Archives mensuelles : janvier 2014

50ème jour : check point

Cela fait maintenant 50 jours que vous vous êtes imposés dans mon existence, moi qui croyais en l’entière fiabilité de la protection de ma vie privée sur internet. En tant qu’ex professionnel du secteur, je tombe de haut. Mais maintenant que vous êtes là, mon extrême bonté vous propose d’y rester, ma modestie vous précisant que vous aimerez tout ce que vous trouverez ici.

50 jours, une étape que j’ai jugé idéale pour faire un premier bilan. Et comme c’est moi qui raconte, je fais ce que je veux, ne commencez pas à être détestable je connais vos compétences en la matière. Il y a 50 jours donc, je quittais mon travail d’un commun accord entre mon patron et son reflet. Le phénix des hôtes de ces bois avait jugé préférable que je parte de son propre chef, le risque que je me retrouve fort dépourvu lorsque la bise viendrait étant selon lui très limité. Les fables patronales manquent parfois de moralité. C’est alors qu’interviennent ma réactivité légendaire et mes prédispositions à avoir des idées de génie : j’allais devenir pâtissier. Une fois revenu sur terre, je reformule en disant que j’allais tenter de devenir pâtissier, tout faire pour y parvenir quoi qu’il en soit. Rupture conventionnelle de contrat, solde de tout compte, inscription auprès de Pôle, entretien… En bref le parcours classique du chômeur à la différence près que je ne cherche pas un nouvel emploi mais que je souhaite me former à un nouveau métier. Je passe des coups de fil, j’envoie des mails, j’entame des investigations sur internet, je suis envoyé sur des fausses pistes, j’insulte en moi-même l’aiguilleur, je rencontre des personnes très intéressantes qui me renvoient sans le savoir vers d’autres qui le sont beaucoup moins, j’insulte alors le premier qui passe pour décompresser mais toujours en moi-même. Là aussi, le parcours classique du chômeur qui y croit encore.

Aujourd’hui, puisqu’il s’agit d’un bilan, je sais que je dois obtenir le CAP Pâtissier et ainsi retourner sur les bancs de l’école pour un apprentissage professionnel en septembre 2014. D’après Pôle, j’ai des chances que ma formation soit prise en charge dans le cadre du Plan Régional de Formation, cependant les inscriptions à ce dispositif ne sont pas encore ouvertes. Quand bien même elles le seraient, il n’est pas garanti que ma candidature soit retenue. Quel est le plan de secours me direz-vous ? Je vous répondrai que si vous n’avez que des questions qui fâchent, vous pouvez en faire des boulettes et tenter de vous les introduire dans un orifice de votre choix, seul ou entre amis. Pour le moment, pas de plan de secours. En attendant de pouvoir m’inscrire, je compte faire au moins deux stages pour découvrir le métier auprès de professionnels. Lettres de motivation, CV, parcours classique du chômeur qui a un ordinateur.

Il est assez complexe de gérer ce temps de latence entre mes actions et les résultats. L’exemple de l’inscription à la formation est le plus représentatif de ce constat. J’ai tout ce qu’il faut pour m’inscrire mais les inscriptions ne sont pas ouvertes. Et si une fois qu’elles le sont l’administration décide que je n’ai droit à rien, que ce n’est pas mon tour, qu’il y a d’autres publics prioritaires ou pire, qu’elle fait mine de me répondre en gardant le silence ? J’aurais alors perdu des semaines à attendre devant la porte qu’on m’indiquait, clé dans la serrure mais interdiction de la tourner. Un soir je me suis fait recaler comme on dit à l’entrée d’une discothèque. Comme ça, sans raison. J’étais avec des amis, nous étions mêlés à un autre groupe de personnes qui souhaitait également entrer pour passer la soirée mais les videurs ont soudain fermé la porte au nez des personnes devant nous en précisant : « ça n’est pas possible ce soir ». Peut-être qu’il y avait de bonnes raisons de refuser l’entrée à ces personnes qu’on ne connaissait pas, un passif, des démêlés ou que sais-je encore, mais nous ? Je crois que l’arbitraire est souvent une bonne raison, tout au moins une justification qui a la souplesse de ne pas nécessiter d’arguments. Je suis au bon endroit, j’ai suivi toutes les recommandations, je sais où je vais, j’attends simplement que l’on m’ouvre la porte devant laquelle on m’a dit de patienter. Je reconnais bien volontiers que ma patience a du mal à s’entendre avec le compte à rebours qui s’est lancé.

J’aurais du faire serrurier.

49ème jour : briser la glace

Sans rendez-vous, sans contrainte, sans menace. C’est bel et bien de mon plein gré que j’ai décidé ce matin d’aller voir Pôle. Je le sens tellement timide depuis nos retrouvailles, quand il veut me contacter il fait appeler une conseillère qui ne laisse pas son nom ni aucune information permettant de l’identifier, il ne donne aucune nouvelle… Alors j’y suis allé, avec la ferme intention de poser des questions aussi dérangeantes soient-elles.

Après m’être signalé auprès de l’hôtesse d’accueil, je suis invité à patienter « si j’ai le temps » de manière à être reçu dès maintenant par un conseiller ou son homologue féminin. Ca tombe très bien, j’ai le temps. J’attends. Et c’est ainsi que j’ai pu être le spectateur d’une  scène à la fois drôle et dramatique, disons drôlatique, impliquant l’hôtesse précédemment citée et une adhérente de Pôle dont c’était le tour, mais pas le jour semble-t-il. Puisque j’étais particulièrement bien placé, j’ai rapidement saisi que l’adhérente avait reçu une lettre de rupture de la part de Pôle. Une radiation comme on l’appelle. Elle soutenait qu’elle n’avait reçu aucun rappel au préalable, que la nouvelle tombait tel un couperet et elle avait même amené son ordinateur portable personnel pour « prouver sa bonne foi » en montrant à qui voulait bien le voir qu’elle n’avait reçu aucune notification avant la sentence finale. A ce sujet, elle allait même jusqu’à prétendre que l’internet qui s’affichait sur son ordinateur pouvait être différent de celui proposé sur les ordinateurs de Pôle. Elle insistait donc pour que son ordinateur soit utilisé, pas un autre. A cet instant, le trouble de l’hôtesse était perceptible, il l’était encore plus lorsque l’adhérente a posé cette question : « Qu’est-ce qu’il faut que je fasse pour qu’on m’écoute ? Il faut que je pleure ? » Et là, sans laisser à personne le temps de répondre, elle s’est mise à pleurer.

Mais revenons plutôt à ce qui m’intéresse, à savoir moi. En plein rebondissement dans la comédie dramatique par laquelle j’étais captivé, une conseillère de Pôle m’appelle. C’est mon tour. J’explique ma situation, encore, un sourire dans la moustache en pensant au concept de « conseiller référent » qui me priverait de ce bonheur de répéter des dizaines de fois la même chose. De la même façon que sa collègue qui m’avait reçu lors de mon inscription, ma conseillère du jour a perdu son sourire lorsque j’ai employé l’expression « recherche de financement pour une formation ». Pour la deuxième fois de ma vie, j’ai la sensation de détenir la combinaison de déclenchement de la bombe atomique. Mais l’explosion n’a pas eu lieu. Nous avons parlé du Plan Régional de Formation car il semble être l’option à privilégier en ce qui me concerne pour aller vers le CAP Pâtissier. Il s’agit d’une formation financée par la région, qui ne me coûtera rien financièrement parlant tout en me permettant de continuer à être rémunéré, ou plutôt indemnisé, par Pôle. Pas mal. Les aléas du calendrier ayant souvent le dernier mot, il va me falloir attendre un peu car les inscriptions au Plan Régional de Formation n’interviendront qu’en avril. Ou en mai. Trois mois donc. Ou quatre. Bon. Selon la conseillère, il n’y a pas de raison que la pâtisserie ne fasse pas partie du PRF, pas plus de raison que je n’y ai pas accès. Le tout dit avec le ton rassurant de celui qui au fond n’en sait rien. Bref. J’évoque alors ma volonté de faire des stages en entreprise, elle m’évoque ainsi l’EMT, l’Evaluation en Milieu de Travail. Je précise que je souhaiterai faire au moins deux stages, un dans une pâtisserie de grande distribution, l’autre dans une pâtisserie artisanale. Selon elle aucun problème, tant que c’est moi qui trouve les stages. Comme je ne comptais pas faire autrement, on devrait bien s’entendre si on se revoit un jour.

Après avoir eu le droit d’être indemnisé par Pôle, j’ai désormais le droit de trouver un stage et le droit de m’inscrire à un plan de formation. A défaut d’être pâtissier, je pourrais toujours faire juriste.

48ème jour : ma première fois

J’aurais pu faire comme vous, faire de mon dimanche une journée de rien, vingt-quatre heures d’errance, comme si jouer au zombie entre un lit et un canapé avait déjà empêché un lundi d’arriver. J’ai préféré me fixer un challenge. Que dis-je un challenge, une véritable épreuve, pour moi certes mais aussi pour ma femme.

Cela fait bientôt cinquante jours que l’on se connait vous et moi, alors même si c’est un peu gênant d’en parler si ouvertement, je peux bien vous avouer que c’était ma première fois. Il paraît que c’est toujours un peu étrange la première fois, agréable mais étrange. On accorde une importance particulière à chaque instant, à chaque geste, on évite d’aller trop vite mais un peu quand même, juste ce qu’il faut. Ne surtout pas brûler les étapes, l’alchimie ne peut naître que d’une subtile délicatesse. Cela commence souvent simplement à la force du poignet puis il faut savoir entrer pleinement dans son sujet. Conscient de ses bases, je ne doute pas que la pratique rend les choses meilleures.

Oui, c’était la première fois que je faisais un gâteau d’anniversaire. Et celui-ci était pour ma femme.