiens, à savoir vous, bande de sales voyeurs pervers.

Certains d’entre vous soulignent « l’humour » présent dans mes billets. Ah parce qu’en plus ça vous fait rire ? Patrie, c’est fini. Aujourd’hui je fais fi de votre sincérité d’occasion et je rends hommage à deux amis, deux résistants, d’une certaine façon deux poilus, l’un plus que l’autre d’ailleurs me semble-t-il.

Le premier, que j’appellerais Tango Charly pour préserver son anonymat, est un spécialiste de la bombe informatique. Son truc à lui, s’infiltrer dans le système et provoquer l’implosion. Il agit seul, sans commanditaire, sans ordre, sans réseau. Seul quoi. Il décide un jour de se rendre chez Pôle avec un plan des plus machiavéliques. Installé en face de celui qui jouait le rôle de son conseiller, Tango Charly annonce sans trembler, les yeux dans les yeux, qu’il veut être « ludothécaire ». Le compte à rebours est alors enclenché. « Ludothécaire »… Le terme à lui seul fait l’effet d’une flèche empoisonnée qui se serait plantée dans la carotide de la cible, lui provoquant des sueurs froides, une raideur dans la nuque puis dans la colonne vertébrale, le tout accompagné de propos parfaitement incohérents.

Le conseiller : – « Ludothécaire… Vous ne voulez pas dire « bibliothécaire » plutôt ? Monsieur Tango Charly ? Pardonnez-moi, je vous entends moins bien. »

A ce stade de l’attaque, difficile de savoir si la cible est atteinte de surdité ou si tout simplement elle ne comprend rien. Après avoir neutralisé l’homme, Charly a le champ libre pour l’implosion de la machinerie informatique. Il suffirait que la cible, de plus en plus fébrile, décide de taper le mot « ludothécaire » dans le champ « métier » de son logiciel pour qu’instantanément Pôle se retrouve contraint de refaire appel à ses minitels archivés pour palier ce qui sera qualifié de « bug ». Charly est dans la bergerie.

J’appellerai par son matricule le second mercenaire à qui je souhaite rendre hommage, à savoir 0800. Continuez la lecture en toute tranquillité, il ne s’agit pas d’un numéro surtaxé. 0800 serait plutôt à ranger dans la catégorie des kamikazes. Sa spécialité : s’infiltrer sur les lieux de son forfait et menacer de se faire exploser. Lui aussi agit seul, Pôle est sa cible. A la manière de Tango Charly, 0800 manie comme personne l’arme lourde. A peine arrivé sur les lieux, il dégaine :

0800 : – « Je veux être intermittent du spectacle ».

S’en suit alors une ambiance western, la scène où l’on entend le vent souffler, cette petite brise au ras du sol qui crée des tourbillons de poussière au son de la porte du saloon qui grince. Gros plan sur le regard de 0800. Contre-champ. Gros plan sur celui du conseiller.

0800 : – « Ce bureau n’est pas assez grand pour nous deux, Billy. »

0800 joue avec les nerfs de sa cible en martelant que son el dorado à lui, c’est le statut d’intermittent du spectacle. Un statut que tout le monde connait chez Pôle, mais que personne sait comment qu’il marche ce merdier. 0800 a les heures de travail nécessaires pour prétendre à l’intermittence, il le sait, il a compté minutieusement, son plan est sans faille. Face à lui, les équipes de Pôle se renvoient la balle en espérant que 0800 se la tire dans le pied, des courriers partent vers de mauvaises adresses, des coups de fils entretiennent la tension puis c’est le bouquet final. Pour faire simple, imaginez-vous que c’est compliqué. Pas une seule seconde 0800 aurait pu penser que son plan si précis pourrait mener à la perte pure et simple de son dossier dans les méandres de l’informatique de Pôle. Plus d’heures, plus d’intermittence, plus d’indemnisation, plus rien. Donc, plus de pitié. 0800 décide de rester chez Pôle jusqu’à ce qu’on vienne le déloger. Après médiation et autres réjouissances mais surtout après beaucoup trop de temps perdu, il sera rétabli dans ses droits après qu’une conseillère de Pôle ait enfin retrouvé le bouton sur lequel il fallait appuyer depuis le début.

Comme le crime, le travail était presque pas fait.

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