Archives mensuelles : mars 2014

112ème jour : un visage sur mon nom

« J’ai lu votre blog ».

Il fallait bien que ça finisse par arriver, les dieux de l’emploi avaient décidé que ce serait ce matin. La conseillère que j’ai rencontré aujourd’hui chez Pôle avait lu mon blog. Peut-être d’ailleurs est-elle en train de lire ces mots. Mais avant d’évoquer ce tête à tête avec une lectrice assidue, il faut savoir comment je me suis retrouvé dans son bureau. Arrivé à « l’accueil sans rendez-vous », personne, pas d’attente, l’hôtesse n’attendait sans doute que moi. Je lui explique que je viens pour établir une convention pour le stage que je viens de dégoter dans une chocolaterie. Après un sourire de courtoisie qui ne parvenait pas à cacher qu’elle ne savait pas exactement de quoi je lui parlais, elle me demande de patienter et part prendre conseil dans un bureau. Quelques minutes plus tard, ô surprise, la voici qui revient accompagnée. Et pas par n’importe qui puisque l’hôtesse était partie cherchait sa réponse auprès de ma conseillère. Pas une conseillère, pas un conseiller, ma conseillère personnelle. Une appellation d’origine théorique. C’est d’ailleurs elle qui prend la parole pour tenter de récapituler les éléments qui me font venir de bon matin.

Ma conseillère : « Donc votre conseiller vous a dit de passer pour remplir une convention de stage ? »

A cet instant, cela ne se voit pas sur mon visage, j’ai un petit sourire subliminal que j’ai moi-même du mal à interpréter. Ma conseillère, juste là en face de moi, est en train de me demander si mon conseiller m’a dit telle chose. D’accord, elle ne peut pas retenir tous les noms ni tous les visages. Avouez tout de même que c’est cocasse. Pendant que je tente de formuler une réponse qui ne la mettra pas dans l’embarras, elle fouille dans son ordinateur pour en savoir plus sur moi. Et soudain.

Ma conseillère : « Ah oui… Donc c’est moi votre conseillère ».

Il n’est pas utile que j’aille plus loin dans la description de cette scène. Ce qu’il faut retenir pour conclure c’est qu’après avoir ciblé ma demande, ma conseillère m’a fait patienter le temps que je sois reçu par un autre conseiller. Une conseillère en l’occurrence. J’ai vraiment du mal à comprendre le concept de « conseiller personnel ». Je n’ai pas la science-fiction infuse.

Alors je patiente. Mais pas longtemps. Ma conseillère du jour, la sixième, vient me chercher rapidement. A peine a-t-on introduit le sujet qui occupera l’entretien qui allait suivre qu’elle m’annonce, les yeux dans les yeux, qu’elle a lu mon blog. Elle le trouve « très intéressant sous certains aspects ». J’hésite à lui proposer un autographe mais pour ne pas gâcher son plaisir je préfère lui laisser l’occasion de me le demander elle-même. Le fait qu’elle sache de manière assez précise comment se sont passées mes retrouvailles avec Pôle nous a permis d’avoir une discussion très ouverte. Nous échangeons sur nos difficultés respectives, celles de mon périple de futur reconverti professionnelle et les siennes lorsqu’on ne lui donne pas les moyens d’avoir des réponses. Parfois elle distribue des « oui », rien n’est plus simple. Parfois elle distribue des « non » et se retrouve à court d’arguments, de conseils ou de bons mots. La relation avec Pôle est d’une complexité extrême pour les chômeurs. Elle l’est aussi pour les conseillères et conseillers qui ont l’ambition de bien faire leur travail. Oui, il y en a évidemment. La sixième personne que je rencontre en a l’étoffe mais n’a pas pour autant de formule magique. Elle reste tributaire de tout voire de tout le monde, les « oui » et les « non » chez Pôle évoluent aussi vite qu’un cours de bourse. Enfin, entre sociologie et psychologie, ma convention de stage était prête.

En sortant de chez Pôle, je suis allé au centre de formation de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat pour rencontrer l’une des responsables de la partie formation. Un rendez-vous improvisé que j’avais sollicité pour aller me présenter. Ce fut bref mais complet, j’aurais d’ailleurs pu écrire concis dans un souci d’économie lexicale. Il est question de l’ouverture des inscriptions au CAP Pâtissier, du poids donné à mon dossier grâce aux stages en entreprise, de mes démarches en cours et à venir. Bref mais complet. Concis.

Maintenant que j’y repense, finalement la conseillère de Pôle ne m’aura pas demandé d’autographe.

110ème jour : colonnes à la une

Ceux qui n’avaient pas encore eu le plaisir immense de dévorer le récit de ma vie d’actif au chômage, soit parce qu’ils n’ont pas internet, soit parce qu’ils n’ont pas idée de ce qu’ils manquent, ont eu le bonheur de me découvrir dans la presse du jour. A condition bien sûr qu’ils habitent dans mon département et qu’ils lisent la presse locale.

C’était la deuxième fois qu’un journaliste s’intéressait à mon cas, ce cas qui n’est pas que le mien, malheureusement pour moi et mon ambition d’être unique. Le premier journaliste, la première très exactement, avait eu cette formule : « j’ai testé pour vous la reconversion  professionnelle ». J’avais trouvé que ça résumait parfaitement la situation. Dans l’article du jour, le journaliste emploie une expression toute aussi brillante, mes billets sont considérés comme « un témoignage sociologique sur la France du chômage ». Rien que ça. Tu es là, chez toi, tranquille dans des pantoufles de chômeur, tu te dis que tu vas faire un blog puisque tu n’as que ça à faire de tes journées, comme tu vas devoir traiter avec Pôle tu te dis que ton personnage principal est tout trouvé et là, patatra. Que dis-je, saperlipopette, si vous me permettez ce langage quelque peu fleuri. Voilà que sans m’en rendre compte, ou presque, je me retrouve témoin sociologique de la France du chômage. A ne pas confondre avec la Chance du fromage qui n’est autre que la contrepèterie du siècle dans ce cas précis. De quel siècle, je l’ignore. Enfin tout cela pour dire que j’ai eu ma petite exposition en première page du cahier local, de quoi satisfaire un peu mon narcissisme inné. Et peut-être signaler à quelques chefs pâtissiers du coin que je me rêve apprenti à leurs côtés. Le mieux est tout de même que je vous laisse découvrir l’article.

Lundi, comme prévu, je vais chez Pôle. Peut-être lit-il le journal le week-end.

109ème jour : ne pas finir chocolat

Je vais devoir revenir chez Pôle. Oui, encore. Re-revenir donc. Et lundi de préférence, pour être certain de débuter la semaine de la meilleure manière.

Vous vous demandez sans doute pourquoi je m’inflige cela. Non je disais, vous vous demandez sans doute pourquoi je m’inflige cela. Mais peut-être bien que vous ne vous demandez rien du tout. Si j’ai décidé de revenir chez Pôle, car oui je l’ai décidé, c’est tout simplement parce que. Tout simplement parce que, et je sens moi-même tout comme vous  à cet instant ce suspens insoutenable, tout simplement parce que j’ai trouvé un deuxième stage. Oui, je sais à quel point cela doit vous faire plaisir. Avant-hier, j’avais passé un coup de fil dont je m’étais bien gardé de vous parler, mon sens inné pour les surprises, et ce soir j’avais rendez-vous. C’est un chocolatier qui me recevait, plus exactement deux artisans associés qui ont ouvert récemment de nouveaux locaux comprenant une boutique et un laboratoire. J’ai pu discuter avec l’un, puis avec l’autre et enfin avec les deux, et tout comme avec les pâtissiers que j’ai rencontré précédemment, la conversation fut des plus enrichissante. Encore une fois, je fus pris par l’envie de demander une dérogation pour que ce soit eux mes conseillers à la place de ceux de Pôle. Je suis tombé sur des personnes qui m’ont interrogé sur mon parcours, sur le pourquoi du comment, des personnes qui se sont intéressées, qui voulaient connaître mes motivations, des personnes qui tentaient peut-être de savoir si je n’avais rien d’autre à foutre que m’engager dans une reconversion professionnelle. Le pire dans tout cela, c’est qu’en plus ils avaient l’air de trouver mon projet à la fois réalisable et intéressant. Avec du travail, évidemment. A un moment, j’ai hésité à pleurer mais je ne me mouche pas le premier soir.

Après quelques amabilités, mes désormais chocolatiers préférés me proposaient trois créneaux pour m’accueillir en stage durant le mois de mai. Des créneaux certes mais il serait peu sérieux de faire marche arrière. Voici comment en quarante-cinq minutes de rendez-vous il m’a été possible de présenter mon aventure dans son intégralité et de recevoir des propositions concrètes.

Du coup lundi, je vais chez Pôle avec mes dates. Et je lui apporte un mode d’emploi.