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Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel.

152ème jour : sur le pont

Le week-end n’empêche pas de réfléchir à son projet professionnel, quand bien même il s’agirait du week-end établissant un pont entre la fête du travail et la fête du réveil appelée également « lundi ». D’ailleurs, le jour de la fête du travail, je comptais aller voir Pôle. J’étais persuadé qu’en ce jour sacré il avait organisé la soirée du siècle, une véritable « teuf » comme disaient les jeunes à une époque. Je n’avais pas reçu d’invitation c’est vrai, mais comme j’ai connaissance du décalage horaire qu’il existe entre les services de Pôle et ceux de la Poste j’ai jugé que ma seule qualité de membre du club me permettrait de montrer patte blanche à l’entrée. Puis finalement je n’y suis pas allé, conscient pourtant de manquer l’évènement de l’année, la fête du travail organisée par Pôle lui-même c’est une concurrence à faire blanchir encore un peu plus feu Eddy Barclay. Je me console en me disant que ce n’était peut-être pas si bien que ça tout en écoutant certaines mauvaises langues dire que Pôle était fermé ce jour-là. Le pont, il y a ceux qui sont dessus et ceux qui le font.

Disais-je, j’ai réfléchi. A la situation actuelle, à cette création d’entreprise qui a pris un tournant en forme d’accélérateur, à ce CAP Pâtissier qui reste mon principal point de mire à court terme et puis à quelques autres trucs qui ne vous regardent absolument pas, arrêtez un peu de vouloir me faire raconter ma vie. Comme je vous le dévoilais il y a peu faisant fi de votre curiosité maladive à mon égard, je vais lancer la première phase de ma création d’entreprise axée sur la biscuiterie. Dès ce mois-ci. Comme vous êtes là depuis le début et que j’ai fini par m’habituer, je ne vais pas faire tout ça sans vous. Calmez-vous, ne soyez pas trop pressés. Si je souhaite réellement mettre les choses en marche dès ce mois-ci, et je le souhaite réellement ce qui annule donc l’hypothèse en introduction de cette phrase, il n’est pas exclu que je demande à reporter mon stage en chocolaterie. D’une part parce que je vais avoir besoin de temps, d’autre part parce que la chocolaterie en elle-même malgré la fascination que j’ai envers elle n’est sans doute pas une priorité face à mon apprentissage en pâtisserie. Elle serait éventuellement une spécialisation pour la suite mais c’est bien la pâtisserie « traditionnelle » que je dois avoir dans la tête et dans les mains avant tout. A ce sujet, j’ai reçu hier un message d’un reconverti professionnel en pleine formation, lui aussi issu du monde fabuleux de la communication. Il me propose de me faire partager son expérience, d’évoquer les problèmes qu’il a rencontré, que j’ai rencontré voire ceux que je vais rencontrer. Il pense même que mon stage en chocolaterie peut être une « erreur ». Dans quelle mesure je ne sais pas mais je prendrais contact avec lui sans tarder comme il le propose. Son message était en tout cas plaisant et bienveillant. Selon moi, le stage en chocolaterie n’a rien d’une erreur dans la mesure où il est cohérent avec mon projet professionnel mais j’ai tendance à penser qu’il tombe mal. J’irai voir Pôle lundi pour évoquer le sujet, je prédis d’ailleurs un grand moment de remue-ménage administratif au cours duquel on risque de tenter de me dissuader de reporter ce stage de manière à éviter toute paperasse.

Quelqu’un prend le pari ?

149ème jour : breaking news

Et si finalement il n’y avait pas de place pour moi dans ce CAP Pâtissier ?

C’est une éventualité que je n’envisage pas depuis ce soir seulement, le contexte actuel fait qu’en plus d’y penser j’y repense. Je tente de mettre toutes les chances de mon côté, à travers les stages en entreprise ou les fonctions d’attaché de presse que je remplis à titre gracieux pour Pôle au travers de ce blog, mais rien ne dit que cela fera de moi l’un des candidats favoris pour l’admission à la formation. Alors, si finalement il n’y avait pas de place pour moi dans ce CAP Pâtissier ? J’ai commencé à répondre à cette question ces jours-ci. Et j’ai décidé que si cela ne marchait pas, je deviendrais plombier. J’y vois deux avantages. Le premier c’est que je serais toujours considéré comme un « reconverti professionnel » et que je pourrais continuer à rédiger mes billets chaque jour. Après tout, qu’est-ce que cela peut bien vous faire que je me rêve pâtissier ou plombier ? Ce que vous aimez vous, c’est la grande littérature, et c’est pour cette simple raison que vous m’êtes fidèles. Le deuxième avantage, c’est que je suis parvenu à trouver un premier avantage à partir d’un constat d’échec. Deux avantages disais-je, le compte y est. Ceux d’entre vous, et je crains que vous soyez nombreux, qui n’ont pas compris la dimension hautement humoristique des lignes précédentes seront sans doute rassurés d’apprendre que j’envisage en réalité un autre type de solution pour rebondir si d’aventure mon nom n’était pas sur la liste d’appel d’une classe de CAP à la rentrée prochaine. Tout d’abord j’ai décidé de continuer à me débrouiller tout seul puis j’ai opté pour un début d’activité plus rapide que prévu. Voire d’ailleurs plus rapide que tout de suite. Comme vous avez tout bien suivi, vous vous souvenez que mon ambition au travers de la pâtisserie est la création d’une entreprise. Celle-ci ne peut pas être une pâtisserie en tant que telle sans être détenteur d’un CAP Pâtissier. Votre mémoire désormais rafraichie, vous vous souvenez désormais qu’une activité de fabrication et vente de petites gourmandises type biscuits et autres gâteaux dits « secs » n’est pas soumise à la même règlementation. Ainsi, puisque nous sommes entre nous je peux bien vous le dire, je vais débuter cette activité de « biscuiteur », ou « biscuitier » comme il vous plait, dans les prochaines semaines. Quitte à être un chômeur qui travaille, autant pousser la plaisanterie à son maximum. Je sais, cela doit vous faire un choc.

Ne dites rien à Pôle, je compte lui faire la surprise.

147ème jour : le coquillard

La semaine commence par une confirmation de report de planning, l’ouverture des inscriptions au CAP Pâtissier serait attendue fin mai et non plus début mai. Mais il s’agit juste d’un report n’est-ce pas ? Hein ? Rendez-vous fin mai. En attendant, je vais attendre. Mais pas que.

Pôle m’a écrit. Comme pour me prouver qu’il ne m’oublie pas, qu’il pense à moi malgré nos disputes silencieuses. Pôle m’a écrit mais il a fait au plus simple ce qui ne m’étonne que peu venant de lui. Il m’a envoyé, ou peut-être devrais-je dire renvoyé, l’exemplaire de convention de stage qui me revient concernant mon prochain séjour chez un chocolatier. Il n’y avait que cette feuille dans l’enveloppe, pas un petit mot pour prendre de mes nouvelles, pas un bonjour, pas non plus de mention « bonne réception », ce néologisme de la formule de politesse née des échanges électroniques professionnels, cette façon courtoise de signifier à son correspondant « tiens voilà cette merde que tu m’as demandé » ou encore « la prochaine fois tu te débrouilles tout seul pour trouver tes affaires ». Les deux hypothèses pouvant éventuellement être conclues par un « connard ». Mais rien de tout ça dans mon cas, simplement ce feuillet que je connaissais déjà pour l’avoir signé et fait signer par le chocolatier. Il me revenait tamponné par Pôle. C’est d’ailleurs sa spécialité à Pôle, de s’en tamponner.

Pour être tout à fait certain de ne rien manquer dans ce courrier, je me suis mis à examiner l’enveloppe de plus près. Je me suis alors aperçu que celle-ci m’était envoyée depuis la commune de Carbon Blanc en Gironde. Je retrace donc le parcours de ma convention de stage. Je vais la chercher chez Pôle, je l’apporte chez le chocolatier qui la signe, je la ramène chez Pôle. Jusqu’ici, trafic fluide. Mais allez savoir pourquoi, voici que ma convention prend une déviation, quitte les bureaux de Pôle, puis la ville, puis le département, pour se retrouver sur le bureau d’une nouvelle conseillère en Gironde, une « responsable d’équipe professionnelle ». Enfin je crois. L’enveloppe est passée par Carbon Blanc mais le courrier est tamponné par l’agence de Périgueux et signé par une personne dont je n’ai jamais entendu parler. « Responsable d’équipe professionnelle », ça en jette en tout cas comme intitulé. Cela sous-entend également qu’il y aurait une équipe amateur. Encore un ceci qui pourrait expliquer cela.

Et tout ça dans le dos de ma conseillère personnelle qui à mon avis ne va pas être contente en apprenant qu’elle n’a pas été consultée. Enfin, si elle travaille toujours chez Pôle.