98ème jour : rencontre du 5ème type

Il m’aura fallu attendre mon cinquième passage pour enfin rencontrer MA conseillère personnelle chez Pôle. Il y a des choses qui se méritent. Elle m’avait proposé de passer la voir ce midi pour lui déposer un document en lien avec le financement du bilan de compétences que j’envisage. Devinez quoi, j’y suis allé.

Malgré mes précédentes venues et mes habitudes naissantes, cette fois-ci était toute particulière. J’allais rencontrer celle qui jusqu’à présent n’existait pour moi qu’au travers d’une identité communiquée par l’un de ses collègues, celle qui à sa manière avait prêté serment devant Pôle de m’aimer et de me chérir jusqu’à ce que je me sépare du chômage. Pour le meilleur et pour le pire. Pour l’occasion je n’avais pas particulièrement soigné ma tenue pour rester tout à fait naturel et ne pas donner l’impression d’en faire trop. J’étais impatient de la rencontrer mais j’avais opté pour une certaine distance avec l’intention de me faire désirer. Et force est de reconnaître que ma technique d’approche n’a pas du tout porté ses fruits. Pas du tout. Ma conseillère n’avait pas l’air de très bonne humeur, remarquez que cela ne faisait qu’une semaine qu’elle était revenue de vacances. Comme son collègue que j’avais rencontré la fois dernière, elle avait opté pour l’économie d’énergie au niveau des luminaires de son bureau, préférant ainsi l’éclairage naturel provenant d’une fenêtre aux airs de meurtrière, située derrière elle. La seule lumière artificielle de la pièce, et qui par conséquent attirée l’attention en premier, était celle d’un bloc fixé au plafond indiquant la direction de l’issue de secours. Peut-être aurais-je du y voir un signe.

Ma conseillère avait l’air de se souvenir qui j’étais, mon nom semblait lui rappeler vaguement quelque chose en lien avec le financement d’un bilan de compétences. Elle ne souriait pas mais son effort de mémoire me la rendait presque sympathique. Je lui tendais donc le document qu’elle m’avait demandé d’apporter, un certificat de travail sur lequel était inscrit le montant auquel j’avais droit au titre du Droit Individuel à la Formation. Après cela, en dactylographe accomplie, elle se lança dans une longue saisie consistant à ouvrir un document type et à l’adapter à mon cas. Le tout dans un silence perturbé par le bruit de ma trotteuse qui, elle-même prise de panique dans cette ambiance, tenta d’accélérer ses tours pour écourter mon entrevue. Une fois cette saisie hitchcockienne terminée, la conseillère me précise que je vais devoir faire une photocopie du document que j’avais apporté. Ce qu’elle voulait dire par là, et que je n’ai pas compris immédiatement, c’est qu’il fallait que je fasse cette photocopie tout de suite en utilisant la photocopieuse mise à ma disposition dans le hall d’accueil. Pendant mes travaux pratiques, elle irait faite tamponner le courrier qu’elle venait de rédiger. J’ai compris qu’elle cherchait un peu de solidarité, elle ne voulait pas être la seule à travailler à cette heure délicate où la pause-repas se termine à peine ou approche à grands pas. Comme je suis un gentil garçon, je me suis dirigé vers la photocopieuse. De retour dans son bureau, elle m’indique qu’il est préférable que j’envoie moi-même le courrier désormais tamponné par ses soins, car Pôle ne traite les plis postaux qu’en service lent… Oui, en service lent. Après cette déclaration, j’ai eu la sensation de mieux comprendre le pourquoi de tout cela. Pôle a mis ses troupes en service lent. Tout simplement. Le coût de l’affranchissement me revient mais bon, c’est avec plaisir si je peux faire plaisir.

Une fois les papiers en règles, la conseillère a sans doute pensé qu’il s’agissait du bon moment pour « s’intéresser » à mon profil et à mon projet de reconversion professionnelle.

La conseillère : « Donc vous avez abandonné votre projet de création d’entreprise. Ca n’a pas marché ? »

Moi : « En réalité la création d’entreprise est la finalité du projet que je mène actuellement ».

La conseillère : « Ah oui pardon ! Vous voulez créer une entreprise de sites internet c’est ça ? »

Moi : « … Non. Il s’agit de pâtisserie. Je suis engagé dans un projet de reconversion professionnelle. »

La conseillère : « Mais vous êtes déjà pâtissier c’est bien ça ? »

Moi : « … »

Elle, c’est MA conseillère.

3 réflexions au sujet de « 98ème jour : rencontre du 5ème type »

  1. J’Adoooore votre Blog!votre humour, votre style d’écriture…Pôle en proie…mon dieu c’est une justesse ce que vous décrivez!Je retourne vous lire…à tout bientôt!

  2. Côté lumière ou luminaires Pôle fait économies comme les plis en service lent.

    Pour le dialogue de fin ca me rappelle cette fois où j’effectue un stage d une semaine dans une crèche. Je travaille à domicile et souhaite une vision élargie du monde extérieur. Arrive le dernier jour ‘…donc vous souhaitez devenir assistante maternelle ? non je le suis déjà depuis 4 ans…’ Pôle a donc des espions partout!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.