Archives mensuelles : mars 2015

Abonné absent

Pôle, fais un effort. S’il te plait. Juste un. Même petit.

Je t’attendais. Cela fait de longues semaines que nous ne nous sommes plus vus et enfin un rendez-vous se dessinait. Pour une fois, c’est même toi qui allais venir à moi. Je n’étais pas peu fier de te recevoir dans mon école, j’étais même déçu que ta venue ne coïncide pas avec le jour de la photo de classe. Quelle allure cela aurait eu que de te voir à mes côtés sur un papier glacé immortalisant l’instant. Mais il n’y avait ni photo de classe, ni toi. Nous étions réunis mes camarades et moi pour faire le bilan intermédiaire de notre formation, en présence notamment d’une représentante de la région venue s’assurer que les deniers publics ont été bien investis. Autour de la table, je crois bien qu’il ne manquait que toi Pôle. Chacun à notre tour, nous avons pris la parole pour partager notre ressenti sur l’alternance entre le centre de formation et l’entreprise, la qualité de l’enseignement, la place de la pédagogie, la suite que nous aimerions donner à tout cela. Bien sûr, lorsque mon tour est venu, je ne suis pas resté muet. Tu me connais. Mes camarades ont immédiatement perçu ma déception d’avoir à parler de toi sans que tu ne sois présent, moi-même j’ai hésité à prendre la parole en me demandant à quoi bon. Mais j’ai fait le boulot comme on dit. Tu me connais. Oui j’ai parlé de toi, de nos souvenirs, tout au moins des miens car je doute que tu aies eu la délicatesse d’en garder ne serait-ce qu’un, dans le fond du dernier tiroir de ton bureau. Tu m’as abandonné Pôle. Encore. Alors même que j’ai fait le travail à ta place depuis tout ce temps, sans te ménager dans mes prises de position certes mais tu reconnaitras peut-être un jour que c’est un minimum, tu m’abandonnes encore. Je me suis senti comme ce footballeur en herbe dont le papa a oublié l’heure du match et laisse une place vide dans les tribunes. Tu avais là un tapis rouge prêt à recevoir ta démarche maladroite, un chemin tout tracé pour tirer profit du relatif succès de ma formation à ce jour, mais même là, tu m’abandonnes. C’est à n’y rien comprendre. C’était l’occasion inespérée pour nous de recoller les morceaux, devant témoins qui plus est, j’étais même prêt à faire semblant, un tout petit peu. Tu me connais. Mais toi Pôle, tu n’es pas venu, tu n’as rien vu et jusqu’à preuve du contraire tu n’as rien vaincu. J’ai fini de croire que jamais tu ne me manquerais.

En pâtisserie, la régularité est un savoir-faire fondamental. J’apprécie la tienne Pôle, cette régularité, cette constance dans le rien.