Archives mensuelles : janvier 2014

57ème jour : micro test

Ma notoriété de chômeur vient de passer un cap. Cela tombe très bien puisque c’est ce que je cherche à passer aussi, un CAP.

Après avoir donné une interview à la presse locale, voici qu’un média à rayonnement national décide de faire comme vous en s’intéressant à moi. Bon, pas à moi personnellement même si c’est un sujet dont nul ne tarirait d’éloges mais plutôt à ce que je représente en tant que sans emploi. Pour la première fois, il semblerait que je fasse partie du panel représentatif de la population, celui à qui on pose des questions dont les réponses seront transformées en pourcentages, en statistiques ou en témoignages. Habituellement, je me demande auprès de quel type de personnes sont réalisées ces enquêtes et comment s’effectue la sélection, aujourd’hui je ne sais toujours pas répondre à ces interrogations mais je suis dans le lot. C’est Europe 1, pour ne pas les citer (d’ailleurs je n’ai jamais compris cette expression), qui a décidé de me tendre ses micros. Enfin presque.

J’ai été invité à disserter sur ma situation de chômeur face aux « promesses » présidentielles en matière d’emploi. Au risque de me fâcher avec Pôle, j’ai du déclarer qu’il y avait un décalage énorme entre les propositions dites concrètes du gouvernement et l’éternel penchant pour l’abstrait d’une discussion avec un conseiller dudit Pôle. Je devenais ainsi témoin, une sorte de porte-voix pour mes collègues actifs sans emploi dont la présence massive fait le bonheur des rédactions de presse qui ont ainsi un sujet perpétuellement brûlant à traiter. En théorie. Voilà comment ma bobine s’est retrouvé sur le site internet d’Europe 1 dans un article au titre plus radical que mon discours : « Les belles promesses de Hollande, ils n’y croient plus ».

Mon aventure médiatique ne s’arrête pas là puisque cet après-midi même, un autre journaliste de la même station m’a contacté. Il avait eu vent de ma prestation de la veille et avait, tout naturellement, été séduit. Lui me proposait d’évoquer le cas du chômeur souhaitant se former à un métier, de l’accueil qui lui est réservé chez Pôle, des délais, des financements, des différentes opportunités. Vous savez exactement ce que j’ai pu lui répondre puisque vous lisez tous mes compte-rendu depuis 56 jours. Vous savez aussi que j’ai usé de mon naturel fair-play en ne jetant pas la pierre à Pôle. Cet échange fort intéressant devrait faire l’objet de ce que l’on appelle « un son » en langage radiophonique, c’est à dire pour ce cas précis un moment de grâce pour l’antenne dont les auditeurs auront le plaisir de n’entendre que ma voix narrant ma vie dès 7h du matin, l’heure du journal. Je me suis bien évidemment prêté au jeu de manière bénévole d’autant que ça avait l’air de leur faire tellement plaisir. Fair-play, quand tu nous tiens.

Mais revenons à la pâtisserie. Ma première candidature pour un stage a trouvé réponse à son point d’interrogation, je serais reçu jeudi à 15h40 pour un entretien visant à préciser mon projet. Comme à mon habitude, j’ai bon espoir que cela aboutisse à quelque chose de concret, à savoir un tablier blanc, des sabots et des sacs de farine sur les épaules. Enfin un à la fois s’il vous plaît.

Oui je sais, maintenant il vous tarde jeudi.

56ème jour : agent de nettoyage

Je vous ai mis dans la confidence de mon plan machiavélique visant à m’obtenir mon premier stage en pâtisserie, celui où j’envoie un agent infiltré remettre en mains propres des documents top secret à un indic. Bon d’accord, le plan où je donne mon CV à ma femme pour qu’elle le fasse passer à la direction des ressources humaines de son boulot. Je ne vois pas en quoi ce surplus de précisions fait avancer le débat.

Aujourd’hui j’ai appris que l’un de mes proches, celui qui occupe mon esprit depuis maintenant 56 jours, avait lui aussi recours aux agents infiltrés. Pôle. Oui Pôle enquête, Pôle investit la vie des chômeurs, Pôle inspecte. Pôle a décidé qu’il serait bon pour ses administrés mais aussi pour lui, surtout d’ailleurs, d’engager une équipe discrète d’agents d’élite agissant au plus près du sans-emploi lambda et chargée de le rappeler à l’ordre. Des travailleurs de l’ombre qui ne trouveront d’emploi pour personne malgré ce que l’on pourrait attendre d’eux et c’est sans doute en cela que le plan de Pôle confine au génie. Un agent de Pôle déguisé en agent de Pôle, le camouflage teinté d’ubiquité, je me sens soudain ridicule avec le soi-disant machiavélisme de mon propre plan. Personne ne se méfie, aucun de mes co-détenus n’irait imaginer que Pôle puisse engager ce type d’agents alors qu’il lui manque tant de conseillers. Mails de candidature envoyés, abonnement internet aux offres d’emploi, questionnaires, entretiens téléphoniques, tout y passe. L’un de ces contrôleurs de chômeurs témoignait en évoquant l’une de ses cibles qui n’avait obtenu un rendez-vous avec son conseiller qu’après un délai d’un mois, même laps de temps pour l’entrée dans un « accompagnement spécifique », le temps de vérifier que le chômeur visé était un bon soldat, l’agent a clôturé le dossier. En résumé, Pôle n’a pas assez de conseillers pour faire de la réactivité sa qualité première, ses agents secrets voient alors leurs enquêtes tomber à l’eau et seront donc peut-être les chômeurs de demain. Allez savoir. Sans doute y a-t-il des abus justifiant ces pratiques, évidemment que chacun a des devoirs mais quand c’est l’avant-dernier de la classe qui pointe du doigt le dernier en lui faisant la morale, c’est toujours un peu cocasse.

Dans une société en crise, le chômage serait tel un cancer que l’on minimise par la radiation.

54ème jour : accusé de réception

« On vous rappellera ». Qui n’a jamais eu à composer avec cette réponse évasive et passe-partout après avoir laissé une candidature pour un emploi ou suite à un entretien d’embauche ? Ils sont peu nombreux ceux qui n’ont pas eu à improviser un sourire de courtoisie en réponse à cette citation devenue culte sur le marché de l’emploi. Enfin plutôt le marché du chômage d’ailleurs. N’exagérons rien. Parfois, celui qui dit qu’il rappellera rappelle. Bon seulement si vous êtes l’ami de, le fils ou la fille de, le mari ou la femme de, bref vous m’avez compris. Evidemment que j’exagère, et cela fait maintenant 54 jours que c’est le cas ! Cela dit, pour mettre toutes les chances de mon côté et m’éviter de gaspiller mes talents d’acteur studio en interprétant de manière magistrale ledit sourire de courtoisie, j’ai décidé de jouer au « mari de » pour obtenir mon premier stage en pâtisserie. Vous vous souvenez de mon agent infiltré(e)et du dossier de candidature remis en mains propres. Il se trouve que le destinataire a validé aujourd’hui la bonne réception de ces documents, a demandé mes disponibilités et… va me rappeler.

Silence plateau. Action ?