Archives mensuelles : décembre 2013

23ème jour : paranormale activité

Jamais je n’aurais pensé qu’un jour une spatule à lisser emballée dans du papier cadeau et déposée au pied d’un sapin ferait de moi un homme heureux. Elle n’a pas de port USB, pas plus de bluetooth ou de wifi, c’est une spatule à lisser des plus traditionnelles. Tactile tout de même, à sa manière. Elle était accompagnée de divers autres ustensiles propres à la pâtisserie. Alors non le Père Noël n’existe pas jusqu’à preuve du contraire, toujours est-il que ces cadeaux ne sont pas tombés du ciel (jusqu’à preuve du contraire également) et que quelqu’un les a forcément posés là. Dans cette affaire, je soupçonne ma famille. Je finirai bien par le savoir.

Grâce à cette orgie de consommation camouflée sous les traits d’une fête religieuse que je critique grassement quand elle ne fait que le bonheur des autres, j’ai fait un pas de plus vers l’aménagement de mon laboratoire de pâtisserie. Notez qu’un laboratoire de pâtisserie n’est pas un lieu dans lequel on teste des recettes sur des souris. Il s’agit plus simplement si vous préférez de la cuisine du pâtisseur en chef, une place centrale. En toute logique, construire autour de moi un tel lieu d’expérimentation est une étape primordiale. Ainsi, compte tenu des divergences d’opinions d’un panel représentatif de 7 à 77 ans concernant un objet volant non identifiée susceptible de se faire tirer par des bourins pour finir dans une cheminée, de mes soupçons tout à fait fondés envers ma famille concernant ces paquets poussant au pied d’un conifère de fête, je demande à tout ce petit monde de se mettre d’accord sur le calendrier de manière à ce que mon laboratoire grandisse à une vitesse plus significative qu’un seul jour par an.

Joyeux Noël.

22ème jour : avis de passage

Cher Pôle,

Par ce billet je t’informe qu’en mon âme et conscience j’ai décidé aujourd’hui de mettre notre histoire entre parenthèses. Non, je ne t’ai pas consulté pour prendre cette décision et cela malgré mon statut de demandeur d’emploi clandestin. À ce sujet, j’espère que ton hôtesse t’a bien remis ma petite attention d’hier.

J’espère pourvoir compter sur toute ta compréhension quant à mon audacieux agissement, je n’ai aucun doute sur ton sens de Noël et je te sais beau joueur. Tu auras d’ailleurs sans aucun doute l’occasion de me rendre la pareille, je ne m’inquiète pas pour ça.

Je te souhaite sincèrement de passer de belles fêtes, je retourne au pied de mon sapin artificiel.

Je te prie d’agréer mes sincères salutations sans rancune.

Bisous.

21ème jour : retour à l’envoyeur

Ce matin j’ai eu une idée de génie. Une illumination au réveil en frottant ma lampe de chevet. J’avais planifié hier ma journée d’aujourd’hui, au cordeau, mais j’avais sous-estimé ma capacité à faire d’un décollement de paupière matinal un véritable coup d’éclat. Grâce à cette prouesse intellectuelle, j’allais toucher du doigt le rêve d’aller plus vite que la musique, éviter les files d’attente au guichet de la Poste, alléger la tournée d’un facteur et contribuer ainsi à la lutte contre le surmenage dans le service public. A ma façon, j’allais faire du bien à la France à la seule force de mes neurones. Alors voilà. Ce matin, j’ai décidé que j’allais apporter moi-même mon dossier de demande d’allocation directement chez Pôle. Malgré nos retrouvailles en demi-teinte, je voulais que Pôle comprenne que je ne suis ni rancunier, ni avare de ces petites attentions qui entretiennent la flamme. Juste avant l’incendie.

J’arrive donc chez Pôle, à l’improviste pour maximiser l’effet. Mon dossier est dûment rempli, toutes les croix sont à leur place, j’avance confiant vers l’hôtesse d’accueil. Une fois entré dans la zone de confidentialité, je tends fièrement mon dossier à mon interlocutrice du jour :

Moi : – « Bonjour, je suis venu lundi dernier pour une inscription et mon dossier m’a été retourné par courrier car il n’était pas recevable ».

Elle jette un oeil sur le courrier joint à mon dossier, celui expliquant que ma demande n’était pas recevable en l’état et m’invitant à regarder de plus près la PAGE 5.

L’hôtesse : – « Ah… Il vous manque donc la PAGE 5… »

Elle lance cette phrase sur un ton laissant à penser que cette PAGE 5 a une notoriété au-dessus de la moyenne et qu’elle est un véritable piège dans lequel tout le monde tombe.

Moi : – « Non… j’ai bien la PAGE 5. Le courrier précise en revanche qu’il manque des informations sur cette page. »

A cet instant, je ne m’explique toujours pas pourquoi, elle décide de chercher la fourbe PAGE 5 en commençant par la fin du dossier. Une fois arrivée à destination, elle continue son feuilletage jusqu’à revenir à la page 1 . Ca non plus, je ne me l’explique toujours pas. C’est alors que sa mémoire visuelle a du se mettre en marche. Elle avait brièvement aperçu la PAGE 5 lors de son tour de passe-passe, elle décide donc d’y revenir. Je reprends espoir en me disant qu’elle va peut-être me donner les ficelles de son numéro. Il n’en fut rien. Cependant, elle emplit mon coeur de joie en faisant honneur au réalisme de la croix que j’avais tracé dans l’encadré n°6. J’avais désormais de bonnes raisons de croire que mon dossier de demande d’allocation était complet et entre de bonnes mains.

De bonnes raisons que la raison ne connait pas.