29ème jour : l’ARE et la manière

Le temps s’est arrêté quelques secondes ce matin, m’offrant un peu de la magie de l’ascenseur social faisant mine de grimper d’un étage. Il y a 28 jours, je quittais mon travail avec l’étrange intention de recoller les morceaux d’un passé tumultueux avec Pôle. Ce matin, je recevais un signe. En ouvrant mes e-mails, je constate que Pôle a mis « un document à ma disposition dans mon espace ». Jusqu’ici rien d’extraordinaire, il a toujours un double des clés sur lui. J’appréhende un peu la lecture de ce courrier, inquiet que Pôle ait eu vent de mes railleries et qu’il décide alors de m’envoyer quelques nouvelles cases à cocher et autres pages à signer. Il n’en était rien. Les gardiens de 2013 ont eu le dernier mot et c’est en leur dernier jour que je reçois… Mon ouverture de droit à l’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi !

Ca y est, c’est officiel, je suis un chômeur indemnisé. C’est tellement officiel que dans l’objet du courrier est précisée la mention « Notification à conserver ». Soudain je suis pris d’une angoisse, la même qui s’empare du gagnant du gros lot au Loto, paniqué à l’idée de perdre mon précieux ticket. J’ose alors me poser cette question en bravant tous les interdits : « que va-t-on faire de moi si je perds ma notification ? »
Plutôt que de répondre à cela et me torturer encore, je décide qu’il est plus sage désormais que je ne sorte plus de chez moi pour minimiser les risques. J’attendais le facteur, c’est finalement par mail qu’est arrivée la nouvelle et ma paranoïa naissante m’impose de rester assis fixement face à mon ordinateur sans faire aucune manipulation périlleuse de manière à éviter virus et formatages intempestifs. C’est un peu contraignant, et encore là ça ne fait que deux heures, mais cela fait aussi partie des responsabilités liées à un statut social : on ne perd pas sa notification d’ouverture de droit à l’allocation d’Aide au Retour à l’Emploi. Point.
Je comprends alors qu’un compte à rebours vient de se déclencher. J’ai devant moi 686 jours pour accéder à ma formation, obtenir le CAP Pâtissier, peaufiner mon projet de création d’entreprise, créer mon entreprise et en vivre. Moins de deux ans donc, si je fais la conversion du temps de ma reconversion. Pendant ces 686 glorieuses, la seule chose que je sais c’est que Pôle sera mon patron. J’aurais des comptes à lui rendre chaque mois, il me versera mon allocation si je réponds bien au questionnaire mensuel en temps et en heures, nous ferons en somme un pas vers l’autre à tour de rôle pour installer un climat de confiance. Mais à ce stade, dans l’esprit de Pôle, il n’est pas question de ma reconversion professionnelle. Je suis logé à la même enseigne que mes compagnons de cellule, bien informé sur le fait que les évasions sont encouragées pour le bien-être des statistiques. J’ai mon visa, c’était la première étape, et il semblerait que les informations qu’il contient soient cohérentes avec les cases que j’ai cochées. Jusqu’à preuve du contraire. La conseillère anonyme censée me rappeler courant janvier écourtera peut-être son délai de rétractation en apprenant que mes papiers sont en règles. Une chose est sûre, je compte bien la démasquer sans tarder.
Demain, sera une autre année.

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