Archives mensuelles : décembre 2013

14ème jour : premiers baisers

Ce que j’apprécie particulièrement un lendemain de match c’est avoir du temps pour faire un décrassage. Un petit footing matinal pour dissiper les quelques courbatures naissantes.  Il se trouve que ce matin, de manière tout à fait improvisée, j’ai eu l’occasion de faire ces quelques foulées revigorantes en quatrième vitesse et en civil, pour regagner ma voiture garée dans un parking souterrain. Je m’étais trompé de lieu de rendez-vous.

Depuis notre dernière rencontre, Pôle avait fait de ce qui était jusque-là sa succursale autrefois nommée Assedic, sa seconde résidence principale. Désormais, selon l’attachement qu’il accorde à ses prétendants, il change d’adresse. Perturbé par l’émotion des retrouvailles, je me laissais bêtement porté vers le lieu de nos premiers émois. Cette douce rêverie fut de courte durée et interrompue par une hôtesse de Pôle :

– « Monsieur… Grangier ? Attendez je vérifie… Alors j’ai beaucoup de « monsieur » mais pas de « Grangier ».

Soit c’était un trait d’humour, soit elle a pensé que « monsieur » était mon prénom. Je n’ai pas pris le temps de me faire un avis sur la question, j’étais à la fois en avance et en retard, par ma faute qui plus est. J’avais tout juste le temps de courir jusqu’à ma voiture et de retrouver Pôle, cette fois-ci pour de bon. Il était là. J’étais à l’heure, il m’attendait. Cela m’a fait un peu de peine mais j’ai du faire avec, Pôle avait convié d’autres personnes que moi ce matin. Après tout ce temps, je ne peux pas lui en vouloir d’autant que nous ne nous étions pas jurés fidélité. Lui aussi devait continuer à avancer sans moi.

Comme le veut la tradition, j’ai été reçu par une conseillère. Celle-ci n’avait pas d’épreuve sportive à me soumettre. Après les formalités administratives qui m’ont permis de revenir officiellement dans les petits papiers de Pôle, nous avons abordé le sujet du CAP Pâtissier. C’est à cet instant que j’ai décidé d’allumer l’auréole au-dessus de ma tête. J’ai évoqué les démarches que j’avais déjà entreprises , les personnes que j’avais contacté, les options qui m’ont été présentées, ceci pour montrer à Pôle que moi aussi j’avais avancé sans lui. Puis j’ai remis à la conseillère le devis personnalisé du CAP Pâtissier que m’a remis la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. A cet instant je l’ai vu à la peine pour maintenir figé son sourire à la fois courtois et apaisant. Quelque chose semblait la chagriner dans ce document. J’avais pourtant amené les choses en douceur en évoquant le sujet du Chèque Régional de Qualification d’un montant de 2 000,00 euros dont m’avait parlé mon ami de la Maison de l’Emploi, mais cette solution n’avait pas l’air suffisante. Pour elle, le compte n’était pas bon. Même avec ce chèque de qualification, il restait de la craie sur l’ardoise.

Ma conseillère : – « Pour moi il n’y a aucun problème pour qu’on fasse une demande de chèque de qualification selon votre devis ».

Chouette, j’adore quand il n’y a aucun problème. Cependant, elle n’avait pas fini sa phrase.

Ma conseillère : – « Le problème c’est que cette formation n’est pas conventionnée ».

Voilà comment en une phrase il est possible de voir naître un problème à l’endroit même où il n’y en avait « aucun ». Après la rupture conventionnelle, me voici en tête à tête avec la formation conventionnée. Et dans « convention », vous savez ce qu’il y a. Selon ma conseillère, il faudrait que je prenne contact avec la Chambre de Commerce et d’Industrie qui proposait l’an dernier la formation CAP Pâtissier financée par Pôle. Reste à savoir si ce sera encore le cas pour la prochaine rentrée scolaire… Je compte sur moi pour obtenir cette information rapidement.

Pour finir, « ma » conseillère est devenue « la » conseillère. Elle m’informe en effet qu’elle n’a pas toutes les compétences pour suivre mon dossier, s’agissant du financement d’une formation et d’une création d’entreprise. Je vais donc être basculé dans le portefeuille de l’une de ses collègues qui j’espère aura la grande bonté d’alimenter le mien. Trop heureux de ses retrouvailles, je n’avais pas d’attente. Je ne suis donc pas déçu de ne pas avoir appris grand chose. Maintenant, j’ai quelques coups de fil à passer.

Pôle, je ne te jette pas la pierre. Pas encore.

13ème jour : croiser le cuivre

Comme souvent le dimanche après-midi, pour le plus grand bonheur de ma dame, c’est sur un terrain de football, qui plus est dans un short, que l’on pouvait me trouver. Si tant est que quelqu’un ait eu l’idée de me chercher. Une victoire 3 à 0 « à la maison », le dernier match avant la célèbre trêve hivernale que les épouses trouvent toujours trop courte. Cette satisfaction ne me faisait pourtant pas oublier mon échec cuisant de la matinée lors de ma première fournée de canelés bordelais avec mon nouveau matériel. Par « nouveau matériel », je parle de superbes moules en cuivre offerts par mes collègues le jour de mon départ. Ils étaient au courant de mon désir pâtissier et ont visé juste avec ce cadeau. J’ai donc expérimenté mon four à des températures que je ne lui avais pas encore infligé, des moules dans une matière dont je ne connaissais pas encore les réactions, eux-mêmes chemisés de cire d’abeille selon la recette traditionnelle. Oui je me cherche des excuses. Et du coup, j’en trouve. Au final, gustativement il y avait du goût et visuellement… il n’y avait pas de visuel. Le démoulage fit l’objet d’une négociation des plus délicates. Je devais me rendre à l’évidence, les moules en cuivre avaient pris les canelés en otage. Je refusais en bloc les demandes de rançon tout en faisant mon possible pour ramener le cuivre à la raison. Rien à faire. J’ai du employer la manière forte mais je garde au secret la méthode employée pour être certain que personne ne s’y aventurera. Il en va de l’honneur de la pâtisserie.

Mais l’évènement le plus marquant du jour se résume de la façon suivante : J-1. Oui, c’est demain. A 11h précises. C’est demain que Pôle et moi allons goûter nos retrouvailles. J’ai d’ores et déjà préparé des papiers, ceux qu’il préfère, j’espère que cela lui fera plaisir. Je connais son côté perfectionniste, il trouvera sûrement qu’il manque un petit quelque chose.

Sacré Pôle.

12ème jour : ma petite entreprise

La principale partie du programme de mon cher et tendre CAP Pâtissier est sans aucun doute le stage en entreprise. Mais comme vous êtes désormais incollables sur mon début de parcours de futur reconverti professionnel, vous le saviez déjà. J’avais pensé opter pour le Contrat de Professionnalisation. Au moins dans l’intitulé, ça semble vouloir dire ce que ça veut dire.  Puis j’ai appris grâce à mon monsieur-réponse-à-tout de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat que ce contrat coûtait plus cher à l’employeur qu’une convention permettant d’exploiter légalement un stagiaire. La fameuse « traite stagiaire ». Evidemment, ce ne sont pas les mots qui ont été choisis pour m’expliquer tout ça. Je serais donc un stagiaire de la formation professionnelle, en théorie. Je suis d’ailleurs curieux de savoir comment mon futur maître de stage, plus simplement mon patron, va agir avec un apprenti qui ne vient pas d’obtenir son Brevet de Sécurité Routière, qui a fini de muer (je crois), qui n’arbore ni mèche devant les yeux ni crête gominée sur le crâne mais qui est néanmoins fier comme un coq. Allez savoir, selon l’entreprise qui m’accueillera je serais peut-être même le plus âgé de la boutique. C’est d’ailleurs l’une des nouveautés de ma vie de trentenaire, être parfois le plus vieux parmi l’assemblée.

Et après ? Oui, après le CAP (que je vais obtenir n’est-ce pas hein ?!), je fais quoi ? Je reste le doyen de la pâtisserie qui m’a accueilli ? Cette projection va vite en besogne, à cette heure-ci je ne suis qu’un chômeur en attente de son visa. Certes. Cependant, autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas choisi de devenir pâtissier pour travailler dans… une pâtisserie. Du moins pas dans une pâtisserie qui ne serait pas la mienne. Alors si je résume : j’ai quitté mon travail, j’ai ensuite décidé de m’engager dans un changement total de carrière pour aller vers un métier pour lequel par déduction je n’ai aucune expérience professionnel à revendiquer, pour finir j’ai choisi de ne pas être un vulgaire salarié adepte des arrêts maladie mais bien un chef d’entreprise décomplexé. La caricature et moi sommes très bons amis, sachez le.

J’ai un projet de création d’entreprise très précis en tête. Allez je vous dis tout. Mais pas ce soir.