Archives mensuelles : février 2014

80ème jour : ambiance

Ai-je fait le tour de la question en 80 jours ? Non.

La parcours de reconverti professionnel que j’entreprends est une aventure chaque jour. Enfin pas tout à fait, car malheureusement il est loin de se passer quelque chose chaque jour. Il est toujours très difficile de constater que nombre d’étapes primordiales échappent à mon contrôle, à ma bonne volonté et du coup à ma compréhension. Et cela depuis 80 jours. Il est possible d’apprécier les choses à la sauce de sa propre sensibilité, de se persuader qu’il suffit de croire en son projet, en l’occurrence professionnel, pour que lesdites choses avancent à grands pas, de s’appuyer sur ses compétences et ses motivations. Tous ces arguments ne sont en aucune manière les éléments d’une formule magique et ne respectent aucune logique. Le « quand on veut on peut » d’antan a pris un sacré coup de vieux et nombre de structures, qui manque de chance pour moi sont et seront mes interlocutrices, n’y sont pas pour rien.

Je pense avoir frappé aux bonnes portes. Je ne suis pas revenu vers Pôle bouquet de roses à la main avec l’excitation d’un premier rencard, mais il fallait que l’on se retrouve. Une fois chez lui, et chez les autres d’ailleurs, quel est le mot de passe pour rencontrer la personne qui va faire prendre un sens à ce que tous appellent le « suivi personnalisé » ? J’entends d’ici les réponses invoquant un manque de formation du personnel, un sous-effectif, ou encore une difficulté à mettre en phase les compétences d’un conseiller et la complexité d’un projet professionnel personnel. Alors on fait quoi ? On fait au moins pire ? Et que dire de l’histoire suivante ? Une amie s’est vue répondre que de nos jours « il est kamikaze de vouloir travailler dans un domaine que l’on aime ».

Y’a quelqu’un là dedans ?

79ème jour : conseillères, conseillers

Le conseiller de Pôle que j’ai rencontré hier a tenu parole. A la fin de notre entretien, il m’avait précisé qu’une synthèse serait disponible dans mon « espace personnel » sur internet. Ce matin, après une notification reçue par mail, j’ai pu constater qu’il avait dit vrai. Seulement voilà, je ne sais toujours pas pour quelle(s) raison(s), mais le conseiller a usé de la même fantaisie que son homologue féminin qui m’avait reçu lors de mon inscription. Selon eux, je suis à la recherche d’un emploi de pâtissier en CDI 35h. Nulle part dans ce document de synthèse il n’est précisé que je suis avant tout à la recherche d’une porte d’entrée pour accéder au CAP Pâtissier et au financement qui va avec. Rien. Pas un mot, rien en filigrane pas plus qu’à l’encre sympathique. J’ai vérifié. Bon, à la décharge de Pôle et de ses petits copains, il figure bien que j’ai déposé un devis pour un bilan de compétences et que j’ai demandé une convention de stage. Sur ce point précis, j’aimerais d’ailleurs savoir si le conseiller a bien transmis demandes et documents aux bons destinataires et si, pour cela aussi, il a tenu parole.

Pendant que j’étais connecté à mon espace personnel, je me suis aperçu que figurait le nom de ma conseillère, la même identité que m’avait communiqué le conseiller hier. Avant elle, il y avait le nom d’un homme qu’au final je n’aurais jamais rencontré, elle dont j’ai désormais le patronyme mais que je n’ai jamais vu, ou pire, que j’ai vu sans savoir que c’était elle. C’est d’ailleurs l’une des choses qui entretient le mystère chez Pôle. Les conseillers semblent n’avoir ni nom ni prénom, pas même un numéro d’identifiant ce qui commence à faire beaucoup de différences avec les adhérents que nous sommes.

J’avoue volontiers que ça m’arrange cet anonymat plus ou moins planifié. Considérant le nombre de conseillers que je rencontre, cela ferait bien trop de noms à retenir.

78ème jour : silence plateau… et action !

Ce matin, c’était la 4ème fois que je me rendais chez Pôle depuis nos retrouvailles. Ce fut tout d’abord l’occasion de rencontrer un 4ème conseiller, soit pour les moins matheux d’entre vous une moyenne d’un conseiller par rendez-vous. Mais ce fut également le jour sacré au cours duquel j’ai appris le nom de ma conseillère en titre. Manque de chance, elle est absente cette semaine. Pas seulement aujourd’hui, non. Toute la semaine. Vraiment pas de chance donc.

En avide de sensations fortes qui s’ignore, j’allais voir Pôle sans rendez-vous, sans convocation, sans même qu’il ait laissé sous-entendre d’une quelconque manière qu’il souhaitait me voir. Je suis comme ça, j’aime offrir ce genre de petit bonheur que l’on n’espérait plus. Je venais remettre le devis d’un bilan de compétences et retirer une convention de stage pour mon Evaluation en Milieu de Travail (EMT) dans la pâtisserie en grande distribution. C’est exactement ce que je dis à l’hôtesse d’accueil qui en prend bonne note et me propose de m’asseoir pour patienter. En y repensant, je crois qu’elle m’aurait invité à m’asseoir pour patienter même si je lui avais dit « bonjour, c’est un hold-up ! ». Tout cela pour dire que je me suis assis et que j’ai patienté.

Un conseiller a fini par m’appeler et je dois bien reconnaître que malgré le monde je n’ai pas eu à rester très longtemps assis et patient. J’entre dans son bureau et je me rassois. Il me demande à sa manière ce que j’attends de lui et je m’aperçois en lui répondant qu’il ne m’a pas encore regardé. Il semble m’écouter, il me parle, me répond mais à aucun moment il ne me regarde. Il garde cet honneur pour son écran d’ordinateur, son clavier ou encore pour quelques documents déposés sur son bureau. Cette atmosphère pleine de suspens était renforcée par un détail que j’ai ressenti immédiatement en entrant dans la pièce mais sans parvenir à déterminer de quoi il s’agissait. Puis j’ai compris. Le conseiller avait décidé de ne pas allumer la lumière dans son bureau. Par curiosité, j’ai penché la tête pour voir la position qu’avaient adopté ses collègues sur cette pratique et s’il s’agissait ainsi par exemple de la conséquence d’une forme de restriction budgétaire. Négatif. Mon conseiller semblait être le seul à ne pas être lumineux. C’est pourtant lui qui a ravivé ma flamme en me dévoilant le nom de ma conseillère, ce mirage dans mon désert. Il n’en fallait pas plus pour que je songe à lui accorder ma sympathie malgré son naturel désagréable qu’il voulait mettre en évidence. Pendant que je répondais à sa question visant à savoir pourquoi je venais l’importuner de bon matin, il m’a laissé là, seul, perché au sommet d’une phrase inachevée, pour aller chercher des documents dont certes nous aurions besoin pour la suite de la discussion. Redescendu de mon apostrophe, j’ai attendu son retour. Toujours assis, position la plus appropriée pour profiter du spectacle qui m’était offert. Je précise si nécessaire qu’il persiste à ne pas me regarder, soit parce qu’il a peur d’un coup de foudre et qu’il ne veut pas s’attacher soit parce que, nous deux perdus dans l’obscurité de son bureau, il ne sait pas exactement où je me trouve. Une fois encore, je me dis que les ficelles sont trop énormes, que tout est truqué sans aucune discrétion et qu’il y a forcément des caméras tout autour faisant de moi le cobaye d’une émission de télé-réalité. Le conseiller finit par revenir. Il était sans doute parti observer mon attitude pendant son absence dans le car-régie à l’extérieur du bâtiment. S’en suit un remplissage administratif règlementaire concernant mon stage, nom de l’employeur, adresse et dates. Classique. Nous étions alors tout proche de la prise de congés quand débarqua une collègue du conseiller censée assister aux entretiens. Pour quelles raisons, je n’en sais rien.  Manque de chance pour elle, l’entretien en question se terminait. Personne ne peut lui en vouloir, l’expression dit que l’on entre lorsqu’on voit de la lumière et là, il n’y avait pas de lumière. Elle n’était donc pas entrée plus tôt. De mon côté, alors que j’allais envisager de m’enfuir sans en avoir l’air, le conseiller, toujours sans un regard, prononça cette phrase qui en disait long sur la complexité de l’organisation de son travail.

Le conseiller : « Bon pour votre stage, on a la journée pour saisir sur informatique les informations que l’on vient de noter sur la convention. Du coup, je ferais ça dans l’après-midi. »

Moi (dans ma tête) : « Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas le faire maintenant puisque je suis là pour ça et qu’apparemment il vous revient de faire cette saisie ? »

Il faut tout de même s’imaginer que la saisie en question n’allait pas plus loin que le nom de l’entreprise qui m’accueille, son adresse, son numéro de SIRET, le nom d’un contact, mon nom à moi, mon adresse et les dates de stage. Sachant que l’on venait de noter tout cela sur la version papier de ladite convention, il n’y avait qu’à « recopier ». Mais c’est lui le professionnel, après tout. C’est sur ce constat réaliste et surtout objectif que j’ai quitté la pièce, en espérant qu’il transmette bien cette convention pour approbation à l’entreprise qui m’accueille en avril prochain et qu’il remette à qui de droit ma demande de financement pour un bilan de compétences. Juste avant de partir, la lumière fut. Enfin d’une certaine façon. Le conseiller m’a regardé en me serrant la main, il a même laissé s’échapper un sourire de soulagement provoqué par mon départ. Oui, il était content que je parte et ça aussi il voulait le mettre en évidence.

Dans cette aventure, les trucages sont un peu flagrants mais les caméras sont vraiment bien planquées.