Archives mensuelles : août 2018

Inspecteur Poubelle

Les poubelles ont été vidées… Je répète… Les poubelles ont été vidées…

Alors oui ça y est. Les poubelles de mon jardin ont été vidées pour la première fois. Tout d’abord hier pour la poubelle jaune puis ce matin pour la poubelle noire. Celle contenant le verre a sans doute une capacité qui lui permettra d’attendre encore un peu. J’étais aux premières loges pour voir cela comme on peut l’imaginer, de bon matin, à la fraiche. Si je ne me trompe pas, c’est le même chauffeur qui est passé les deux fois. Extraction de poubelle impeccable, vidage intégral dans la benne de son camion, remise en place en douceur, le tout à la télécommande depuis le sol, du travail de professionnel. Il s’est également occuper de débarrasser les sacs jetés au sol mais a tout de même laissé trainer des choses qui ne correspondaient pas aux ordures collectées: une plaque de vitrage, des câbles électriques, une tête de balai… Je comprends tout à fait qu’il ne mette pas ça dans sa benne. Mais qui va ramasser ça alors ? L’autre question qui restait en suspens était de savoir si ma clôture serait détruite à chaque collecte du fait de la proximité entre les poubelles et celle-ci (au cas où quelqu’un n’aurait pas encore compris) mêlée à l’effet de balancier inévitable des poubelles en lévitation. A l’évidence, ça ne sera pas le cas. Il fallait un bon point, en voilà un. C’est peut-être sous l’effet de cette joie qui ne dit pas son nom que je me suis fait ce matin… mon premier contrevenant! Mais oui j’en ai chopé un! Enfin une, plus exactement. Je sais, c’est moche de s’en réjouir. Ce qui est assez cocasse, c’est que ce n’est pas dans les poubelles de mon jardin que je l’ai chopé. C’était dans le village mais pas dans mon jardin. Madame était en train de fourrer de cartons le conteneur jaune, exercice devenu un classique en la matière. Malheureusement pour elle, elle ne pouvait pas jouer la carte du « je ne savais pas » car sur ce site est présent un panneau d’explication, imagé de surcroit, qui empêche même d’utiliser l’excuse de l’analphabétisme. Donc, je décide de m’arrêter. Je baisse la vitre et je dis même bonjour. J’explique ensuite à Madame qu’elle ne doit pas jeter ses cartons dans ce conteneur qui n’est pas fait pour ça, d’une, et parce qu’elle va obstruer la trappe incitant alors les suivants à déposer les sacs au sol, deux. Elle s’étonne. Elle me répond qu’elle ne savait pas. Elle me précise qu’elle prend quand même le soin de les plier avant de les jeter. J’ai rêvé de lui dire qu’elle pourrait même en faire des origamis si ça lui chantait, ça ne changerait rien au fait que les cartons en l’état sont à déposer dans la benne adéquate à la déchèterie. Merde. J’ai pas dit au revoir. Parfois les poubelles ont l’odeur de la mauvaise foi.

Et sinon j’ai eu du courrier. De la mairie de Champcevinel. L’adjoint aux travaux que j’ai déjà évoqué me confirmait ses engagements en terme de tonte et de taille de haie. Il me précise par ailleurs qu’il ne trouve pas très « sympathique » que j’ébruite tout cela avant d’avoir reçu son courrier. Il semble le prendre personnellement même si je crois qu’il a très bien compris que je ne m’adresse pas à lui et qu’il n’est pas le problème. Quoi qu’il en soit je vais lui adresser une réponse en ce sens. Il est évident que des sujets comme celui-ci provoque des débats et/ou des polémiques. Mais il est important que chacun se contente de sa propre part de responsabilités, je prendrai la mienne pour avoir remuer les ordures, les élus prendront la leur pour avoir contribuer à ce que l’on dépose lesdites ordures contre mon grillage. On remarquera tout de même qu’à ce jour, les seuls qui auraient tendance à vouloir prendre la mouche sont du côté des décideurs. Il faudra suivre cette évolution de près. Tout comme il faudra suivre quelques sujets annexes que j’ai découvert en farfouillant, mais pas dans les poubelles cette fois-ci. Par exemple, les habitants de Périgueux s’en souviennent peut-être, un chantier avait débuté sur les boulevards, côté Montaigne, face à l’entrée d’une banque. Ces travaux ont duré le temps qu’ils ont duré puis ils ont été arrêté, les trous rebouchés, circulez, y’a rien à voir. Il s’agissait d’un chantier pour installer des poubelles enterrées. Aucun problème a priori puisqu’il s’agissait du domaine public. Alors pourquoi, dans ce cas précis, le chantier a-t-il été abandonné ? Est-ce que quelqu’un s’est plaint ? Est-ce la banque qui ne voulait pas de poubelles devant son entrée ? Ca m’intéresse.

Mais bon, le camion est passé collecter les ordures, ma clôture n’a pas été importunée, j’ai joué au super héros qui va sauver la planète en attrapant sur le fait une contrevenante. C’est pas si mal. Mais à peine deux heures après le passage du chauffeur, un con avait déjà posé ses merdes à côté des poubelles. On n’a pas fini.

Mr Protano

Cher Monsieur Protano,

Pour commencer je trouvais assez amusant de vous préciser que mon correcteur orthographique, ce symbole de la dactylographie moderne, a fait de vous pendant quelques secondes un M. Proton. Je n’irais pas jusqu’à penser que vous soyez le coeur ni même le noyau d’un problème atomique mais cela m’aurait embêté d’écorcher le nom de mon interlocuteur maintenant que j’en ai un.

J’ai pu lire votre positionnement sur le sujet « poubelles » dans les colonnes de la presse locale et j’ai bien cru que vous aussi vous cherchiez à enfouir quelque chose. « Si on avait demandé à chaque administré où il voulait qu’on les mette (les poubelles), on ne les aurait jamais posées! ». Oui, Monsieur Protano, je suis entièrement d’accord avec vous. A ma toute petite échelle, j’encourage moi aussi à ne pas chercher sans cesse l’unanimité. Il est parfois des choix difficiles dont on sait qu’ils seront mal compris, cela ne les rendant pas moins indispensables. Mais je crois que secrètement, vous savez parfaitement que ce n’est pas ça le problème et qu’avec une telle déclaration vous tentez d’introduire des éléments de langage qui n’ont pas eu le temps d’être préparés. Non, vous n’auriez pas pu avancer sur le sujet si vous aviez demandé l’avis de chacun. Pour autant, et là c’est votre mission, votre rôle d’élu qui vous y oblige, vous aviez à décider, oui, mais aussi à expliquer de façon claire et précise. Des explications sur la nature même de ces nouvelles installations, sur le calendrier des travaux, le nombre de poubelles déployées, sur le pourquoi vous avez jugé que tel emplacement était « judicieux » (c’est le terme que vous avez employé). Vous aviez même jusqu’à prendre le temps d’aller plus loin avec les cas particuliers dont je fais malheureusement partie mais persuadé que je ne suis pas le seul. Pour rappel cependant, dans mon cas les sacs sont empilés contre ma clôture allant jusqu’à dépasser celle-ci. Ceci est un autre problème lié aux incivilités, j’en conviens et j’y viens peu après. Je ne doute pas qu’il y ait eu un « travail colossal » fourni par les concernés. Mais ce travail ne pouvait être valorisé que par de la pédagogie en amont ayant pour matières premières les quelques bribes que je viens d’évoquer, non exhaustives et nullement développées. Vous ne l’avez pas fait. Je reste pourtant persuadé qu’entre vous, lors de vos nombreuses réunions, il n’y a pas eu un seul instant où vous n’avez évoqué les mécontentements de la population possibles et légitimes d’ailleurs si aucune explication ni argument ne s’y oppose. Quelle est donc cette forme de masochisme administratif dans laquelle on sait que l’on va prendre des coups alors même qu’en bonne intelligence il était possible de jouer la transparence ? Cette transparence aurait-elle éviter les mécontents ? Non, évidemment. Mais chacun savait à quoi s’en tenir. Tout le monde avait l’intégralité des éléments avant de se trouver face au fait accompli. J’irais même jusqu’à dire que cette attitude de votre part aurait été plus qu’intelligente, elle aurait été maline. On ne pouvait rien vous reprocher, tout simplement parce qu’en agissant en toute transparence on ne devrait rien pouvoir vous reprocher. Vous avez choisi une autre option, plus brutale. Mais plus brutale pour tout le monde, y compris vous. Vous avez choisi le « on fait et on verra bien ». Vous annoncez qu’une fois que les 600 poubelles auront été déployées sur le secteur, « tout ira bien ». Je vous fait une comparaison amusante, une métaphore deux étoiles. En finale de coupe du monde, Didier Deschamps sort N’Golo Kanté à la 55ème minute de jeu alors que jusqu’à présent il était, et de loin, le meilleur joueur de la compétition. Mais ce soir-là, ça ne marchait pas, Kanté était à côté de la plaque. Le sélectionneur décide de le sortir à juste titre. S’il avait attendu la 90ème minute, la France aurait comme qui dirait joué à 10. Ceci pour vous dire qu’il est toujours temps de corriger le tir en cours de jeu si ça ne fonctionne pas. Pas la peine d’attendre la 600ème poubelle. Les stratégies sur papier sont une chose, il y a ensuite la vérité du terrain.

Monsieur Protano, votre première déclaration au sujet de ce nouveau système de collecte des ordures était maladroite. Elle donne aux riverains, administrés, habitants, à toutes ces personnes que vous êtes censé représenter, un sentiment amer. Ces personnes sont sans doute les « 99% qui respectent les consignes » comme vous dites. Mais sur le fond comme sur la forme, il est intéressant que les consignes ne passent pas pour des ordres. Pour cela il faut parler, en amont, et ne pas attendre en croisant les doigts pour que ça n’arrive pas, que quelqu’un monte au créneau.

Monsieur Protano, je l’ai déjà dit et je le répète, cet évident manque de communication ne sera pas le problème à l’avenir mais vous devez tout de même le prendre en considération et rectifier le tir. C’est un conseil que je vous donne et moi, je suis personne et d’une certaine façon tout le monde à la fois. Vous en ferez bien ce que vous voudrez. Le problème à l’avenir sera l’utilisation des poubelles par les usagers, c’est certain. Quelle place avez-vous accordé à ce sujet ? Quelles mesures avez-vous envisagé qu’il s’agisse de prévention ou de répression ? Avez-vous seulement envisagé quelque chose ou bien vous êtes vous arrêté au fait que les gens se foutent de tout ? Vous dites que dans votre commune vous avez installé des « panneaux écrits en très gros » ? Je crois qu’on est loin du compte mais d’une certaine façon je comprends votre impuissance mais je ne me l’explique pas. La décharge sauvage est un délit. Sur les sites de poubelles enterrées ou semi-enterrés, on peut donc considérer que plusieurs délits par jour sont commis et cela 7 jours sur 7. En toute impunité. La solution viendra-t-elle de la prévention, de l’information ou de la répression, allez savoir. Je tenais à ce que ce constat soit fait. Le sujet est complexe, je l’entends. Mais si les responsables baissent les bras et s’affichent comme impuissants face à cette forme d’anarchie, le message est brouillé. Ou trop clair peut-être. On pourra toujours dire que nos sociétés ont des problèmes bien plus importants. Je ne suis pas certain que ce soit vrai, je crois même qu’en fait tout est lié avec l’homme en dénominateur commun. En arithmétique, on apprend à résoudre les problèmes en cherchant un dénominateur commun. Nous, nous connaissons ce dénominateur. On devrait pouvoir résoudre le problème.

Je vous souhaite une réussite totale dans ce dossier « puant » M. Protano. Et je serais ravi de vous accueillir chez moi, dans mon jardin près des poubelles, autour d’un bon goûter pour discuter un peu plus de tout ça.

Au plaisir.

Les cons ça pose tout.

Deux jours après l’incident impliquant un ouvrier et ma clôture, celle-ci fut réparée par le fautif. J’ai donc pu à moitié pardonner, comme le veut l’adage.

En réalité, tout cela n’est qu’une partie du problème. Ce chantier sauvage, cette non-information, non-concertation, non-réflexion même. L’origine certes, mais une partie seulement. L’autre partie du problème pourrait vite s’avérer bien pire et presque irrémédiable. Il s’agit… des gens. Pour donner de la matière à ceux qui trouveraient mon discours inapproprié, futile voire même un peu hautain, je ne résiste pas à l’envie de déclarer que les gens sont des cons en plus d’être des porcs. Le problème, c’est que je fais aussi partie des gens et que donc potentiellement j’entre dans le cadre de cette description à la fois osée et spontanée. Soit. Imaginons quelques instants les gens, chez eux, dans leur propre maison. Soyez très attentif à l’action qui va suivre. Monsieur ou Madame (ou leurs enfants) se lèvent de table en tenant à la main une assiette avec quelques déchets. S’approchant de la poubelle située pourquoi pas dans la même pièce, où pensez-vous qu’ils vont jeter leurs déchets ? Réponse A: dans la poubelle. Réponse B: à même le sol, sur le carrelage, en se disant que quelqu’un d’autre finira bien par nettoyer. Ne tournons pas autour du pot, ni même de la poubelle, il fallait bien entendu opter pour la Réponse A. Donc, résumons. Chez lui, dans sa maison, le gens jette ses ordures dans sa poubelle. Mais une fois que ladite poubelle sort de sa maison à lui, il se fout bien de savoir où elle finira. Voici pourquoi, selon ce raisonnement imparable, le gens décide une fois arrivé face aux poubelles enterrées de les déposer tout d’abord au sol, puis ensuite par dessus les sacs au sol et finalement contre mon grillage, selon les règles d’un jeu d’adresse et d’équilibre qui se terminera sans aucun doute par une chute de sacs poubelle dans mon jardin. Cela fait environ une semaine que l’on peut venir composter contre mon grillage. Si seulement au moins c’était du compostage… Mais pourquoi se priver ? Absolument aucune mention sur place n’explique le fonctionnement de ces poubelles ni même les sanctions encourues en cas de « débordement ». C’est tellement mignon cette naïveté des décideurs qui ont pensé que les gens étaient bien élevés, responsables voire même éco-responsables. Ca me donnerait presque envie de glisser sur un arc-en-ciel à dos de licorne. Coeur avec les doigts sur vous et toutes vos réunions. Petite illustration récente. Après à peine une semaine d’utilisation, la poubelle jaune déborde déjà signant donc le début de l’happy hour et des sculptures en sacs poubelles. J’ai alors pensé qu’en plus des autres aberrations, les bacs avaient été sous dimensionnés. En m’approchant, j’ai trouvé une autre explication. Un con, oui oui je vous assure c’est comme ça qu’on dit, avait probablement rééquipé toute sa maison en matériel hi-fi, vidéo et autre électroménager. Dans cet élan de joie et pour profiter au mieux de son nouveau confort, le con décide d’aller jeter les emballages de son tout nouveau matériel. Arrivé devant ce que j’appellerai les poubelles de mon jardin, il décide d’enfouir les cartons entiers ainsi que des barres de polystyrène dans la trappe de la poubelle. Et il a du sans doute forcer pour que ça rentre, le con! Hé, mon con, dans cette poubelle d’un jaune éclatant que tu viens de gaver autant que tu m’as gavé moi, on n’y jette que des sacs de la même couleur, qui eux-même contiennent uniquement des matières « autorisées ». Pour le reste de tes conneries, il y a les déchèteries. Allez expliquez à ce con, et à ces con-génères, qu’il est avec ce con-portement l’une des causes du dérèglement climatique. Qu’en se débarrassant de ces ordures comme il le fait il ne permet pas le recyclage et participe donc à la surproduction, surconsommation, etc… Enfin non ne lui expliquez pas, parce qu’il ne va pas comprendre le rapport, le chemin est trop long. Ne lui parlez pas non plus de respect ou d’incivilité il vous dira qu’une poubelle est une poubelle. D’ailleurs ne lui parlez pas. Ou faites le tri.

En matière de sacs poubelles, les cons ça pose tout. C’est même à ça qu’on les reconnait.