Archives mensuelles : janvier 2014

60ème jour : passer à table

Ce midi j’ai déjeuné avec quelques-uns de mes anciens collègues de travail. Des rescapés. Le metteur en scène du film de ma fin de contrat avait certes écrit le scénario à la hâte, cela m’avait tout de même laissé le temps de tisser des liens avec des personnes et personnalités que j’ai eu grand plaisir à retrouver aujourd’hui autour d’une bonne table. A l’occasion de ce genre de retrouvailles, je crois qu’inconsciemment on se dit qu’on va parler de tout et de rien mais surtout pas de travail. C’est une résolution à qui on signe un contrat à durée déterminée avec une période d’essai non renouvelable de cinq minutes. Alors rapidement, on parle boulot. Soudain je m’y revois, assis derrière mon ordinateur, mais j’apprends que celui-ci a trouvé un nouvel utilisateur et que mon bureau, en plus de ne plus être « le mien », sera bientôt changé de place. Dans ce cas-là je retourne dans ma vie,  je reprends la conversation avec mes compagnons et je finis par me dire que je ne suis pas si mal comme ça, avec mon Pôle. J’en profite pour leur suggérer de manière plus ou moins claire de faire à l’avenir ce qu’il y a de mieux pour eux. On se comprend.

En fin de journée, j’avais un rendez-vous d’ordre professionnel. J’avais évoqué cet ami qui avait un projet dont il voulait me parler. Comme je le pressentais, l’affaire dont il me parle est des plus intéressantes. Elle n’a pas de lien direct avec mes ambitions de reconversion professionnelle, c’est presque le contraire d’ailleurs puisqu’il s’agirait pour moi de reprendre du service dans le secteur, disons, de la communication. Allez rassurez-vous, cela ne sonne pas la fin de vos lectures quotidiennes, j’effectuerai cette mission potentielle en attendant l’ouverture des inscriptions au CAP Pâtissier. Le cas échéant, j’espère que Pôle ne prendra pas cela pour une infidélité, lui qui me veut tellement de bien pourrait se sentir trahi. A moins que cela fasse partie de son plan, différer ses réponses, plonger son vis-à-vis dans l’attente, augmenter délibérément le volume du silence, tenir à la perfection le rôle principal de la vie de millions de figurants sans avoir à jouer une seule scène, le tout en espérant que son partenaire de jeu oublie son texte et finisse par accepter un autre rôle.

Quant à moi je ne renonce pas à décrocher la statuette du meilleur espoir.

59ème jour : juste fais-le

C’est fou comme ça parait simple parfois. Mon premier entretien pour un stage en pâtisserie a duré tout au plus une vingtaine de minutes, face à une directrice des ressources humaines visiblement heureuse d’accueillir un stagiaire désireux de découvrir le métier au sein de l’entreprise qu’elle représente. Elle avait lu ma lettre de motivation, cela peut paraitre élémentaire mais reconnaissez qu’au cours de certains entretiens vous vous êtes demandés si votre interlocuteur avait ne serait-ce qu’ouvert l’enveloppe que vous lui aviez adressé, elle avait d’ailleurs déposé ce best-seller sur son bureau près de mon CV. Elle savait pourquoi j’étais là et quelles étaient mes attentes, elle avait cerné mon parcours et en plus elle était souriante. Je pourrais très simplement résumer ce qu’elle m’a dit :

« Pour moi il n’y a aucun problème, le chef pâtissier et le directeur sont au courant, c’est d’ailleurs le chef pâtissier qui vous rappellera demain pour parler des dates qui conviendraient ».

Très simplement donc. Alors oui, bien sûr, je n’étais pas là pour décrocher un poste de cadre ou tout autre échelon grassement rémunéré, je cherchais seulement un stage de découverte pour ma reconversion professionnelle. Mais bon quand même, madame la directrice n’était pas obligée de m’ouvrir la porte. Elle l’a fait et à sa façon elle m’explique que cela fait partie des valeurs de l’entreprise de faire découvrir à qui veut apprendre. C’est alors que j’ai compris que les conseillers de Pôle rencontrés précédemment  devaient sans doute payer un stage de leur poche s’ils m’en proposaient un ou en évoquaient simplement l’éventualité. La retenue sur salaire pour financement de la reconversion d’un chômeur, c’est la seule explication que j’ai trouvé pour comprendre pourquoi Pôle ne propose rien, ne donne aucune indication et préfère se contenter de trouver l’argument qui permettra de repousser les discussions d’au moins trois mois. Si ce n’est pas cela, alors c’est tout simplement un abandon de poste ou bien de la non assistance délibérée à personne en projet. Sans doute aussi un peu du très tendance « chacun sa merde ».

Dans « ressources humaines », il y a « ressources ». Il y a « humaines » aussi.

58ème jour : aujourd’hui peut-être…

La journée du jour d’aujourd’hui fut une sorte de répétition. La rediffusion de ces journées où il ne se passe pas grand chose sur le plan professionnel, à tel point qu’il ne se passe rien. Pôle m’ayant fait part d’un différé d’environ 4 mois, délai pendant lequel je suis invité à ne pas le déranger, il va peut-être falloir que je m’habitue à vivre ces moments où les heures semblent si longues qu’elles donnent l’impression de durer au moins soixante minutes. Un report de 4 mois de toutes mes requêtes donc, le temps que s’ouvrent les inscriptions au CAP Pâtissier dans le cadre du Plan Régional de Formation. En attendant, j’aurais tout de même le droit d’aller m’amuser en stage si je trouve des entreprises susceptibles, que dis-je, désireuses de m’engager. Pôle dans sa grande bonté me signera alors des conventions pour lesquelles je lui dicterai quoi écrire.

Le stage justement, voilà ce qui m’amène à aborder la journée du jour de demain. L’effet de répétition se fait déjà moins sentir, la nouveauté est au programme puisque je vais passer un entretien pour ma première immersion en milieu professionnel dans une pâtisserie en grande surface. J’ai toujours aimé les entretiens, cette espèce de mise en scène où personne n’est dupe, où l’on s’assoit sur certains principes en même temps que sur la chaise qui fait face à l’interlocuteur, ce moment de découverte où l’on se surprend à accepter n’importe quelle condition pour un salaire à durée déterminée. Oui j’ai toujours aimé les entretiens et j’ai le sentiment que je vais particulièrement aimer celui de demain car, mine de rien, il représente la première étape concrète de ma reconversion professionnelle. Mon objectif est donc d’obtenir les 10 jours de stage que Pôle m’accorde et lui demander de bien vouloir signer le document officiel au bon endroit.

Ceci n’est pas un exercice.