84ème jour : le CAP pour les nuls

Après un week-end entier en cavale, me voici de retour chez moi. J’avais décidé de quitter le pays avec ma femme pour complice, et cela sans rien dire à Pôle. Je suis moi-même impressionné par l’audace de ce plan. Nous partions ainsi en Belgique, Bruxelles précisément, à la découverte des Belges et, il faut bien le dire, de leur gastronomie, pâtisseries et petites douceurs en tête.

Pour moi, le lèche-vitrine porte savoureusement bien son nom puisqu’il consiste à visiter des boulangeries, des pâtisseries, chocolateries et autres confiseries. Mais entre les dégustations de pain à la grecque, de brioches, de bolus (un cousin belge du pain aux raisins), de cuberdons et de biscuits en tout genre, je n’ai pas pu m’empêcher de tout ramener à moi, vous commencez à me connaître. Après avoir décidé en mon âme et conscience que je n’enverrai pas de carte postale à Pôle, je me suis mis à philosopher sur le CAP Pâtissier. Sur le CAP tout court en réalité. Je venais de prendre mon petit-déjeuner face à un boulanger en plein travail, j’étais aux premières loges pour voir la justesse de ses gestes et sa vitesse d’exécution tout en dégustant ses réalisations. En quittant les lieux, j’ai réalisé que j’avais pu percevoir sa passion pour son métier en le voyant à l’oeuvre et que cela d’une certain façon amplifiait la mienne. Peut-être s’agissait-il pour lui d’une vocation née dans les meilleures heures de sa jeunesse, ce qui n’est pas mon cas. Malheureusement. Je dis « malheureusement » car ces derniers jours je ne cesse de regretter (le mot est un peu fort dans la mesure où j’ai pour principe de ne pas fricoter avec les regrets) de n’avoir eu ma révélation gourmande plus tôt. Et c’est là que j’ai commencé à philosopher. En rejouant le film de mon épopée scolaire, j’ai rapidement compris qu’à aucun moment je ne risquais croiser le regard de la pâtisserie. Ni celui de la boulangerie, de la boucherie, de la charcuterie ni même de la cuisine. En réalité, et je le dis avec un profond respect pour toutes ces professions, ces domaines pour lesquels le CAP est la porte d’entrée étaient uniquement proposés aux mauvais élèves. Celui du fond de la classe, celui qu’on a élu délégué en 4ème pour se marrer un peu alors qu’il n’était pas candidat à l’élection, celui qui n’aime que le cours de sport parce que c’est le seul pour lequel il ne faut ni cartable ni trousse, celui qui rend des copies blanches prétextant qu’il ne veut pas gaspiller d’encre ni souiller le cadavre d’un arbre. A celui-là, on lui parlera des formations en CAP. On tentera de lui inventer, voire imposer, une vocation sans tenter d’en susciter de réelles chez ses petits camarades. Je le dis comme je le pense, à l’âge où j’avais encore l’âge, on faisait passer le CAP pour une filière pour les nuls, une voie de garage pour scolariser encore un peu les cas proches du désespoir social. Voilà sans doute pourquoi j’ai fini par me convaincre que les études à caractère scientifique puis commercial étaient faites pour moi. Personne n’avait jugé bon de déplier entièrement l’éventail des possibilités. Les jeunes esprits ne sont pas indécis, on leur fait simplement croire qu’ils ne sauront pas prendre seul la bonne décision.

Vous souvenez-vous du conseiller d’orientation au collège ou au lycée ? Sans doute que non. Il n’était jamais là. Sauf pour les nuls.

Une réflexion au sujet de « 84ème jour : le CAP pour les nuls »

  1. Aujourd’hui c’est l’inverse: il faut un bon niveau et surtout un bon dossier pour préparer un CAP ou un BEP, les élèves de 3ème vont en 2nde générale avec un 8 de moyenne …..

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