Archives mensuelles : février 2014

77ème jour : pression, dépression

La semaine débutait sur les chapeaux de roues et pour l’occasion j’emploie cette expression rustique à l’origine obscure. J’avais deux rendez-vous listés dans mon agenda, car oui le chômeur peut avoir un agenda. Moi j’en ai un. Et je suis chômeur. CQFD.

Mon premier rendez-vous avait lieu ce matin, car oui le chômeur peut se lever le matin. Enfin moi je me lève. Et je suis chômeur. Vous commencez à comprendre. Je rencontrais une personne du Greta pour découvrir ce qu’est un bilan de compétences et déterminer en quoi il pourrait être utile dans mon parcours de reconversion professionnelle. Je suis reçu par une conseillère (je ne sais pas vraiment si on utilise ce titre honorifique dans cet organisme mais bon là on est entre nous) qui elle-même me reçoit dans son bureau. Soit elle avait laissé les fenêtres ouvertes durant les épisodes venteux qui ont marqué la saison, soit elle a une méthode de classement qui n’appartient qu’à elle. Les chemises cartonnées et autres dossiers défilaient en un cortège uni et coloré de part et d’autre du bureau, un bel exemple de solidarité administrative entre ces fournitures malmenées. Par chance, aucun obstacle sur le fauteuil qui m’est proposé, je m’assois. Avant de parler du déroulement du bilan de compétences, nous évoquons brièvement mon parcours puis ma volonté de passer du chargé de communication au pâtissier. A cet instant, la conseillère me gratifie d’un regard proche de l’exorbitation, ce genre de regard qui me ramène à la réalité, enfin plus exactement la réalité de la conseillère, un regard qui aurait pu faire rimer reconversion professionnelle et suicide social. Ambiance. Puis, à leur manière, les  fournitures de bureau en ordre de champ de bataille ont fait parler d’elle. La conseillère me demande où je souhaite suivre la formation du CAP Pâtissier. Fier, comme à mon habitude, mais surtout comme quelqu’un qui a bossé son sujet, je lui réponds que je compte faire ma rentrée au centre de formation du département et que, d’après les résultats de mes investigations, cette filière entre dans le cadre du Plan Régional de Formation et ouvre ainsi potentiellement la voie à un financement. Pour elle, cela sonne le début du second round, elle veut éviter le troisième et cherche le KO. Elle recharge ses yeux revolver, elle a tiré la première, elle m’a touché c’est foutu.

La conseillère : « Ah mais non! »

Moi : « Non ? »

La conseillère : « Non. Le centre de formation de la Chambre des Métiers ne proposent pas la formation du CAP Pâtissier. D’ailleurs vous ne trouverez rien sur la région. »

A cet instant, j’ai cru comprendre ce qui m’arrivait. Sous les dossiers intelligemment disposés ça-et-là pour simuler un capharnaüm devaient sans doute être dissimulées des caméras faisant de moi la victime d’un canular. Peut-être même que les images étaient diffusées en direct chez Pôle ! Voire même dehors sur plusieurs écrans géants pour le plus grand bonheur d’une foule hilare qui m’accueillera à l’extérieur à coup de « on t’a bien eu » ou encore de « tu l’as senti le gros éclair au chocolat ». Mais ma paranoïa laissa rapidement la place à la désolation. J’en conclue que ma paranoïa avait du bon. La conseillère, profitant de l’occasion pour me dire environ dix-huit fois sur la durée totale de notre entrevue qu’elle avait travaillé durant TOUT le week-end et sur ce sujet justement, me répète et martèle qu’il n’est pas question de pâtisserie pour la prochaine rentrée, du moins pour les personnes dans mon cas. Impossible de mettre sa parole en doute car elle sort de l’un de ses dossiers le document répertoriant les métiers en tension et pris en charge. La cuisine et la restauration oui, la pâtisserie non. Allez savoir comment elle a réussi à sortir le bon document parmi le choix désordonné qui s’offrait à elle. Quoi qu’il en soit, elle y est arrivée. Enfin presque. Presque, car oui, le vent a soudain tourné. Dans ma déception je lui signifie que c’est certainement elle qui a les bonnes informations car personne ne m’avait encore parlé de ce que seraient les règles à la rentrée prochaine et que les informations que m’avait donné la Chambre des Métiers concernaient l’année en cours et pas l’année prochaine.

La conseillère : « Oh… Excusez-moi… Je me suis trompée de chambre… »

Elle s’était « trompée de chambre ». Voulait-elle dire par là que nous n’étions pas dans son bureau mais dans une chambre qui n’était pas la sienne ? Il n’y avait pas de lit dans cette hypothétique chambre en tout cas et rien ne justifiait un tel bordel, qu’il s’agisse d’un bureau ou d’une chambre.

La conseillère : « C’est de la Chambre des Métiers dont vous me parlez depuis le début ? Au temps pour moi, je pensais à la Chambre de Commerce et d’Industrie ».

Voilà. Elle s’était donc trompée de chambre. Pourtant elle avait bossé le sujet pendant TOUT le week-end… Allez, ça arrive, sans doute. Sans transition, elle m’a donné les grandes lignes du bilan de compétences, m’a fourni un devis en double exemplaire dont l’un à l’attention de Pôle. Ma conclusion a la sortie de ce rendez-vous riche en émotions allait de paire avec celle d’un ami professionnel de l’emploi. « Tout est une question de personnes et pas d’entité ».

Pour mon rendez-vous de l’après-midi, je vais prendre plaisir à vous la faire courte. Tout s’est parfaitement passé. Je rencontrais un pâtissier installé depuis quelques mois à son compte. Il m’a parlé de son métier, de ses méthodes, de sa vision des choses mais aussi de quelques étapes clés lorsqu’on souhaite devenir entrepreneur. De plus, il est tout à fait disposé à m’accueillir pour un stage. Voici ce que j’appelle « prendre plaisir à vous la faire courte ».

J’espère qu’il n’y aura pas trop d’étapes qui se passeront bien au risque de ne plus avoir d’anecdotes.

75ème jour : chef oui chef

Et voilà. Je crois pouvoir annoncer que mon premier entretien pour un stage avec un chef pâtissier a été concluant. Le chef n’était pas seul pour me recevoir, il était avec son chef à lui, le directeur de magasin.

J’ai brièvement présenté ce qui m’amène là devant eux, le reconverti professionnel en devenir pouvant vite avoir le profil d’une bête curieuse. J’ai donc tenté de dissiper rapidement leurs soupçons en leur certifiant sur l’honneur que je n’ai pas choisi de devenir pâtissier sous la contrainte, pas plus que sous la menace, qu’il s’agit d’un choix parfaitement réfléchi, du bon moment pour moi, que ma motivation saura aisément relever le défi… Bref, j’ai déroulé mon argumentaire comme si je briguais la place du chef qui était assis en face de moi alors que je ne venais chercher qu’un accord pour dix jours de stage. Même pas peur.

N’y voyez pas là mon côté premier de la classe ressurgir encore, mais je me suis retrouvé face à deux personnes à la fois intéressantes et réceptives, sûres de leurs compétences et tout à fait disposées à m’apprendre le métier. « What else ? », comme disent les cafetiers américains. Lorsqu’il a été question du choix des dates, le chef pâtissier a estimé que la période de Pâques serait intéressante car elle me permettra de voir l’ensemble du savoir-faire, chocolaterie incluse. Voilà quelqu’un qui de manière désintéressée est prêt à m’accueillir dans son équipe et qui par la même occasion prend le soin de choisir une période propice à mon apprentissage. Cela n’a peut-être l’air de rien mais en réalité c’est comme jouer du piano debout. Je vous laisse filer la métaphore en chanson.

Voici comment en trente minutes d’entretien j’ai validé mon ticket pour dix jours de stage dans une pâtisserie en grande distribution. Quoique je m’avance un peu… Il reste une étape, un détail, une broutille. Il faut désormais que j’aille l’annoncer à Pôle. Toujours Pôle. C’est lui qui me remettra la convention à faire signer par l’entreprise, c’est lui qui précisera que tout ce que j’ai fait sans lui est conforme, c’est lui qui me posera une ou deux questions pour donner le change et c’est enfin lui qui peut-être trouvera qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans cette demande de stage.

Au fait Pôle… Non rien.

74ème jour : si j’aurais su

J’ai pensé à Pôle aujourd’hui, peut-être sous l’effet de la fête des amoureux. Je doute qu’il ait eu une attention de la sorte à mon égard, lui, son côté volage et ses prétendants toujours plus nombreux.

Il n’y avait pas d’étoiles dans mes yeux lorsque j’ai songé à Pôle. Je crois que je lui en veux un peu, beaucoup. Même passionnément, attendre que la lumière vienne de lui touche à la folie, de nous et en l’occurrence de moi, il ne s’en soucie pas du tout. Je ne peux m’empêcher de me demander ce que devient celui qui se croit entre de bonnes mains, celui qui pense avoir trouvé une oreille à qui parler, peut-être même deux, celui qui ne prend aucune initiative parfois parce qu’il ne sait pas faire une telle chose, celui qui part du principe qu’il faut laisser Pôle faire son travail puisque c’est lui le professionnel. Où en serais-je aujourd’hui de ma reconversion si j’avais attendu que le professionnel de l’emploi me conseille, m’oriente ? Je ne souhaite pas que l’on me serve tout sur un plateau, sauf peut-être le dimanche matin au lit et avec des croissants, mais lorsque mes accréditations ne me permettent plus de passer à l’étape suivante, le minimum serait que le supposé conseiller n’ait pas l’allure d’un concierge. Il y a « con » dans les deux appellations mais je suis persuadé que cela n’est qu’une mauvaise coïncidence. Plus jeune je n’étais pas très bon élève en cours de sciences physiques mais je suis prêt à parier que si la bonne volonté tombe d’en haut, au-delà du pléonasme, elle éclaboussera tout ceux qui se trouvent en-dessous. C’est le principe même de la gravité, cette gravité dont le double sens illustre de fort belle manière l’état de Pôle. Certains et pas des moindres disent que ce n’est pas de sa faute, moi-même je l’ai dit. Si l’argument fonctionne, à l’avenir moi aussi je dirais que ce n’est pas de ma faute.

Pôle, tu me fends le coeur.