Archives mensuelles : mars 2014

119ème jour : avant-propos

En théorie, ou sur le papier comme on a coutume de dire dans les vestiaires, aujourd’hui c’était mon premier jour de stage dans une pâtisserie en grande distribution. Si je dis « en théorie », ou « sur le papier », c’est parce que mon stage commençait par un lundi, synonyme de jour de repos pendant mon immersion de dix jours en entreprise. Cependant, j’avais tout de même demandé à être reçu ce matin de manière à prendre quelques repères et éventuellement récupérer une tenue de travail. Cela me permettait aussi de montrer combien l’auréole au-dessus de ma tête brillait. J’ai ainsi rencontré la responsable du service du personnel qui m’a fait essayer une paire de chaussures, m’a donné la procédure pour entrer demain matin et a prévenu la sécurité que j’allais descendre avec sous le bras la fameuse paire de chaussures dans sa boîte mais que j’étais en règles. En y repensant, je la remercie encore de m’éviter de la sorte une fouille approfondie dans un local aux fenêtres sans tain. Avant que je parte elle m’informe également que finalement demain je n’embauche qu’à 8h et pas à 6h comme prévu initialement. J’espère que Pôle, s’il est informé de ce changement de planning, ne va pas encore sortir son épouvantail de la radiation pour tenter de faire de moi un petit être apeuré, ce bâton qu’il brandit fièrement pour que ne me vienne pas l’idée de jouer au mauvais élève durant ce stage qu’il a fait l’effort de ne pas me trouver, ce stage dont il a même failli ne jamais me parler. Impertinent que je suis, sur ce sujet j’avais décidé de jouer les curieux.

Si je résume, pour ceux qui ont l’habitude de ne rien comprendre mais qui lisent quand même pour me faire plaisir alors que je me fiche complètement de leur avis, je pourrais dire que ce jour de stage qui était le premier n’en avait pas l’air et que le deuxième ferait sans doute un bon premier. Et je dis bien « le deuxième », pas « le second », c’est chez moi une habitude ce n’est donc pas la première fois. Alors en premier lieu revoyez votre vocabulaire, je ne l’écrirai pas une deuxième fois.

Allez, à trois on se dit « à demain ». Un… Deux… Trois…

116ème jour : don’t « smoging »

Je ne sais pas si c’est l’approche de mon premier stage, le printemps ou tout simplement de la pure inconscience, mais je me sens plutôt serein en cette fin de semaine. J’ai vu passer tellement d’énormités en 116 jours que j’étais presque parvenu à oublier que certaines étapes avaient été validées. Avec ou sans Pôle, me voici avec deux stages à venir, un voire deux qui se profilent en supplément, mes rapports avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat qui sera tout de même mon futur centre de formation sont à la fois agréables et constructifs, bref, il y a du bon dans tout cela. Je savais qu’il y en aurait juste après la dissipations des brumes et brouillards administratifs.

Le smog. C’est ça, c’est le smog. Pour ceux d’entre vous qui ne savent pas de quoi il s’agit, ceux d’entre vous qui croient que les coquelicots et les papillons sont encore de ce monde, « le smog est une brume brunâtre épaisse, provenant d’un mélange de polluants atmosphériques, qui limite la visibilité dans l’atmosphère ». Ma vie avec Pôle, c’est avancer dans le smog. Je sais où je veux aller, le temps de la réflexion m’a permis de comprendre par où je devais passer, l’itinéraire parait simple et sans détour. Mais voilà. Une fois que j’ai chaussé mes baskets pour partir à l’aventure, Pôle, qui lui porte plutôt des gros sabots, lui qui devrait être mon fidèle compagnon de route, est en réalité celui qui en soufflant le chaud et le froid crée le smog. Alors je ne reconnais plus le paysage, je suis invité à rester chez moi pour ne pas respirer cet air nauséabond, je tente d’avancer quand même mais sans aucun repère, j’en viens donc à me perdre, à envisager de faire demi-tour, à m’entêter à avancer à l’aveugle, à trébucher, m’accrocher aux branches, avancer, trébucher… Vous avez saisi l’idée. Et moi la branche. J’y voyais bien jusqu’à ce que je demande à y voir clair.

Après le smog vient le beau temps. Enfin il vaudrait mieux, sinon c’est intoxication assurée.

114ème jour : NPAI

Ce matin, Pôle m’a écrit. Il voulait me confirmer « mon inscription à la prestation de service suivante : Evaluation en milieu de travail (EMT) ». Quelle délicate attention. J’avais déjà reçu cette confirmation ainsi qu’une copie de la convention précisant mes horaires, le tout envoyé directement par l’employeur, mais je ne vais pas me plaindre alors que Pôle pense à moi. Soyons beau joueur.

Ce courrier à l’allure standard cachait une véritable pépite au coeur de son dernier paragraphe. Certes, dès la deuxième phrase Pôle me précise que j’ai rendez-vous sur le lieu de travail le 31 mars prochain à 6h alors que c’est en réalité le 1er avril à cette heure-ci que je débuterai, mais passons. Pôle tentait peut-être là une sorte de poisson d’avril prémédité ou alors n’a-t-il pas pris soin de lire les horaires communiqués par l’entreprise. J’ai dit passons. Car la pépite, la vraie, est quelques lignes plus bas. Face à elle, rivaliser est peine perdue, je privilégie donc la citation :

« Au cas où vous ne donneriez pas suite à ce courrier, je serais contraint(e), conformément aux articles L.5412-1 et R.5412-1 à R.5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d’emploi. »

Une pépite, c’est bien ce que je disais. Pour la déguster de la meilleure manière je vous propose de l’accompagner d’un petit rafraichissement de mémoire. A aucun moment Pôle, de lui-même, ne m’a parlé de l’existence de son dispositif de stage en entreprise (EMT) qui semblait pourtant être parfaitement approprié à mon parcours de reconversion professionnelle. Ce sont mes recherches personnelles, après avoir rencontré deux conseillers d’ailleurs, qui m’ont révélé cette information. Après cela, je suis retourné chez Pôle pour me faire expliquer ce dispositif dont on avait omis de me parler puis je suis allé à la recherche d’une entreprise prête à m’accueillir. Une fois trouvée, je suis revenu chez Pôle pour remplir la convention de stage qui fut ensuite envoyée à l’employeur. Bref, en langage de chômeur, je me suis démerdé tout seul. Pôle n’a joué qu’un rôle de boite aux lettres, ni plus ni moins, avec tout le respect que j’ai pour la Poste. Et pourtant, aujourd’hui, le voici qui débarque chez moi en format A4 pour me menacer de radiation si je n’honore pas ce qu’il s’est efforcé à me laisser faire tout seul. Encore une fois, du génie.

Pôle, tu ne m’as été d’aucune aide dans ma recherche de stage. Ni de manière théorique, ni de manière pratique. Je te propose donc, quitte à monter sur tes grands chevaux, de t’en servir pour te mettre au galop et d’avancer autrement qu’en marchant sur la tête. Avec une connaissance même infime de mon projet tu saurais combien ces stages en entreprise sont importants pour la suite de mon parcours, tu pourrais alors réfléchir à deux fois avant de laisser ton système informatique m’envoyer ce genre de missive. Difficile qui plus est de savoir que faire de ce papier présentant un champ « date » et un champ « signature » qui semblent m’être dédiés en bas de page. Dater et signer pourquoi, je tente de percer ce mystère.

C’est ainsi que j’ai décidé de donner suite à ce courrier en appliquant à la lettre les règles de recyclage de ma commune. Poubelle jaune.