60ème jour : passer à table

Ce midi j’ai déjeuné avec quelques-uns de mes anciens collègues de travail. Des rescapés. Le metteur en scène du film de ma fin de contrat avait certes écrit le scénario à la hâte, cela m’avait tout de même laissé le temps de tisser des liens avec des personnes et personnalités que j’ai eu grand plaisir à retrouver aujourd’hui autour d’une bonne table. A l’occasion de ce genre de retrouvailles, je crois qu’inconsciemment on se dit qu’on va parler de tout et de rien mais surtout pas de travail. C’est une résolution à qui on signe un contrat à durée déterminée avec une période d’essai non renouvelable de cinq minutes. Alors rapidement, on parle boulot. Soudain je m’y revois, assis derrière mon ordinateur, mais j’apprends que celui-ci a trouvé un nouvel utilisateur et que mon bureau, en plus de ne plus être « le mien », sera bientôt changé de place. Dans ce cas-là je retourne dans ma vie,  je reprends la conversation avec mes compagnons et je finis par me dire que je ne suis pas si mal comme ça, avec mon Pôle. J’en profite pour leur suggérer de manière plus ou moins claire de faire à l’avenir ce qu’il y a de mieux pour eux. On se comprend.

En fin de journée, j’avais un rendez-vous d’ordre professionnel. J’avais évoqué cet ami qui avait un projet dont il voulait me parler. Comme je le pressentais, l’affaire dont il me parle est des plus intéressantes. Elle n’a pas de lien direct avec mes ambitions de reconversion professionnelle, c’est presque le contraire d’ailleurs puisqu’il s’agirait pour moi de reprendre du service dans le secteur, disons, de la communication. Allez rassurez-vous, cela ne sonne pas la fin de vos lectures quotidiennes, j’effectuerai cette mission potentielle en attendant l’ouverture des inscriptions au CAP Pâtissier. Le cas échéant, j’espère que Pôle ne prendra pas cela pour une infidélité, lui qui me veut tellement de bien pourrait se sentir trahi. A moins que cela fasse partie de son plan, différer ses réponses, plonger son vis-à-vis dans l’attente, augmenter délibérément le volume du silence, tenir à la perfection le rôle principal de la vie de millions de figurants sans avoir à jouer une seule scène, le tout en espérant que son partenaire de jeu oublie son texte et finisse par accepter un autre rôle.

Quant à moi je ne renonce pas à décrocher la statuette du meilleur espoir.

Une réflexion au sujet de « 60ème jour : passer à table »

  1. Et écrivain à tes heures perdues ? Non, ça te dirait pas ? C’est un plaisir de te lire, et de voir les failles aussi bien expliquées. Je ne sais pas, si c’est le but des politiques de faire de la France un pays d’assistés ayant perdus tout espoirs de pouvoir un jour reprendre sa vie en mains.
    Ou si c’est pôle qui s’en fou.
    Une chose qui est sur c’est que lorsqu’on est seul, et qu’on se bat depuis des mois on finit par baisser les bras, puis on déprime et c’est la descente aux enfers. Et on voit des reportages sur l’état de la France, et pour exemple les médias montrent des étrangers, comme ça ben on se trompe d’ennemi, on se divise, on se regarde, on surveille le voisin……
    Enfin bref ton histoire est dramaticalement bien racontée, continu à t’accrocher et plus égoïstement continu à nous faire marer lol

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