Archives mensuelles : février 2014

73ème jour : toi-même

Je ne suis pas mécontent de vous dire que vos tentatives de réprimandes d’hier n’auront mené à rien, cet oeil que vous avez voulu me porter devra sécher ses larmes. Vous qui me soupçonniez de laisser-aller durant les quelques heures d’une journée que je n’avais pas vu filer, vous serez ravis d’apprendre que ma journée fut plutôt positive.

Une « journée plutôt positive » peut tenir dans le simple fait de répondre au téléphone. C’est ce que j’ai fait ce matin et j’ai eu le plaisir d’entendre de l’autre côté des ondes (feu « au bout du fil ») la directrice des ressources humaines que j’avais rencontré pour ma demande de stage en pâtisserie en grande distribution. Elle me proposait un rendez-vous avec le chef pâtissier ainsi que le directeur de magasin, samedi, à 11h. Comme le hasard fait bien les choses, il se trouve que ce jour-là à cette heure-ci je suis disponible, comme peut l’être un chômeur quoi. Ce sera donc le moment de discuter de mon projet de reconversion professionnelle, de mes attentes concernant le stage et des dates adéquates. Un pied dans le concret et l’autre dans mon arrière-train si ça peut vous faire plaisir. Après la validation de ce rendez-vous, je me suis fait un récapitulatif de ce qui m’attendais dans les quatre prochains jours et j’ai compté deux rendez-vous avec des pâtissiers ainsi qu’une découverte du bilan de compétences. Pas mal. Pas encore de quoi occuper dix heures par jour, six ou sept jours par semaine mais pas mal.

Mettez-vous le doigt dans votre oeil.

72ème jour : en dérangement

Je le vois d’ici votre petit sourire en coin, votre air supérieur qui ne demande pas mieux que de me faire la morale et votre satisfaction en me voyant fauter. Non, je n’ai pas eu la possibilité de faire ce que j’avais prévu aujourd’hui. Je n’ai pas pu aller voir les pâtissiers à qui je compte offrir la possibilité de m’avoir comme stagiaire et j’espère d’ailleurs qu’ils sauront prendre leur mal en patience. Il faut quand même s’imaginer ce qu’est le quotidien du chômeur ! Vivre dans un monde où la montre et le calendrier n’ont pas encore trouvé leur public peut avoir l’aspect régressif et ludique de la période préhistorique mais c’est avant tout un casse-tête digne de ce nom lorsqu’il s’agit de s’organiser. Je comprends tout à fait vos petites problématiques consistant à bien faire votre travail de manière à ce que votre patron puisse bien faire le sien qui consiste ni plus ni moins à vous faire faire le vôtre, vos rêves d’évolution vers le sommet de l’organisation pyramidale de votre société, votre augmentation, le repos bien mérité du week-end, tout ça… Bon d’accord j’ai déconné. Je m’étais fixé des objectifs pour cette journée et j’ai perdu dans le face à face qui m’opposait à ma montre et à mon calendrier qui chez moi n’ont, croyez-moi, rien de préhistorique. La journée a commencé, puis elle s’est terminée de la même façon, c’est à dire sans que je le décide. Je me souviens que j’étais à la maison, ma femme était en déplacement, mon fils s’est réveillé, on a vu ma belle-mère, à un moment on a mangé puis il a dormi, j’ai fait un gâteau d’anniversaire, on a vu mon frère, mes parents et puis tout un tas de gens que je ne connaissais pas, lui non plus d’ailleurs, on a remangé, il a redormi et je me suis aperçu que, le plus naturellement du monde, je venais de remettre à un autre jour ce que j’aurais pu faire aujourd’hui.

Le côté positif c’est qu’il devrait faire jour demain. Enfin j’espère parce que sinon j’ai vraiment déconné.

71ème jour : au rendez-vous

Ca y est, j’ai mon premier rendez-vous avec un pâtissier. Un vrai. Un vrai rendez-vous et un vrai pâtissier. Il s’agit de celui qui avait mis à peine deux heures pour m’appeler après un simple mail que je lui avais adressé, ma foi fort bien rédigé comme vous vous en doutez. Pour envoyer ce message, j’étais passé par les réseaux sociaux, cette plateforme où les relations se décomplexent à la vitesse 2.0 et dans laquelle les amitiés virtuelles se créent au rythme des photographies d’assiettes de restaurant, de chats, de bébés, d’assiettes de restaurant, de chats et de bébés. Partant de ce constat faisant fi de la pudeur et de la politesse au sens traditionnel du terme, j’avais directement tutoyé par écrit mon « ami » pâtissier, lequel m’avait ramené dans le monde des êtres humains en employant le vouvoiement circonstancié lorsqu’il s’agit d’une première prise de contact avec un adulte a priori inconnu. Soudainement conscient de ma rédaction présomptueuse, je me conformais volontiers à vous. Enfin à lui, lui avec qui j’ai donc rendez-vous lundi prochain pour parler stage et découverte.

Dans l’excitation de ce qui n’était pourtant à ce stade qu’une ligne dans mon agenda, je décidai d’aller voir directement deux pâtisseries près de chez moi pour me présenter, ce qui devrait tout d’abord faire grand plaisir à celles ou ceux que je rencontrerai sur place. Je comptais utiliser la méthode conventionnelle déjà citée ici, celle de la lettre de motivation et du CV puis j’ai réfléchi. Oui. Et j’ai fini par me raviser. Outre les économies d’encre, de papiers, d’enveloppes et de timbres, je ne voyais aucun intérêt à présenter celui que j’étais avant, professionnellement parlant. J’ai également pensé que l’artisanat et ses artisans constituaient un monde où l’on pouvait se parler, échanger, partager, tenter sa chance. On dirait que je suis déjà chauvin. Ou peut-être simplement un bon gros fayot qui veut sa place, encore mon côté premier de la classe qui revient à la charge. Selon les aléas de ma journée de papa, je vais tenter d’aller voir ces pâtisseries demain. J’en profiterai également pour confirmer mon stage en grande distribution en parlant calendrier car pour le moment, je n’ai pas été rappelé malgré un accord de principe.

Je me demande comment va Pôle, avec ce mauvais temps il ne faudrait pas qu’il attrape froid.