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Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel.

225ème jour: voilà l’été

Selon l’adage, ce n’est pas parce qu’on n’a rien à dire qu’il faut fermer son blog.

C’est l’été. En théorie tout du moins. Alors même si la météo use de son esprit de contradiction en se grimant ponctuellement en automne, les rythmes de travail dans certains bureaux me rappellent que l’heure est aux vacances. Evidemment, moi, chômeur comme je suis, je n’ai senti aucune différence puisque les vacances, c’est tous les jours. Et payées en plus ! C’est sans doute ce que doit se dire Pôle, minimisant ainsi sa nullité en se chantant qu’en fin de compte je ne suis pas si mal loti, moi qui perçois chaque mois sans rien faire d’autre qu’une actualisation ce que certains ont peine à gagner derrière la caisse d’un fast food. Quand je disais « nullité », je parlais bien entendu du néant, du rien, du vide. Pas du nul au sens mauvais, même si je vous l’accorde, la frontière est mince. D’ailleurs il n’y a plus aucun douanier depuis longtemps.

Tellement l’attente est longue, j’en oublie presque parfois que je veux devenir pâtissier. C’est d’ailleurs agréable car je revis plusieurs fois par semaine cette sensation d’avoir une excellente idée. Je continue ma route chaque jour avec cette crainte permanente de faire tout cela pour rien, cette conviction que je ne maîtrise pas et que je dépens exclusivement d’un conseiller, d’une conseillère, pour qui je suis simplement un numéro d’identifiant. Ce type de pensées constitue le refrain de mon aventure. Si c’est un refrain, la chanson est plutôt dramatique et je préfèrerai écrire des couplets qui riment avec #Gourmandièse plutôt qu’avec tout le reste, tout ça, ces 224 jours précédents. Inutile donc de préciser que je ne suis toujours pas inscrit au CAP Pâtissier, inutile également de constater qu’il n’y aurait plus rien d’étonnant au fait que Pôle finisse par ne pas m’inscrire à cette formation. Vraiment plus rien d’étonnant. Du tout. Mais bon, il fait soleil. Enfin parfois.

Les absents ont toujours tort, ma conseillère est une absente. Je vous laisse conclure. Enfin, si vous êtes encore là.

217ème jour: du pareil au même

Il y a des sommets que l’on pense ne jamais atteindre, dont on ose même pas rêver pour ne pas avoir à se réveiller ivre de joie aux côtés d’une déception dont on a oublié le prénom. Et c’est bien évidemment parce qu’on ne s’attend pas à réaliser ce qui s’apparente à un exploit que la satisfaction est bien au-delà de tout. Oui de tout, tout simplement.

Lors de notre dernier échange, aussi indirect soit-il puisqu’il s’agissait d’un message sur mon répondeur, Pôle m’a démontré par le menu que son ramage ne rapportait à rien mon chômage. Je suis le phénix condamné à renaître de ses cendres après chaque entretien avec un conseiller, le petit poucet quand Pôle est l’hôte de ces bois. Comment pourrais-je faire plus fort, plus haut, plus beau, comment pourrais-je aller plus loin que ce dernier message laissé par ma conseillère, tant sur le fond que sur la forme ? Pôle réalisait déjà d’excellentes performances lorsqu’il s’agissait de me ralentir dans mon projet, voilà que désormais il est en passe de me couper le verbe sous le pied. J’étais le narrateur, le héros, le personnage principal, je régalais chaque lecteur de ma plume à la fois drôle et tranchante, j’étais adulé pour ma sobriété, ma simplicité et ma modestie, et voilà que je me fais voler la vedette par ma conseillère. En à peine plus d’une minute de message vocal, elle avait tout. Les mots justes, le ton, le débit, les vannes courtes et précises qui mènent à une chute d’un genre qu’on ne fait plus. Bref, la blague à l’état pur, à l’ancienne. Et me voici sans voix, sans mot, en train d’attendre le prochain spectacle, ne serait-ce qu’un seul sketch. Je suis remis à ma place à la suite d’un simple appel téléphonique, il y a du talent chez Pôle, quoi que j’en dise. Je me dois de l’accepter.

Comme si la leçon n’était pas suffisante, la suite prenait des airs de running gag. Mon frère, qui actuellement doit prendre quelques informations auprès de Pôle, me racontait son dernier entretien avec sa conseillère. Celle-ci a eu tout le mal du monde a répondre à une question, soufflant un coup le chaud, puis le froid, voire le tiède, soufflant tout court même sans doute car empêtrée dans son ignorance sur un sujet pourtant essentiel de son métier. Oui, son métier. Mon frère a donc décidé en accord avec lui-même qu’il allait se débrouiller. J’en conviens, les grandes lignes de cette anecdote ne font pas un running gag. Alors voilà. La conseillère de mon frère est aussi ma conseillère. La même. Maintenant que vous la connaissez, vous savez que c’est un génie, alors un conseil : ne frottez pas la lampe.

212ème jour: après le bip

« Je suppose que vous avez le projet d’entrer en formation avec la Chambre des Métiers ».

Voilà. Après 212 jours, Pôle en est aux suppositions. Ce matin, ma conseillère, celle qui est dévouée corps et âme à ma cause, a laissé un message sur mon répondeur. Qu’elle accepte mes plus plates excuses, je n’étais pas disponible, un peu comme elle lorsque je passe en agence  et qu’elle est en congés, absente, ou présente dans les bureaux mais avec pour mission de ne recevoir personne. Pour cela, je sais donc qu’elle ne m’en voudra pas de ne pas avoir pu prendre son appel. Après coup, je dois bien le reconnaître, j’aurais été déçu de ne pas pouvoir immortaliser ce qu’elle avait à me dire, chose que j’ai pu faire grâce à son message vocal.

212 jours. On peut en faire des choses en 212 jours. Personnellement, j’en ai fait pas mal en ce qui concerne ma reconversion professionnelle, à commencer par informer Pôle dès le 1er jour que je souhaitais entrer en formation de CAP Pâtissier avec la Chambre des Métiers. Ce projet, ce souhait, appelons cela comme on veut, avait été inscrit dans mon dossier de manière à assurer une certaine forme de suivi et pourquoi pas à générer des propositions ou autres conseils en lien avec ledit projet. A chaque entretien avec un conseiller, j’ai cessé de compter aussi bien le nombre d’entretiens que de conseillers, je me trouve dans l’obligation de rabâcher ce pourquoi je suis là, reconversion professionnelle, CAP Pâtissier, création d’entreprise, toutes ces choses a priori fort simples à comprendre et à suivre puisque chaque conseiller saisissait une synthèse de l’échange à l’attention du prochain collègue. Enfin ça, c’est ce que je croyais. Il y a plusieurs explications au fait que je doive tout reprendre à chaque rendez-vous : soit les conseillers trouve ce que je raconte formidable et veulent en profiter un maximum, soit ils sont incapables de se servir de leur ordinateur et de leur logiciel et donc de retrouver ce qui s’est passé lors de l’épisode précédent, soit ils font semblant de saisir une synthèse à la fin de l’entretien et alors là chapeau parce qu’on y croirait vraiment. Enfin moi j’y ai cru en tout cas.

Pour entrer dans le vif du sujet, ce matin ma conseillère m’appelait pour m’informer qu’elle venait de récupérer la note de son collègue datée du 16 juin, ce collègue que j’avais rencontré pour lui demander d’envoyer un mail à celle qu’il a rebaptisé Madame Machin de la Chambre des Métiers. Il a donc fallu trois semaines à MA conseillère pour jeter un oeil à cette information qu’en plus elle ne comprend pas. Et si elle m’appelle c’est justement parce qu’elle ne comprend pas. Elle suppose que j’ai le projet d’entrer en formation avec la Chambre des Métiers. Après 212 jours, elle suppose. 212 jours. J’aimerais savoir écrire les chiffres en majuscules pour que tout le monde se rende bien compte de l’énormité. Alors elle voudrait que je passe la voir. Pour comprendre. Puisqu’elle ne comprend pas. Après 212 jours, elle ne comprend pas. Chère madame, pour le bien-être de tous, il est préférable que je ne passe pas vous voir et que je fasse comme si votre message n’avait jamais existé. Je vais faire sans vous sur ce coup-là, comme je le fais depuis… 212 jours.

Mes conclusions ont été rapides, claires, concises. Pôle est le seul à pouvoir lancer pour moi le processus d’inscription au CAP Pâtissier. Comment va-t-il pouvoir réaliser cela correctement et dans les délais impartis alors qu’il en est encore à supposer que j’ai le projet d’entrer en formation ?

Pôle, n’oublie pas que je sais où tu habites.

BONUS

Lire ce billet, c’est important. Mais ce billet ne serait rien sans ce fameux message enregistré sur mon répondeur. J’aurais pu jouer au con mais je sais que je ne peux pas rivaliser, je me suis fait une raison, j’ai donc coupé le nom de ma conseillère. Vous verrez, cela ne gâche aucunement l’authenticité et la richesse du contenu.