Archives mensuelles : août 2018

Mr Protano

Cher Monsieur Protano,

Pour commencer je trouvais assez amusant de vous préciser que mon correcteur orthographique, ce symbole de la dactylographie moderne, a fait de vous pendant quelques secondes un M. Proton. Je n’irais pas jusqu’à penser que vous soyez le coeur ni même le noyau d’un problème atomique mais cela m’aurait embêté d’écorcher le nom de mon interlocuteur maintenant que j’en ai un.

J’ai pu lire votre positionnement sur le sujet « poubelles » dans les colonnes de la presse locale et j’ai bien cru que vous aussi vous cherchiez à enfouir quelque chose. « Si on avait demandé à chaque administré où il voulait qu’on les mette (les poubelles), on ne les aurait jamais posées! ». Oui, Monsieur Protano, je suis entièrement d’accord avec vous. A ma toute petite échelle, j’encourage moi aussi à ne pas chercher sans cesse l’unanimité. Il est parfois des choix difficiles dont on sait qu’ils seront mal compris, cela ne les rendant pas moins indispensables. Mais je crois que secrètement, vous savez parfaitement que ce n’est pas ça le problème et qu’avec une telle déclaration vous tentez d’introduire des éléments de langage qui n’ont pas eu le temps d’être préparés. Non, vous n’auriez pas pu avancer sur le sujet si vous aviez demandé l’avis de chacun. Pour autant, et là c’est votre mission, votre rôle d’élu qui vous y oblige, vous aviez à décider, oui, mais aussi à expliquer de façon claire et précise. Des explications sur la nature même de ces nouvelles installations, sur le calendrier des travaux, le nombre de poubelles déployées, sur le pourquoi vous avez jugé que tel emplacement était « judicieux » (c’est le terme que vous avez employé). Vous aviez même jusqu’à prendre le temps d’aller plus loin avec les cas particuliers dont je fais malheureusement partie mais persuadé que je ne suis pas le seul. Pour rappel cependant, dans mon cas les sacs sont empilés contre ma clôture allant jusqu’à dépasser celle-ci. Ceci est un autre problème lié aux incivilités, j’en conviens et j’y viens peu après. Je ne doute pas qu’il y ait eu un « travail colossal » fourni par les concernés. Mais ce travail ne pouvait être valorisé que par de la pédagogie en amont ayant pour matières premières les quelques bribes que je viens d’évoquer, non exhaustives et nullement développées. Vous ne l’avez pas fait. Je reste pourtant persuadé qu’entre vous, lors de vos nombreuses réunions, il n’y a pas eu un seul instant où vous n’avez évoqué les mécontentements de la population possibles et légitimes d’ailleurs si aucune explication ni argument ne s’y oppose. Quelle est donc cette forme de masochisme administratif dans laquelle on sait que l’on va prendre des coups alors même qu’en bonne intelligence il était possible de jouer la transparence ? Cette transparence aurait-elle éviter les mécontents ? Non, évidemment. Mais chacun savait à quoi s’en tenir. Tout le monde avait l’intégralité des éléments avant de se trouver face au fait accompli. J’irais même jusqu’à dire que cette attitude de votre part aurait été plus qu’intelligente, elle aurait été maline. On ne pouvait rien vous reprocher, tout simplement parce qu’en agissant en toute transparence on ne devrait rien pouvoir vous reprocher. Vous avez choisi une autre option, plus brutale. Mais plus brutale pour tout le monde, y compris vous. Vous avez choisi le « on fait et on verra bien ». Vous annoncez qu’une fois que les 600 poubelles auront été déployées sur le secteur, « tout ira bien ». Je vous fait une comparaison amusante, une métaphore deux étoiles. En finale de coupe du monde, Didier Deschamps sort N’Golo Kanté à la 55ème minute de jeu alors que jusqu’à présent il était, et de loin, le meilleur joueur de la compétition. Mais ce soir-là, ça ne marchait pas, Kanté était à côté de la plaque. Le sélectionneur décide de le sortir à juste titre. S’il avait attendu la 90ème minute, la France aurait comme qui dirait joué à 10. Ceci pour vous dire qu’il est toujours temps de corriger le tir en cours de jeu si ça ne fonctionne pas. Pas la peine d’attendre la 600ème poubelle. Les stratégies sur papier sont une chose, il y a ensuite la vérité du terrain.

Monsieur Protano, votre première déclaration au sujet de ce nouveau système de collecte des ordures était maladroite. Elle donne aux riverains, administrés, habitants, à toutes ces personnes que vous êtes censé représenter, un sentiment amer. Ces personnes sont sans doute les « 99% qui respectent les consignes » comme vous dites. Mais sur le fond comme sur la forme, il est intéressant que les consignes ne passent pas pour des ordres. Pour cela il faut parler, en amont, et ne pas attendre en croisant les doigts pour que ça n’arrive pas, que quelqu’un monte au créneau.

Monsieur Protano, je l’ai déjà dit et je le répète, cet évident manque de communication ne sera pas le problème à l’avenir mais vous devez tout de même le prendre en considération et rectifier le tir. C’est un conseil que je vous donne et moi, je suis personne et d’une certaine façon tout le monde à la fois. Vous en ferez bien ce que vous voudrez. Le problème à l’avenir sera l’utilisation des poubelles par les usagers, c’est certain. Quelle place avez-vous accordé à ce sujet ? Quelles mesures avez-vous envisagé qu’il s’agisse de prévention ou de répression ? Avez-vous seulement envisagé quelque chose ou bien vous êtes vous arrêté au fait que les gens se foutent de tout ? Vous dites que dans votre commune vous avez installé des « panneaux écrits en très gros » ? Je crois qu’on est loin du compte mais d’une certaine façon je comprends votre impuissance mais je ne me l’explique pas. La décharge sauvage est un délit. Sur les sites de poubelles enterrées ou semi-enterrés, on peut donc considérer que plusieurs délits par jour sont commis et cela 7 jours sur 7. En toute impunité. La solution viendra-t-elle de la prévention, de l’information ou de la répression, allez savoir. Je tenais à ce que ce constat soit fait. Le sujet est complexe, je l’entends. Mais si les responsables baissent les bras et s’affichent comme impuissants face à cette forme d’anarchie, le message est brouillé. Ou trop clair peut-être. On pourra toujours dire que nos sociétés ont des problèmes bien plus importants. Je ne suis pas certain que ce soit vrai, je crois même qu’en fait tout est lié avec l’homme en dénominateur commun. En arithmétique, on apprend à résoudre les problèmes en cherchant un dénominateur commun. Nous, nous connaissons ce dénominateur. On devrait pouvoir résoudre le problème.

Je vous souhaite une réussite totale dans ce dossier « puant » M. Protano. Et je serais ravi de vous accueillir chez moi, dans mon jardin près des poubelles, autour d’un bon goûter pour discuter un peu plus de tout ça.

Au plaisir.

Les cons ça pose tout.

Deux jours après l’incident impliquant un ouvrier et ma clôture, celle-ci fut réparée par le fautif. J’ai donc pu à moitié pardonner, comme le veut l’adage.

En réalité, tout cela n’est qu’une partie du problème. Ce chantier sauvage, cette non-information, non-concertation, non-réflexion même. L’origine certes, mais une partie seulement. L’autre partie du problème pourrait vite s’avérer bien pire et presque irrémédiable. Il s’agit… des gens. Pour donner de la matière à ceux qui trouveraient mon discours inapproprié, futile voire même un peu hautain, je ne résiste pas à l’envie de déclarer que les gens sont des cons en plus d’être des porcs. Le problème, c’est que je fais aussi partie des gens et que donc potentiellement j’entre dans le cadre de cette description à la fois osée et spontanée. Soit. Imaginons quelques instants les gens, chez eux, dans leur propre maison. Soyez très attentif à l’action qui va suivre. Monsieur ou Madame (ou leurs enfants) se lèvent de table en tenant à la main une assiette avec quelques déchets. S’approchant de la poubelle située pourquoi pas dans la même pièce, où pensez-vous qu’ils vont jeter leurs déchets ? Réponse A: dans la poubelle. Réponse B: à même le sol, sur le carrelage, en se disant que quelqu’un d’autre finira bien par nettoyer. Ne tournons pas autour du pot, ni même de la poubelle, il fallait bien entendu opter pour la Réponse A. Donc, résumons. Chez lui, dans sa maison, le gens jette ses ordures dans sa poubelle. Mais une fois que ladite poubelle sort de sa maison à lui, il se fout bien de savoir où elle finira. Voici pourquoi, selon ce raisonnement imparable, le gens décide une fois arrivé face aux poubelles enterrées de les déposer tout d’abord au sol, puis ensuite par dessus les sacs au sol et finalement contre mon grillage, selon les règles d’un jeu d’adresse et d’équilibre qui se terminera sans aucun doute par une chute de sacs poubelle dans mon jardin. Cela fait environ une semaine que l’on peut venir composter contre mon grillage. Si seulement au moins c’était du compostage… Mais pourquoi se priver ? Absolument aucune mention sur place n’explique le fonctionnement de ces poubelles ni même les sanctions encourues en cas de « débordement ». C’est tellement mignon cette naïveté des décideurs qui ont pensé que les gens étaient bien élevés, responsables voire même éco-responsables. Ca me donnerait presque envie de glisser sur un arc-en-ciel à dos de licorne. Coeur avec les doigts sur vous et toutes vos réunions. Petite illustration récente. Après à peine une semaine d’utilisation, la poubelle jaune déborde déjà signant donc le début de l’happy hour et des sculptures en sacs poubelles. J’ai alors pensé qu’en plus des autres aberrations, les bacs avaient été sous dimensionnés. En m’approchant, j’ai trouvé une autre explication. Un con, oui oui je vous assure c’est comme ça qu’on dit, avait probablement rééquipé toute sa maison en matériel hi-fi, vidéo et autre électroménager. Dans cet élan de joie et pour profiter au mieux de son nouveau confort, le con décide d’aller jeter les emballages de son tout nouveau matériel. Arrivé devant ce que j’appellerai les poubelles de mon jardin, il décide d’enfouir les cartons entiers ainsi que des barres de polystyrène dans la trappe de la poubelle. Et il a du sans doute forcer pour que ça rentre, le con! Hé, mon con, dans cette poubelle d’un jaune éclatant que tu viens de gaver autant que tu m’as gavé moi, on n’y jette que des sacs de la même couleur, qui eux-même contiennent uniquement des matières « autorisées ». Pour le reste de tes conneries, il y a les déchèteries. Allez expliquez à ce con, et à ces con-génères, qu’il est avec ce con-portement l’une des causes du dérèglement climatique. Qu’en se débarrassant de ces ordures comme il le fait il ne permet pas le recyclage et participe donc à la surproduction, surconsommation, etc… Enfin non ne lui expliquez pas, parce qu’il ne va pas comprendre le rapport, le chemin est trop long. Ne lui parlez pas non plus de respect ou d’incivilité il vous dira qu’une poubelle est une poubelle. D’ailleurs ne lui parlez pas. Ou faites le tri.

En matière de sacs poubelles, les cons ça pose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait.

Réunion de chantier

Le progrès est arrivé jusque dans ma campagne. Et s’agissant d’une campagne, il est arrivé avec ses gros sabots.

Tout a commencé le jour où le responsable des services techniques de la commune, Champcevinel pour ne pas la citer, est venu me voir tout souriant pour me dire: « Ah tiens, je voulais te prévenir que l’on va installer des poubelles enterrées du côté de chez toi. T’inquiète pas, c’est au bout de ton jardin, loin de ta maison, ça ne gênera pas. » Voici donc le progrès que j’évoquais, les poubelles enterrées. Présentées de cette façon, je n’avais en effet aucune raison de m’inquiéter. Puis en rentrant chez moi, je me suis alors demandé de quel « bout » de mon jardin, qui en compte au moins deux jusqu’à preuve du contraire, il s’agissait. Un jour, les travaux ont débuté. Et là, j’ai su.

Oui j’ai su. J’ai su notamment qu’il y allait avoir rapidement matière à gérer des problèmes, à mettre en évidence des choses élémentaires auxquels les braves décideurs n’avaient visiblement pas pris le temps de penser. Ainsi, le chantier débuta un beau matin par un trou béant creusé contre ma clôture, en bordure de mon jardin, non pas à quelques mètres mais à quelques centimètres de mon jardin. Un endroit que ma famille et moi aimons particulièrement notamment parce qu’on y trouve un charmant bac à poisson plein de vie et de matière grise, ce qui n’est pas forcément le cas de l’autre côté du grillage. Au deuxième jour de chantier, en rentrant chez moi je m’arrête près du fameux trou et des ouvriers de la société Eurovia en charge de ce que j’appellerai, pour faire simple, un véritable merdier.

– « Bonjour. Qu’est-ce que vous creusez ici exactement ? »

-« On creuse pour installer des poubelles enterrées »

-« Comment se fait-il que je ne sois pas informé alors que vous êtes clairement collés à ma clôture « ?

-« Ah nous Monsieur, on fait ce qu’on nous dit ».

Voilà une réponse qu’elle est bonne. « On fait ce qu’on nous dit ». Aurait-il eu la même discipline si on lui avait demandé de creuser ce trou à mains nues ? Nous ne le saurons jamais. Le lendemain, on frappe à la porte. C’est Madame qui ouvre. Il se trouve que nos nouveaux meilleurs amis viennent de détruire en partie ma clôture. Quand je dis que le chantier est dans mon jardin, je suis on ne peut plus dans le vrai avec cet épisode. Je m’approche. Plein de compassion et de bonnes intentions comme on peut l’imaginer, d’autant que personne n’avait encore daigné venir m’expliquer ce qui se tramait par ici. Je constate les dégâts. Sont présents les ouvriers, un conseiller municipal de Champcevinel que je connais depuis toujours ou presque (mais qui ne me reconnait pas visiblement, ce sera drôle un peu plus tard) et deux « représentants » du Grand Périgueux dont j’ignore encore le nom et la fonction. Passées les formules de politesse, j’entame la présumée joute en demandant ce qu’est ce chantier pour lequel je ne suis pas informé et qui vient de me coûter un bout de ma clôture.

-« Ah mais si, vous êtes au courant, le responsable des services techniques m’a dit qu’il vous avait informé ».

Alors oui. Mais non. Personne, et surtout pas ce responsable des services techniques, ne m’a expliqué la nature de ce chantier, son ampleur et encore moins son emplacement exact. Le sujet a été évoqué à la va-vite, presque pris à la légère, rien ne laissant présager que j’allais voir débouler des grues aux allures de grand-roue, des camions et tracto-pelles en tout genre. J’apprends alors qu’il était prévu que l’on vienne me voir et que l’on me demande si cela me posait un problème. Qu’on me demande si cela me posait un problème ?! Rien. Que dalle. Et maintenant que le trou est fait, dans le sol et dans ma clôture, on fait quoi ? Je ne manque pas de préciser au conseiller municipal qu’un courrier officiel, une information écrite en tout cas, aurait été la bienvenue. La courtoisie, la politesse, la pédagogie, peut-être même la bienveillance, tout ça quoi… Face à tout cela j’hausse le ton, tout en restant courtois, poli, pédagogue, peut-être même bienveillant. Puisque je n’ai reçu aucune information officielle, puisque le protocole n’a pas été suivi dans la mesure où personne ne m’a demandé mon avis, je décrète sur le champ que je ne sais absolument pas ce qui est en train de se passer, que j’ignore quel est ce joyeux bordel qui vient d’ouvrir un accès direct à mon jardin. A cet instant, le conseiller municipal, courageux, tient la barre. Il défend son affaire, ne baisse pas le regard et reste empli d’une certain conviction. Les représentants du Grand Périgueux eux, regardent leurs chaussures, en parfait état soit dit en passant. Je sens tout de même en les regardant se dandiner qu’ils auraient préféré être en baskets de manière à pouvoir partir en courant. Cloués dans les starting block, ils ne me regardent pas quand je parle, murmurent presque quand je pose des questions et laissent le conseiller municipal seul au combat, ne profitant pas de leur supériorité numérique. Mettons ça sur le compte du fair-play. Je décide alors de rappeler au valeureux conseiller municipal que nous nous connaissons, je suis par exemple ami avec ses enfants et accessoirement, il a célébré mon mariage aux côtés de Monsieur le Maire. Face à cette nouvelle, il s’est à la fois détendu et inquiété.

-« Oh putain c’est toi… Je t’avais pas reconnu et je savais pas que tu habitais là! Si j’avais su que c’était toi je serais venu moi-même te dire pour les travaux ».

Peut-être. Je ne remets pas ça en cause. Cela dit, comme il vient de me préciser que ce chantier se tenait certes contre ma clôture mais sur la voie publique, je lui ai signalé que désormais j’arrêtais de tondre à cet endroit. Il me répond que je n’ai pas à tondre ici, que c’est aux employés municipaux de le faire et que s’ils ne le font pas il faut que je vienne me plaindre à la mairie. Il a même été jusqu’à s’engager, oui s’engager, en m’informant que j’allais recevoir un courrier de sa part m’indiquant que la commune via son équipe technique viendra tondre et couper la haie dépassant du grillage. A ce jour, toujours aucun courrier. Peut-être a-t-il perdu mon adresse.

Mais tout cela n’est presque rien à côté de l’utilisation que les gens font de ces poubelles enterrées.