Archives mensuelles : décembre 2013

29ème jour : l’ARE et la manière

Le temps s’est arrêté quelques secondes ce matin, m’offrant un peu de la magie de l’ascenseur social faisant mine de grimper d’un étage. Il y a 28 jours, je quittais mon travail avec l’étrange intention de recoller les morceaux d’un passé tumultueux avec Pôle. Ce matin, je recevais un signe. En ouvrant mes e-mails, je constate que Pôle a mis « un document à ma disposition dans mon espace ». Jusqu’ici rien d’extraordinaire, il a toujours un double des clés sur lui. J’appréhende un peu la lecture de ce courrier, inquiet que Pôle ait eu vent de mes railleries et qu’il décide alors de m’envoyer quelques nouvelles cases à cocher et autres pages à signer. Il n’en était rien. Les gardiens de 2013 ont eu le dernier mot et c’est en leur dernier jour que je reçois… Mon ouverture de droit à l’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi !

Ca y est, c’est officiel, je suis un chômeur indemnisé. C’est tellement officiel que dans l’objet du courrier est précisée la mention « Notification à conserver ». Soudain je suis pris d’une angoisse, la même qui s’empare du gagnant du gros lot au Loto, paniqué à l’idée de perdre mon précieux ticket. J’ose alors me poser cette question en bravant tous les interdits : « que va-t-on faire de moi si je perds ma notification ? »
Plutôt que de répondre à cela et me torturer encore, je décide qu’il est plus sage désormais que je ne sorte plus de chez moi pour minimiser les risques. J’attendais le facteur, c’est finalement par mail qu’est arrivée la nouvelle et ma paranoïa naissante m’impose de rester assis fixement face à mon ordinateur sans faire aucune manipulation périlleuse de manière à éviter virus et formatages intempestifs. C’est un peu contraignant, et encore là ça ne fait que deux heures, mais cela fait aussi partie des responsabilités liées à un statut social : on ne perd pas sa notification d’ouverture de droit à l’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi. Point.
Je comprends alors qu’un compte à rebours vient de se déclencher. J’ai devant moi 686 jours pour accéder à ma formation, obtenir le CAP Pâtissier, peaufiner mon projet de création d’entreprise, créer mon entreprise et en vivre. Moins de deux ans donc, si je fais la conversion du temps de ma reconversion. Pendant ces 686 glorieuses, la seule chose que je sais c’est que Pôle sera mon patron. J’aurais des comptes à lui rendre chaque mois, il me versera mon allocation si je réponds bien au questionnaire mensuel en temps et en heures, nous ferons en somme un pas vers l’autre à tour de rôle pour installer un climat de confiance. Mais à ce stade, dans l’esprit de Pôle, il n’est pas question de ma reconversion professionnelle. Je suis logé à la même enseigne que mes compagnons de cellule, bien informé sur le fait que les évasions sont encouragées pour le bien-être des statistiques. J’ai mon visa, c’était la première étape, et il semblerait que les informations qu’il contient soient cohérentes avec les cases que j’ai cochées. Jusqu’à preuve du contraire. La conseillère anonyme censée me rappeler courant janvier écourtera peut-être son délai de rétractation en apprenant que mes papiers sont en règles. Une chose est sûre, je compte bien la démasquer sans tarder.
Demain, sera une autre année.

28ème jour : répétition générale

Il m’aura fallu 28 jours pour comprendre que je pouvais être mon propre ennemi dans cette aventure masochiste de la reconversion professionnelle. Il ne manquait plus que ça ! Evidemment non, je ne serais pas du genre à me divulguer de fausses informations, à me communiquer les coordonnées erronées d’une personne qui va se demander pourquoi je la contacte, pas du genre non plus à me refuser un financement. Cependant, je pourrais être contre-productif en continuant à me morfondre les jours où Pôle ne me donne pas de nouvelles alors qu’il avait dit qu’il en donnerait. D’accord, « morfondre » est un terme un peu fort mais je le trouve assez représentatif de cette relation à la fois tendre et conflictuelle que j’entretiens avec ma nouvelle précarité.

« Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te radie ». Voilà qui résume assez bien mon état d’esprit actuel et cela tombe très bien puisque cette phrase est de moi. Ceci étant dit, et bien dit n’est-ce pas, j’ai décidé de finir l’année et de commencer la suivante en relativisant. Un peu. J’admets bien volontiers que c’est une décision d’autant plus simple à prendre que Pôle n’a pas l’air décidé à ce que l’on fasse du co-voiturage. De plus, je ne sais absolument pas ce que veut dire « relativiser ». Ainsi si je résume, pour cette fin d’année et le début de la suivante, je n’ai rien décidé. Et je continue l’aiguisage de ma patience… Je vais tenter d’éviter de faire du Pôle Bashing car on ne tire pas sur des ambulances qui transportent des chômeurs. Je vais en rester à Alain Bashung, mentir la nuit et prendre des trains à travers la plaine.

Faut-il aussi un CAP si l’on veut devenir pâtissier-poète ?

27ème jour : fermeture dominicale

Alors je vais être très clair.

Aujourd’hui, je n’ai pas ouvert de livres de pâtisserie, je n’ai cassé aucun oeuf, pas mis les mains dans la farine ni même rien pesé, j’ai laissé mon tablier plié, j’ai utilisé internet pour autre chose que traquer mes prédécesseurs reconvertis professionnels ou dénicher un CAP Pâtissier en vente flash, je n’ai pas guetté la boite aux lettres puisque le facteur avait une bonne raison de ne pas passer, je n’ai pas pensé à Pôle ou alors beaucoup moins, j’ai finalement fait comme si je n’avais rien à faire et je crois que j’y suis plutôt bien arrivé.

Voilà. Je ne peux pas être plus clair.

Le retour au lundi est prévu pour demain.