Archives mensuelles : août 2018

Dépasser les bornes

On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Avec des poubelles, si. J’en ai désormais la preuve s’il en fallait une.

Ce matin, j’ai écrit une lettre. Pour les plus jeunes, écrire une lettre c’est comme faire un blog sauf qu’on imprime sur du papier. Naguère cela se faisait même avec de l’encre sortie d’une plume ou d’un stylo mais là n’est pas le sujet. Donc ce matin, j’ai « écrit » une lettre. Elle s’adresse au chef de service de la collecte des déchets du Grand Périgueux. Dans cette correspondance, que je proposerais à la consultation de tous une fois que le destinataire l’aura reçu, je demande l’installation d’équipements type brise-vue tout autour des poubelles de mon jardin ainsi qu’un aménagement paysager pour tenter d’intégrer ce nouveau matériel à l’environnement alentour. Comme je le précise dans le courrier, cela ne règlera sans doute que peu de nuisances mais à défaut de pouvoir faire mieux, on va déjà tenter de faire moins pire. Par la suite, j’en profite pour rappeler quelques sujets qui me tiennent à coeur et directement liés aux poubelles, à savoir la sécurité, l’hygiène et l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. J’aimerais savoir ce qui a été prévu dans le cahier des charges pour répondre à ces problématiques essentielles. J’invite donc le chef de service à me contacter lorsqu’il aura pris connaissance de mon courrier de manière à ce que nous convenions d’un rendez-vous pour valider ces travaux. Je lui propose même de faire le voyage avec son élu référent, Monsieur Protano, qui préfèrera peut-être un rapide café plutôt qu’un goûter (cf les épisodes précédents). Et bien évidemment, je termine en lui adressant mes sincères salutations.

Mais ce matin je n’ai pas fait qu’écrire. J’ai aussi lu. J’ai lu un article paru dans Dordogne Libre au sujet… bah des poubelles! Vous suivez ou non ? Un article qui fait même la une d’ailleurs et pour lequel j’ai été sollicité. Comme j’aime bien aller au bout des démarches entreprises, j’ai créé un petit groupe convivial sur Facebook intitulé « La Poubelle du Monde » (tous droits réservés à Luis Mariano… vous l’avez ?) dans lequel chacun vient partager ces photos de poubelles. L’article de Dordogne Libre traite de ce groupe et des diverses réactions des riverains et autres usagers des poubelles enterrées et semi-enterrées et c’est du propre. Enfin non mais on s’est compris. Dans cet article, il est grandement question des incivilités, des porcs, plus communément appelés ici « les cons » par respect pour la cause animale et pour lesdits porcs qui n’ont rien demandé dans cette sombre affaire. Je peux bien l’avouer maintenant, ces derniers temps j’ai moi aussi mis les cons et leurs saloperies en avant pour voir comment répondraient les élus. Je voulais voir s’ils allaient s’emparer du sujet sous cet angle pour se cacher derrière. Cela n’a pas manqué… Alors oui, enfin plutôt non, on ne peut pas penser que cet aspect là du sujet n’est pas un problème. Mais non, encore non, messieurs les élus du Grand Périgueux en charge de la question des déchets, vous ne pouvez pas vous cacher derrière les cons. Et vous le savez! Vous le savez si bien que parfois même cela vous échappe. Voici donc ce que déclare M. Protano dans l’article paru ce matin: « une borne ça se construit rapidement, alors qu’un camion, c’est plus long à être livré. On est en manque de camions, et les tracés de collecte changent chaque semaine puisqu’il y a de nouvelles bornes chaque semaine. » Monsieur Protano est-il conscient qu’il tient là des propos publics qui vont être publiés dans un quotidien local ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup que je tente d’expliquer pourquoi ces propos ne devraient pas avoir à être prononcés par lui ou un autre ? Je ne résiste pas à ce plaisir, d’autant que l’analyse est simple. Basique. Il faut tout d’abord tenter d’éviter les mots qui fâchent comme « incompétence » ou même « précipitation » car après tout les élus occupent a priori des fonctions à haute responsabilité qui leur imposent tout un tas de trucs dont on n’a pas idée et c’est peut-être ça le problème d’ailleurs mais qu’importe, j’ai dit que j’évitais les mots qui fâchent. Monsieur Protano, oui encore moi et encore vous, que voulez-vous que je vous dise, les poubelles de mon jardin me renvoient sans cesse vers vous. Monsieur Protano prenons ensemble une grande respiration, pas trop près des poubelles cependant, cela gâcherait l’effet. Ne pensez-vous pas qu’avant d’envisager d’installer « de nouvelles bornes chaque semaine » il aurait été préférable de savoir de combien de camions vous disposiez pour la collecte ? Etait-il vraiment inconcevable avec vos collègues de s’asseoir autour d’une table au-dessus d’une carte des territoires du Grand Périgueux, d’envisager les emplacements des poubelles, de définir ainsi les tournées et donc par la même occasion le nombre de camions nécessaires pour une collecte optimale ? Bien sûr il y aurait eu des choses à rectifier après la mise en pratique comme par exemple la fréquence de passage dans tel ou tel secteur ou encore l’ajout d’une borne supplémentaire face à une densité de population sous-estimée, mais au moins les choses auraient été faites dans l’ordre. Monsieur Protano je vous vois pester en découvrant ces mots, si tant est qu’un jour vous les découvriez. Je vous vois pester car vous avez envie de me dire que c’est exactement comme cela que vous avez travaillé sur le sujet. Et d’ailleurs je n’en doute pas. Mais vous avez tout de même commis une erreur qui crée les mécontentements aujourd’hui. Pourquoi avoir mis la priorité sur le déploiement des poubelles alors que vous n’aviez pas suffisamment de camions pour assurer la collecte ? Pourquoi cette sensation d’urgence ? Pour répondre à quel besoin puisque une collecte adéquate ne pouvait être assurée ? Pourquoi ne pouvait-on pas attendre que les camions soient livrés et les tournées bien définies avant d’installer les poubelles ? Dernière question en guise de synthèse, pourquoi n’avez-vous pas opté pour faire les choses dans l’ordre ? Monsieur Protano, vous n’êtes pas responsable des incivilités des usagers et celles-ci sont inacceptables. Mais elles sont bien souvent la conséquence d’une mise en oeuvre désordonnée et vous êtes l’élu en charge de la cause du problème. Il est temps que chacun sache à quoi s’en tenir. Vous évoquez la sanction pour les contrevenants et je trouve cela tout à fait justifié. Pour accorder un crédit indiscutable à votre propos, il vous faudra vous aussi être indiscutable.

Rire jaune

Qui de l’œuf ou de la poule créé des déchets le premier ? Vous avez deux heures. 

Lorsqu’on met le nez dans les poubelles, ça sent les ordures certes mais ça sent aussi les arrangements entre amis, l’argent et la convivialité sélective. En décidant d’opter pour la discussion, on comprend assez rapidement ses bienfaits et on découvre tout un tas de choses permettant alors d’avoir une vision claire d’une situation et pourquoi pas d’en tirer conclusions et avis. Une espèce de sentiment du travail bien fait. Sinon il y a l’improvisation contrôlée, méthode permettant de faire tout, n’importe quoi puis son contraire tout en conservant ses intérêts, voire même en les faisant fructifier pour les plus habiles. Mais trêve de formule, passons aux illustrations. Croyez-vous par exemple que nous saurons un jour comment ont été choisis les emplacements dits « judicieux » des sites de poubelles ? Ces fameux sites sous l’immunité du domaine public sont le résultat d’intenses réunions de travail si l’on en croit la version officielle mais pas la moindre trace de concertation publique. Le domaine est public, pas la concertation. Vous suivez ? Sur la commune de Coulounieix-Chamiers, une réunion d’information a été organisée pour parler poubelles. Et là, vous suivez toujours ? Pourquoi là-bas et pas ailleurs ? De mauvaises rumeurs racontent même qu’un simple coup de fil à sa mairie suffisait à réduire en poussières ce qui était pourtant un « choix judicieux » et permettait donc de dire non aux poubelles. Sous réserve bien sûr d’avoir su au préalable que les poubelles arrivaient. Dans la famille « préalable » d’ailleurs, je demande le père. Monsieur Protano évoque 600 poubelles qui seront déployées. Ok. Il se trouve que les premières ont été installées alors même que le Grand Périgueux n’avait pas un seul camion apte à les collecter. Aujourd’hui, il y a 3 camions. Il y aurait pu y en avoir un 4ème dès le mois de juin, mais voilà qu’il est en retard. Bonne nouvelle pour les payeurs, nous en l’occurrence, ce retard fera l’objet d’une compensation financière qui contribuera sans aucun doute à avancer l’échéance de l’exonération au moins partielle de la taxe sur les ordures ménagères. Me trompe-je ? Pour éviter tout débordement, c’est le cas de le dire, on aurait pu penser qu’il était préférable de savoir de combien de camions on disposait pour répartir au mieux les poubelles à collecter ainsi que les tournées. Or dans ce cas précis, on sait combien on va avoir de poubelles mais aucune certitude sur les livraisons de camions. Et les chauffeurs d’ailleurs qu’en pensent-ils ? J’imagine qu’à eux aussi on a dû leur sortir l’argument ultime disant en substance: « si on avait demandé à tous les chauffeurs, on aurait jamais commandé un seul camion. » 

Alors oui, il y a les gens. Et les cons. Ceux qui se débarrassent de leurs merdes en pensant qu’ils n’en sont plus responsables à partir du moment oú ils ont quitté leur maison. Mais il y a aussi ceux qui décident, les élus, pour lesquels je n’ai pas encore de petit sobriquet ce qui déséquilibre quelque peu mon jugement quand j’y pense. Ces élus pour lesquels souvent on ne sait même pas qu’un jour on a voté pour eux. Peut-être parce qu’on ne s’intéresse pas assez à ces questions, peut-être parce qu’une force obscure fait en sorte qu’on ne s’y intéresse pas trop. C’est encore autre chose. Enfin non pas tant que ça. Mieux vaut en rire. En rire jaune, ok. Jaune comme le recyclage, un jaune qui permettra à ce rire d’être réutilisé encore et encore. Jaune comme le sac dans lequel on jette ses déchets recyclables, sac qu’il faudra peut-être bientôt complètement oublié! Il s’avère que ce bougre se retrouve dans un état de décomposition avancée à la fin du processus de tri. Les petits morceaux ainsi créés se font alors grain de sable dans les rouages et ralentissent la cadence. Pour la maintenir cette cadence, il est donc envisager la suppression pure et simple du sac jaune au profit d’un petit cabas dans lequel l’usager mettra ses déchets recyclables avant de les jeter directement dans la poubelle adéquate. C’est déjà le cas en centre-ville de Périgueux. Dommage, on a financé des panneaux d’indication expliquant qu’il est interdit, par exemple, de jeter ses cartons dans la poubelle jaune. Rien n’empêche de changer cela c’est certain, surtout si c’est au profit d’une meilleure cadence du processus de tri qui est, soit dit en passant, une machinerie qui fonctionne plutôt bien en terme de volume quotidien en Dordogne. Mais est-ce que quelques-uns n’ont pas voulu aller trop vite au risque de faire pour défaire ? Êtes-vous plutôt de bric ou de broc  ? Pas sûr de trouver quoi que ce soit de recyclable dans tout ça. Les recyclables papier et carton d’ailleurs qui, à la fin de la chaîne de tri à la Rampinsolle, partent en semi-remorque du côté de l’Espagne pour un bilan carbone de… Bref, je vous laisse là dessus. 

Tomber dans le panneau

Ca y est. J’ai mon panneau. J’espère que personne ne tombera dedans.

Ah les coïncidences… Bienvenues ou malvenues, elles sont là. Et c’est cette part de mystère qui fait leur charme. Depuis hier, le fameux panneau illustré présentant les bonnes pratiques d’utilisation a été posé sur le site des poubelles de mon jardin. Ce sont deux agents municipaux qui s’en sont chargés et qui, me semble-t-il, en ont profité pour en déposer sur d’autres sites de la commune. J’ai cru déduire également qu’ils avaient aussi ramassés les déchets qui se trouvaient ça et là et qui n’avaient pas pu être collectés par la benne, à savoir par exemple du vitrage et des câbles électriques. Voilà une mission rondement menée qui répond pour cette fois à la question: qui ramasse si ce n’est pas la benne ? Je dis « pour cette fois » car je ne sais pas s’il fait partie de la mission des agents municipaux de passer régulièrement sur les sites de poubelles enterrées et semi-enterrées pour ramasser la merde jeter par les cons et que la benne n’aura pas pu collecter. Je ne sais pas, je n’ai pas l’information, à juste titre puisque encore une fois il est bon de rappeler qu’aucune règlementation officielle en la matière n’existe, précisant par exemple les droits et les devoirs de chacun, y compris les décideurs, qu’il s’agisse de l’installation ou encore de l’entretien de ce nouveau matériel. Matériel fixe je le rappelle, non mobile, et donc susceptible de fournir un service à un endroit bien identifié mais également de créer des problèmes toujours au même endroit bien identifié. Le seul élément règlementaire que l’on connait est la sanction encourue pour « décharge sauvage », texte déjà existant et recyclé pour l’occasion. Pour le reste, rien. En matière de coïncidence, j’ai noté également aujourd’hui qu’à Champcevinel aucune poubelle n’était en vrac, pas de sacs qui dégueulent, pas de décharge improvisée. Deux options pourraient expliquer ce phénomène: tout d’abord une fréquence de passage de la benne plus élevée. Chez moi les poubelles jaunes ont déjà été vides deux fois pour cette semaine, les noires une fois. Ensuite, les cons ont peut-être pris conscience de leur état et se sont alors décidés à réfléchir et/ou à lire le fameux panneau explicatif illustré, celui qu’il faisait mine de ne pas voir ou de ne pas comprendre. Peut-être qu’il s’agit de tout ça à la fois et simplement de coïncidences.

Je n’ai pas eu de nouvelle de Monsieur Protano. Il n’a pour le moment pas donné suite à mon invitation à prendre le goûter dans mon jardin. Peut-être est-il en vacances, possible. Peut-être que je ne suis pas assez influent pour lui ce qui est sans doute la vérité, probablement. C’est dommage parce que j’avais encore pas mal de questions. Par exemple j’aurais aimé parlé de sécurité sur les sites de poubelles enterrées. Les heureux utilisateurs que nous sommes peuvent faire rapidement deux constats rien qu’en observant des choses simples: d’une part la profondeur d’une poubelle semi-enterrée comme celles de mon jardin et d’autre part la taille de l’ouverture par laquelle on introduit les sacs, pour celles et ceux qui ont compris que c’est bien à l’intérieur que l’on met son sac bien entendu. Inutile de sortir le mètre laser pour comprendre qu’un enfant aura tôt fait de tomber au fond de la poubelle si jamais il lui venait l’idée de s’y pencher pour une raison que seul un enfant envisagerait. Un enfant, ou un mec bourré d’ailleurs. Et qu’on ne vienne pas argumenter en disant qu’il s’agit d’une recherche de petite bête ou que ces situations sont parfaitement improbables car le principe même de la sécurité est d’envisager ce genre de choses. C’est d’ailleurs ce qui a été fait dans les déchèteries du département dans lesquelles après quelques accidents il a été décidé de réhausser les bennes de manière à éviter les chutes de remorques maitrisant mal la marche arrière par exemple. Ces travaux ont coûté un bon paquet pour dans un premier temps aboutir à des équipements non conformes. C’est con, c’est payé. Il a fallu revoir la copie et (re)passer à la caisse. Remplacez les remorques par des enfants et les bennes de la déchèterie par les poubelles de mon jardin et on y est. N’est-ce pas Monsieur Protano. Non c’est vraiment dommage que l’élu en charge des déchets ne vienne pas prendre le goûter chez moi parce que j’aurais voulu prendre des nouvelles des deux rippers, autrefois appelés éboueurs, que l’on ne voit plus dans les bennes maintenant que le chauffeur collecte seul. Où sont-ils passés ? Reclassés ? Il y avait beaucoup d’intérimaires qui eux sont retournés intérimer, mais les autres ? Comme dirait un ami à moi, on entre là dans « les catacombes de la fonction territoriale ». Et tant qu’on y est, la taxe sur le traitement des ordures ménagères, tout le monde en parle mais personne n’a de réponse. Maintenant que les contribuables ont vu des services leurs être supprimés, vont-ils bénéficier d’un recalcul de cette taxe ? A la baisse, il va sans dire. Réponse officieusement officielle, ou l’inverse d’ailleurs: non, les contribuables ne verront pas cette taxe baisser dans les premiers temps car il va falloir amortir le coût des nouvelles bennes et la formation des chauffeurs. Et après ces premiers temps qui, mais on va encore dire que je vois le mal partout, risquent étrangement de durer ? Attention, accrochez-vous, voici la réponse des décideurs: « après, on verra, on ne sait pas encore comment ça va se passer. » En résumé, lorsqu’il s’agit de ne pas songer à une réduction d’impôt il y a un argument clair en face. Lorsque cet argument ne tient plus et qu’il faudrait acter un nouveau calcul de l’impôt, on ne sait plus et on verra bien. Il y a tout de même la dedans une forme de cohérence dans la stratégie de nos chers élus.

En Dordogne on enfouit les ordures, on ne les incinère pas. Par contre, qu’est-ce qu’on nous enfume!