Archives mensuelles : décembre 2013

8ème jour : des retrouvailles recommandées

Ce matin, le facteur est passé. J’ai cru qu’il ne passerait jamais. Lundi, mardi… Il est venu me remettre mon bon de sortie sous pli recommandé, comprenant mon bulletin de paie du 1er au 4 décembre 2013, mon certificat de travail, mon attestation Pôle Emploi et mon reçu pour solde de tout compte. Pas de fleurs, pas de chocolats. Pas non plus de traces de mes 39 heures de DIF (Droit Individuel à la Formation) acquises dont j’ai demandé à bénéficier, ni de ma demande de résiliation de la mutuelle obligatoire. J’ai signé, le facteur est reparti avec le sentiment du travail bien fait, emportant avec lui une attention de ma part à l’égard de mon désormais ex-employeur : un accusé de réception en guise de carte postale.

Inutile de revenir sur la séquence émotion lors de l’ouverture de l’enveloppe puisque je viens de vous en dévoiler le contenu. En revanche, l’instant suivant fut des plus solennels et méritait bien que j’y consacre quelques lignes.

J’étais alors en train de regarder la radio à la télé (cette phrase n’avait absolument aucun sens il y a quelques années et pouvait même valoir une nuit en cellule de dégrisement, mais la technologie est passée par là). Je décide de m’installer face à mon ordinateur et de me mettre au travail. Enfin plus exactement de me mettre au chômage. Car oui, ce matin, je me suis inscrit à Pôle Emploi. Hier je découvrais que cette inscription,  plus exactement une ré-inscription dans mon cas, pouvait s’effectuer par internet. Je ne m’en prive pas. Et je n’ai pas honte de dire que nos retrouvailles furent particulièrement émouvantes. Cela faisait pourtant un long moment que nous nous étions éloignés, mais Pôle n’avait rien oublié. Il se souvenait de tout. Mon nom, mon prénom, mon adresse, ma date de naissance même, lui qui pourtant ne m’a jamais souhaité mon anniversaire. Il avait gardé en mémoire tout mon parcours, chaque heure de chaque jour travaillé. Il avait même conservé mon CV, rangé là où je l’avais laissé. Je me suis imaginé que parfois le soir, Pôle regardait mes références, nostalgique, en se demandant si j’allais revenir un jour. C’est ainsi que nous avons décidé de franchir le pas et de renouer contact. Pour cela il fallait commencer par se revoir, ce sera lundi prochain à 11h, chez lui.

Pôle n’avait pas changé.

7ème jour : se jeter allo

Allez savoir pourquoi. Faites le test. Parlez de la pâtisserie à n’importe qui autour de vous, il vous dira que c’est un beau métier. Il ajoutera qu’il faut aimer se lever tôt, que c’est un métier physique et éprouvant que lui ne pourrait jamais faire, mais qu’il trouve beau. Dire que la pâtisserie est un beau métier est devenu un air aussi connu que « les routiers sont sympas ».  A l’usage, on s’aperçoit tout de même que les routiers sont sympas sauf pendant les opérations escargots, quand ils doublent, quand ils font des appels de phare à mademoiselle qui double, quand ils klaxonnent et plus généralement quand ils roulent. Reconnaissons-le. Les routiers sont sympas, chez eux, ou éventuellement garés sur une aire d’autoroute. Alors ça veut dire quoi « la pâtisserie est un beau métier » ? A vous. Vous avez deux heures.

Ce matin, après des recherches internet dominicales, j’ai décidé de téléphoner à l’AFPA, l’Association pour la Formation Professionnelle des Adultes. Je suis adulte, du moins légalement majeur, et je cherche à me renseigner sur la formation professionnelle. A priori, mon ciblage est pertinent. En surfant sur les vagues électroniques de la branche Aquitaine du site de l’AFPA, je découvre un module de formation de 4 jours intitulé « Pâtisserie en restauration : maîtriser les techniques de base ». Alléchant sur le papier, a priori toujours. J’appelle. Après la musique d’attente règlementaire, une femme prend mon appel. Je n’ai pas retenu son nom, qu’elle m’a donné pourtant, la faute à son accroche d’accueil certes polie et courtoise mais tellement longue que j’en ai presque oublié qui j’appelais et pourquoi.

Moi : Bonjour madame, je souhaite avoir des renseignements sur vos modules de formation en pâtisserie.

Elle : Je crois que nous ne proposons rien de ce genre.

Moi : Pourtant j’ai vu sur votre site internet un module intitulé « Pâtisserie en restauration : maîtriser les techniques de base ».

Elle : Ah… Attendez je regarde.

Comme j’apprécie particulièrement me sentir plus malin que les autres, j’ai pensé à cet instant qu’elle découvrait que l’organisme pour lequel elle travaille avait eu l’idée ingénieuse d’avoir un site internet. Je patiente.

Elle : nous avons un module intitulé « Pâtisserie en restauration : maîtriser les techniques de base ».

Sans blague.

Je pensais avoir appelé l’AFPA à Périgueux et être en train de discuter avec une autochtone, mais j’ai vite compris que j’étais en ligne avec un centre d’appels ou quelque chose du genre. La personne au bout du fil était aimable, usait d’un ton agréable entre la conseillère d’un opérateur téléphonique et l’hôtesse de l’air. J’ai un forfait illimité, ça ne me dérange donc pas de faire la conversation, ok, mais malheureusement ce n’est pas elle qui va assurer mon décollage.

Quant à ce module de formation de 4 jours, oui il existe, mais pas du tout dans mon secteur géographique malgré ce qu’annonçait le fameux site internet. C’est une autre hôtesse de l’air qui me l’a appris et qui a fini par me dire : vous avez essayé sur notre site de taper « devenir pâtissier » ?

Cordialement.

6ème jour : ne pas se faire de bilan

Aujourd’hui c’est dimanche. A moins que votre soirée d’hier ne se soit achevée que cet après-midi, vous n’avez pas attendu de lire ce billet pour le savoir. Il est évidemment prématuré pour moi d’évoquer une quelconque forme de « bilan de la semaine », j’ai quitté mon travail mardi dernier seulement, solde de tout compte en poche depuis hier et pas encore ré-immatriculé au registre national des demandeurs d’emploi. A cet instant, je ne suis pas encore complice de la non-inversion de la courbe du chômage.

Pourtant, sans parler de bilan, ces derniers jours ont vu naître quelques réactions au sujet des différents billets, ainsi que ça et là sur Facebook et Twitter (cette phrase n’est pas sponsorisée). Je n’en doutais pas, mais c’est maintenant confirmé, je ne suis pas le seul à me jeter dans le grand bain de la reconversion professionnelle, sans brassière, même pas peur d’ouvrir les yeux sous l’eau. Un ami avec qui j’ai partagé mon épopée lycéenne a décidé de passer de l’éducation nationale à la carrosserie-peinture. Un illustre inconnu, rencontré de manière électronique sur les réseaux sociaux, m’a fait part de sa situation similaire à la mienne : rupture conventionnelle de contrat puis reconversion. J’ai lu ou entendu également des messages de soutien, des encouragements mais aussi pas mal de « je ne m’en fais pas pour toi ». Cette dernière formulation, que je classe bien entendu dans la colonne des « plus », provoque systématiquement en moins une seconde d’inquiétude, peut-être une peur de décevoir. Et puis ça passe. Dès la seconde suivante je transforme tout ça en une pression positive, un torrent supplémentaire à mon moulin.  D’ailleurs : moulin-blé, blé-farine, farine-pâtisserie. CQFD.

Je vous ai déjà parlé de mon monsieur-réponse-à-tout de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat et je crois bien que je n’ai pas fini de le citer. C’est grâce à lui que j’ai pu récupérer le programme de ma formation, le CAP Pâtissier, étape n°1 de ma reconversion professionnelle. Tout d’abord, je passerai ce diplôme en un an au lieu de deux, comme toutes les personnes titulaires au minimum d’un baccalauréat. Au collège, j’avais besoin de simuler pour obtenir une dispense de sport quand il fallait aller à la piscine, vingt ans plus tard, on me dispense de français et de maths sans que je ne demande rien. C’est aussi ça, l’expérience. Ensuite, mon année scolaire sera composée de 21 semaines en centre de formation et 16 semaines en entreprise. Voilà pour les grandes lignes. Mais, car oui il y a un « mais » tout comme il y a un hic, le calendrier fait couac. Dans la mesure où l’on s’est arrangé pour se faciliter ma sortie (lire les épisodes précédents), mon échéancier tel que je l’imaginais ne tient plus. En effet, la rentrée scolaire se fait en septembre, nous sommes en décembre, ce qui me laisse une bonne gestation avant d’acheter mon nouveau cartable. C’est long. Et je crois que c’est un problème. Quand je pense que par le biais du Fongecif je serais parti en formation en septembre 2014, sereinement, en bénéficiant toujours de mon salaire, lequel était remboursé à mon employeur… Je suis d’ailleurs sûr que nous cotisons tous pour ce droit. Mais on refuse souvent de voir le visage de son bourreau surtout lorsqu’il se cache sous le flou artistique d’un bulletin de salaire. Alors on se contente du morceau tombé après le passage de la lame, on le récupère dans la case en bas à droite. Et on réitère le mois suivant.

Yohan, tu dors, ton moulin bat trop fort.