78ème jour : silence plateau… et action !

Ce matin, c’était la 4ème fois que je me rendais chez Pôle depuis nos retrouvailles. Ce fut tout d’abord l’occasion de rencontrer un 4ème conseiller, soit pour les moins matheux d’entre vous une moyenne d’un conseiller par rendez-vous. Mais ce fut également le jour sacré au cours duquel j’ai appris le nom de ma conseillère en titre. Manque de chance, elle est absente cette semaine. Pas seulement aujourd’hui, non. Toute la semaine. Vraiment pas de chance donc.

En avide de sensations fortes qui s’ignore, j’allais voir Pôle sans rendez-vous, sans convocation, sans même qu’il ait laissé sous-entendre d’une quelconque manière qu’il souhaitait me voir. Je suis comme ça, j’aime offrir ce genre de petit bonheur que l’on n’espérait plus. Je venais remettre le devis d’un bilan de compétences et retirer une convention de stage pour mon Evaluation en Milieu de Travail (EMT) dans la pâtisserie en grande distribution. C’est exactement ce que je dis à l’hôtesse d’accueil qui en prend bonne note et me propose de m’asseoir pour patienter. En y repensant, je crois qu’elle m’aurait invité à m’asseoir pour patienter même si je lui avais dit « bonjour, c’est un hold-up ! ». Tout cela pour dire que je me suis assis et que j’ai patienté.

Un conseiller a fini par m’appeler et je dois bien reconnaître que malgré le monde je n’ai pas eu à rester très longtemps assis et patient. J’entre dans son bureau et je me rassois. Il me demande à sa manière ce que j’attends de lui et je m’aperçois en lui répondant qu’il ne m’a pas encore regardé. Il semble m’écouter, il me parle, me répond mais à aucun moment il ne me regarde. Il garde cet honneur pour son écran d’ordinateur, son clavier ou encore pour quelques documents déposés sur son bureau. Cette atmosphère pleine de suspens était renforcée par un détail que j’ai ressenti immédiatement en entrant dans la pièce mais sans parvenir à déterminer de quoi il s’agissait. Puis j’ai compris. Le conseiller avait décidé de ne pas allumer la lumière dans son bureau. Par curiosité, j’ai penché la tête pour voir la position qu’avaient adopté ses collègues sur cette pratique et s’il s’agissait ainsi par exemple de la conséquence d’une forme de restriction budgétaire. Négatif. Mon conseiller semblait être le seul à ne pas être lumineux. C’est pourtant lui qui a ravivé ma flamme en me dévoilant le nom de ma conseillère, ce mirage dans mon désert. Il n’en fallait pas plus pour que je songe à lui accorder ma sympathie malgré son naturel désagréable qu’il voulait mettre en évidence. Pendant que je répondais à sa question visant à savoir pourquoi je venais l’importuner de bon matin, il m’a laissé là, seul, perché au sommet d’une phrase inachevée, pour aller chercher des documents dont certes nous aurions besoin pour la suite de la discussion. Redescendu de mon apostrophe, j’ai attendu son retour. Toujours assis, position la plus appropriée pour profiter du spectacle qui m’était offert. Je précise si nécessaire qu’il persiste à ne pas me regarder, soit parce qu’il a peur d’un coup de foudre et qu’il ne veut pas s’attacher soit parce que, nous deux perdus dans l’obscurité de son bureau, il ne sait pas exactement où je me trouve. Une fois encore, je me dis que les ficelles sont trop énormes, que tout est truqué sans aucune discrétion et qu’il y a forcément des caméras tout autour faisant de moi le cobaye d’une émission de télé-réalité. Le conseiller finit par revenir. Il était sans doute parti observer mon attitude pendant son absence dans le car-régie à l’extérieur du bâtiment. S’en suit un remplissage administratif règlementaire concernant mon stage, nom de l’employeur, adresse et dates. Classique. Nous étions alors tout proche de la prise de congés quand débarqua une collègue du conseiller censée assister aux entretiens. Pour quelles raisons, je n’en sais rien.  Manque de chance pour elle, l’entretien en question se terminait. Personne ne peut lui en vouloir, l’expression dit que l’on entre lorsqu’on voit de la lumière et là, il n’y avait pas de lumière. Elle n’était donc pas entrée plus tôt. De mon côté, alors que j’allais envisager de m’enfuir sans en avoir l’air, le conseiller, toujours sans un regard, prononça cette phrase qui en disait long sur la complexité de l’organisation de son travail.

Le conseiller : « Bon pour votre stage, on a la journée pour saisir sur informatique les informations que l’on vient de noter sur la convention. Du coup, je ferais ça dans l’après-midi. »

Moi (dans ma tête) : « Mais pourquoi ? Pourquoi ne pas le faire maintenant puisque je suis là pour ça et qu’apparemment il vous revient de faire cette saisie ? »

Il faut tout de même s’imaginer que la saisie en question n’allait pas plus loin que le nom de l’entreprise qui m’accueille, son adresse, son numéro de SIRET, le nom d’un contact, mon nom à moi, mon adresse et les dates de stage. Sachant que l’on venait de noter tout cela sur la version papier de ladite convention, il n’y avait qu’à « recopier ». Mais c’est lui le professionnel, après tout. C’est sur ce constat réaliste et surtout objectif que j’ai quitté la pièce, en espérant qu’il transmette bien cette convention pour approbation à l’entreprise qui m’accueille en avril prochain et qu’il remette à qui de droit ma demande de financement pour un bilan de compétences. Juste avant de partir, la lumière fut. Enfin d’une certaine façon. Le conseiller m’a regardé en me serrant la main, il a même laissé s’échapper un sourire de soulagement provoqué par mon départ. Oui, il était content que je parte et ça aussi il voulait le mettre en évidence.

Dans cette aventure, les trucages sont un peu flagrants mais les caméras sont vraiment bien planquées.

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