Archives mensuelles : janvier 2014

44ème jour : bouchées doubles

J’ai fait ce que j’avais à faire aujourd’hui et je vous défie de pouvoir en dire autant. Vous et vos contrats de travail d’une ringardise absolue. J’ai bouclé ma première candidature pour un stage en pâtisserie, non sans avoir au passage remporter une victoire contre une imprimante réfractaire à la couleur. Dès demain, mon agent infiltré et non moins épouse remettra en mains propres ce dossier complet à la directrice des ressources humaines. Oui, j’emprunte le côté piston de la force, cette méthode à la fois décriée et espérée permettant à un dossier de se retrouver directement dans les mains de l’intéressé sans passer par la fameuse pile d’attente traditionnellement oubliée au coin d’un bureau. Pour certaines choses, je vis avec mon temps.

Un lecteur, beaucoup plus attentionné que la majeure partie d’entre vous, m’a écrit hier. Désormais, je n’ai plus besoin de chercher mes indics, ils viennent à moi. Il s’appelle Benjamin et vient de suivre la formation de CAP Boulanger à l’INBP, l’Institut National de Boulangerie-Pâtisserie à Rouen. La particularité de ce centre de formation, outre une notoriété certaine, c’est qu’il prépare au CAP Pâtissier en 4 mois et demi contre une année scolaire pleine si l’on emprunte un chemin classique. Une formation qui s’adresse aux reconvertis professionnels en devenir et qui affiche un taux de réussite de 94% sur les cinq dernières années. Sur le papier, il n’y a rien à dire, c’est alléchant et sans aucun doute intense. Benjamin précise dans son mail qu’il s’agit d’une « expérience formidable ». En lisant ces mots, je me suis imaginé que les stagiaires devaient être mis en configuration télé-réalité, les caméras en moins (quoique…), une grande famille de pâtissiers pas encore professionnels dont les membres sourient devant et parlent derrière, les meilleurs amis du monde pendant 4 mois et demi. Je crois qu’il faut que j’arrête de regarder la télévision. J’ai demandé davantage d’informations auprès de l’INBP de manière à démentir mes délires télévisuels et j’ai tout de suite pensé à la tête que ferait Pôle si un jour j’avais à lui parler d’un établissement tel que celui-ci. « Il faudrait savoir si la formation est conventionnée… ». J’ai trouvé une autre école proposant aussi un CAP Pâtissier en version accélérée, l’Ecole Française de Boulangerie et Pâtisserie d’Aurillac. Cela ne m’engageait à rien de demander quelques renseignements.

L’ennui c’est que si je trouve une réelle bonne solution, je vais vraiment être obligé de devenir pâtissier.

43ème jour : candide candidat

Ce matin, j’ai appelé Pôle. Cela n’était pas prévu dans mon planning du jour mais je lui manquais, c’est certain. Il m’a envoyé un mail pour prendre de mes nouvelles et aborder les sujets délicats de l’actualisation mensuelle et de la radiation. De bonne heure, c’est un coup de fouet aux effets nettement supérieurs à la vitamine C contenu dans le jus d’oranges que je venais de presser. Il se trouve que je n’avais pas procédé à l’actualisation de ma situation pour le mois de décembre 2013. Il me restait deux jours pour me mettre en règles avant que ma radiation ne soit prononcée. J’analyse rapidement mais efficacement la situation, j’envisage les éventuels problèmes, les solutions qui s’offrent à moi. C’est après mûre réflexion que j’en conclue qu’il me faudra sans doute moins de deux jours pour me connecter sur le site internet de Pôle et répondre aux cinq ou six questions qui me seront posées. Mon pronostic était exact, mission accomplie en approximativement trois minutes. Mais alors pourquoi avoir taquiner le suspense s’il suffisait de trois minutes pour faire honneur à mon statut de chômeur me direz-vous ? Même si vous ne me le dites pas, voici ma réponse. Etant indemnisable à compter du 10 janvier 2014, j’ai bêtement pensé que Pôle ne s’inquièterait pas de mon sort avant la fin janvier et qu’il me laisserait sagement prendre mes marques durant mon premier mois à ses côtés. C’était mal le connaître. Malgré un nombre d’adhérents en régulière augmentation, Pôle a su rester possessif avec chacun d’entre nous. Même s’il n’indemnise pas, il veut savoir où tu es, ce que tu as fais, ce que tu fais, ce que tu veux faire. Qui serais-je si je me permettais de critiquer une telle marque d’affection de sa part ?

Ma journée parfaitement lancée, je pouvais ensuite sereinement passer à la constitution du dossier de ma première demande de stage en pâtisserie. Nom, prénom, date et lieu de naissance, numéro de sécurité sociale, identité et profession de mon épouse, expériences professionnelles, tout y passe, dans la limite des bonnes moeurs. A cela il me faut ajouter ma lettre de motivation ainsi que mon CV. Je reviens donc aux fondamentaux et j’apprécie d’ailleurs cette atmosphère teintée de fraicheur et de nostalgie. Ce premier stage, je tente de l’obtenir dans une pâtisserie en grande distribution, dans une enseigne connue. Je suis bien conscient du combat perpétuel entre la grande distribution et l’artisanat, il a lieu en matière de pâtisserie notamment, mais sans expérience significative je ne peux pas me permettre de prendre position. Voici pourquoi cette demande de stage est pour moi d’une importance majeure, ne serait-ce que parce qu’elle représente la première étape concrète de mon aventure de futur reconverti professionnel. Dès demain, je serais donc officiellement candidat pour un stage en pâtisserie dans une enseigne de la grande distribution. En voilà une idée qui me plait bien.

Pour conclure, ce soir j’amène madame au restaurant. Pas pour fêter ma première candidature mais pour son anniversaire. Prends-en de la graine toi le chômeur de la France d’en bas !

42ème jour : money time

Père indigne. Oui je vous entends d’ici faire mon procès sans même me laisser l’occasion d’assurer ma défense. Aujourd’hui j’ai décidé de confier mon fils à ma belle-mère de manière à m’accorder du temps pour travailler de manière plus… continue. Voilà. Alors oui je sais, vous allez me dire que certains escaladent des grues pour revendiquer leur paternité et je vous répondrai que la bave du crapaud n’atteint pas ma blanche farine de gruau. Vous faîtes encore votre mauvaise langue. Mais rassurez-vous, vous allez pouvoir jubiler car malgré cette option je n’ai pas eu le temps de faire tout ce que j’avais envisagé.

Il a tout d’abord été assez largement question de pâtisserie, ce qui est plutôt raccord avec le sujet n’est-ce pas, puisque j’ai réalisé quelques gourmandises pour l’anniversaire de ma bien-aimée. Sablés chocolat/fleur de sel et financiers qu’elle partagera demain avec ses collègues de boulot. Oui elle a les deux, des collègues et un boulot. Par la force des choses elle porte donc la culotte mais pour ce point je vous dispense, pardon je vous interdis formellement de tenter de le vérifier par vous-même. Mon épouse est également mon agent infiltrée dans l’opération « stage ». Pour la première journée en situation réelle de cette mission, elle a établi un premier contact avec son indic. Quand je vous dis que c’est elle qui porte la culotte. D’après son rapport, je vais avoir à fournir les documents dont j’avais anticipé la rédaction, lettre de motivation et CV, accompagnés pour l’occasion d’un dossier de candidature propre à l’entreprise susceptible de m’accueillir. La petite particularité de ma recherche, outre mon âge potentiellement avancé pour un stagiaire, c’est que je n’ai pas de durée minimum à respecter pour cette immersion en milieu professionnel. Je recherche un ou plusieurs stages pour mon bagage personnel et parce qu’il s’agira de la meilleure mise en relation avec le métier de pâtissier. Et puis Pôle sera peut-être fier de moi.

C’est pour la partie administrative de mon épopée que le temps m’a manqué. Vous serez ravi d’apprendre que dans ma grande cruauté j’ai tout de même repris mon rôle de père de famille aux alentours de l’heure du goûter, le temps d’aller chercher ma belle-fille à l’école et mon fils chez sa grand-mère. Et puis faites-vous une raison car demain je ferais exactement la même chose.

Si le temps est vraiment de l’argent, j’ai sans doute les poches percées.