Archives mensuelles : janvier 2014

34ème jour : sournoiserie viennoise

Puisque vous êtes tout ce qu’il y a de plus attentif, vous aurez remarqué qu’il n’y a pas de 33ème jour. Théoriquement, il y en a eu un bien évidemment, vérifiez votre calendrier si vous en doutez. Mais pratiquement, il ne s’est rien passé qui vaille la peine que je le partage. Rien. Oubliez donc votre frustration naissante, vous n’avez rien manqué. Fin du mot d’excuse, séchez vos larmes.

Ce matin, je me suis mis dans le rythme du pâtissier. Bon, pas exactement. Voilà. Je me suis levé relativement tôt pour me lancer dans une activité à la fois prenante, physique et passionnante : un entraînement de football. Oui, un dimanche matin, sous la pluie et dans la boue, j’exagère un brin de manière à vous faire apprécier encore plus votre grasse matinée. Vous me remercierez plus tard. Mais pour trouver le lien avec la pâtisserie, car il y en a un, les septiques font fosse route, il faut revenir à ce qui s’est passé avant cette séance de torture footballistique. A ce moment là, mes coéquipiers et moi-même sommes encore en « civil », les paupières plus ou moins décollées selon les cas. L’un des joueurs, l’entraineur et le président du club avaient décidé d’offrir le petit déjeuner. Au menu, viennoiseries et couronne des rois, la sélection parfaite à cette heure-ci et à cette époque de l’année. J’opte pour un pain aux raisins, mon champion dans cette catégorie. Le plaisir du moment ne pouvait me faire envisager le rude combat que j’allais devoir mener contre lui dès mes premières foulées, quelques instants plus tard. Quand j’y repense maintenant, je suis persuadé que ce pain aux raisins avait sournoisement planifié un attentat à l’intérieur de mon estomac, le tout avec ma complicité évidente puisque c’est moi qui l’y ai introduit. Un plan machiavélique. Lorsque j’ai compris son intention, il m’a fallu m’improviser démineur de manière à éviter toute explosion susceptible de mettre en danger non seulement moi mais également mes coéquipiers à proximité du potentiel drame. Ma tête essayait alors de faire courir mes jambes, ce qui me permettait de faire diversion auprès de mon entraineur tout en menant de front ce combat contre une viennoiserie terroriste. Les négociations furent silencieuses mais rudes, j’ai refusé en bloc toutes ses revendications. Il finira par abandonner en se rendant de son plein gré à mon système digestif.

Ce matin, un pâtissier s’est levé très tôt pour préparer ses viennoiseries. Il ne pouvait pas imaginer que l’une d’entre elles aurait de telles intentions envers celui qui lui ferait honneur. Je n’ai pas touché à la couronne des rois, j’ai failli servir moi-même la galette, parfois la vie ne tient à rien.

Je n’en veux à personne.

32ème jour : à la une

En première page. Le journal local qui m’a interviewé il y a quelques jours a décidé de publier l’article aujourd’hui et de mettre ma photo en première page. Il est vrai que si on ne lit pas le titre en légende, on peut imaginer en me voyant que je suis le dernier otage en date à avoir été libéré de je ne sais où. Finalement, quelques caractères en gras plus tard, tout devient clair. « Emploi : il raconte dans un blog sa reconversion ».

Je m’empresse d’ouvrir le journal à la page 4. Je m’y découvre en photo pour la seconde fois en 35 secondes, cette fois-ci sous un jour rendant un bien meilleur hommage à mon charme naturel. Il existe donc bien des solutions pour sublimer ce qui a priori n’est qu’une feuille de papier journal. Mais revenons au sujet qui nous intéresse : Moi. Dans l’article, dès le titre, je suis cité comme un « cobaye » de la reconversion professionnelle. Le terme étant entre guillemets, j’en déduis que c’est moi qui l’ai employé. Je ne m’en souviens pas mais la comparaison me parait d’une telle justesse que je ne doute pas longtemps en être l’auteur. Il est donc question du CAP Pâtissier, de mon parcours dans la « communication », de mon illustre rupture conventionnelle de contrat mais également de mon dernier employeur, soupçonné d’avoir « mal pris » mon désir de reconversion. Une déduction qui n’engage que celui qui y croit. Mes retrouvailles avec Pôle sont également évoquées, on entre dans mon jardin secret mais je reconnais volontiers que j’ai moi-même laissé le portillon ouvert. L’article est plutôt bien écrit, même s’il faut reconnaître qu’avec un sujet intéressant c’est évidemment plus simple.

Pour conclure l’entretien, je n’avais pas manqué de déclarer avec grande modestie que chacun était cordialement invité à se ficher de savoir qui j’étais et de ce que je voulais faire (ou refaire) de ma vie. Ce qu’il fallait retenir, sans pour autant l’apprendre par coeur, c’est cette volonté de décrire mon « parcours du combattant » (encore une de mes citations oubliées) au pays du chômage et de la formation professionnelle. A nous autres, il semblerait que le gouvernement nous veuille du bien. Le chômeur en demande de formation aurait même été cité dans les voeux présidentiels. Après la presse locale, voilà qu’on parle presque de moi jusque dans le palais de l’Elysée. Dans un tel moment de grâce, j’ai la conviction que la pâtisserie était un bon choix pour ma notoriété.

Quand je pense que certains chômeurs se contentent de chercher un emploi…

Ah, un dernier détail. Je partage la première page avec le titre « Le palmarès des prénoms les plus populaires en 2013 ». Croyez-le si vous le voulez, mais « Yohan » ne fait pas partie de ce palmarès. Il est préférable de ne pas toujours chercher une logique dans l’actualité.

31ème jour : tic tac

Des journées comme celle-ci, je suis persuadé d’en avoir d’autres à vivre. Et c’est assez rare pour être souligné, je ne suis pas fier d’avoir raison. Cette journée qui semble mettre en évidence un schéma-type débute par effervescence et créativité, une action qui perdure jusqu’en début d’après-midi. A cet instant, des effets secondaires peuvent faire leur apparition : sensation de solitude, motivation en demi-molle, voire même chez certains sujets fragiles, tentative de suicide social.

Le plus contrariant, inquiétant même pourquoi pas, c’est le moment où je réalise que la qualité d’un projet professionnel n’est qu’un critère de seconde zone dans la situation qui est la mienne. Mes compétences, mes aptitudes, mes ambitions, ma volonté auront leur place dans la discussion sans doute mais je sais pertinemment qu’à tout moment mon projet peut être salué par un « votre idée est vraiment super, on ne doute pas de vos chances de mener tout ça à bien mais on ne pourra pas vous aider. L’année prochaine peut-être ! »

Voilà. Je ne décide de rien, sauf éventuellement de l’impasse dans laquelle je souhaite me diriger. A l’heure actuelle, la situation est loin d’être aussi désespérée. Pour autant, le fait de ne pas apercevoir les maitres-nageurs au bord du bassin alors que c’est ma première dans le grand bain n’a pas vocation à me faire plonger la tête sous l’eau. Seulement, la conseillère anonyme de Pôle qui doit me rappeler ne m’a donné ni son nom ni le moment précis auquel elle daignerait reprendre contact avec moi. Peu lui importe que moi, sans ce qu’elle aura à m’apprendre, je ne puisse pas passer au niveau suivant.

Synchronisation des montres.