Archives pour la catégorie #MoiYG

204ème jour: vous n’avez pas de message

Vous vous souvenez de Madame Machin de la Chambre des Métiers. Mais si, Madame Machin c’est comme ça que le dernier conseiller de Pôle que j’ai rencontré a rebaptisé, avec de la délicatesse plein les yeux et de l’amour dans la voix, la personne qui suit mon épopée à ladite Chambre des Métiers. Cette dernière, qui elle n’a pas de « conseillère » que le titre, je l’ai contacté aujourd’hui. Je voulais savoir si elle avait reçu de la part de Pôle les informations qu’elle attendait à mon sujet. Ca y est, ça vous revient ? Je m’étais déplacé chez Pôle lundi dernier pour lui demander si dans sa grande bonté et en fonction de son emploi du temps que j’espère à son goût il pourrait avoir l’amabilité de transmettre à la Chambre des Métiers quelques informations de mon dossier. Rien de plus que mes coordonnées et ma situation actuelle. Non, rien de plus. Soudain, je sens que vous me voyez venir. Alors oui, enfin plutôt non, après huit jours ni Pôle ni personne d’autre n’a trouvé le temps d’envoyer ce fameux mail, cet envoi de caractères au format binaire transféré par l’internet qui aurait parfaitement rempli son rôle même en style télégraphique n’aura donc pas trouvé son expéditeur. Personne. Personne y compris dans la demi-douzaine de conseillers que j’ai déjà rencontré, à raison d’un par mois en moyenne depuis décembre dernier. C’est regrettable. Surtout pour moi. C’est regrettable mais je pense tenir une explication a priori taquine mais somme toute absolument plausible. Je sais de source sûre, puisque interne, que Pôle envoie son courrier postal en tarif lent. Il est maintenant clair que la même politique, interne toujours, s’applique au courrier électronique.

Il y a tout de même du drôle dans tout cela. En me répondant qu’elle n’avait reçu ni mail, ni courrier traditionnel, ni morse, ni pigeon voyageur, bref rien, ma conseillère de la Chambre des Métiers me demande s’il s’agit de la personne qui l’a rebaptisé « Madame Machin » qui doit lui envoyer les informations attendues. Elle précise entre parenthèses que l’une de ses collègues lit ce blog, ceci expliquant cela. Voici comment elle fut informée de son nouveau sobriquet.

Finalement, j’alimente les conversations chez Pôle comme à la Chambre des Métiers, des journalistes en tout genre me contactent pour parler de mon parcours, j’ai sans cesse de nouveaux contacts, je mets des personnes en relation… Je me demande si finalement je ne suis pas fait uniquement pour la communication. Comment appelle-t-on un reconverti qui après sa reconversion décide de se re-reconvertir pour revenir à la case départ ? Un déconverti ?

200ème jour: les jours les plus longs

Il y a 200 jours, je quittai mon travail. La scène avait lieu dans des conditions que chacun est libre d’interpréter, j’ai préféré pour ma part laisser ce sujet épineux avec ses épines.

En 200 jours, j’ai fermé la porte de mon bureau, passé la porte de la dernière entreprise en date qui m’a signé un CDI, opté pour l’aventure de la reconversion professionnelle avec l’objectif de devenir pâtissier, j’ai retrouvé Pôle, rencontré un conseiller, puis un deuxième, un troisième et ainsi de suite jusqu’à six, peut-être sept, je n’en suis plus sûr moi-même, j’ai pris attache avec la Chambre des Métiers pour savoir comment devenir pâtissier, avec des pâtissiers grandeur nature pour découvrir le métier à leurs côtés, je me suis imaginé élève dans une classe de CAP, j’ai semé quelques idées pour faire germer un projet, j’ai trié, organisé mais aussi bien évidemment j’ai pesé, crémé, sucré, fariné, j’ai fait comme si pour m’y croire, j’ai patienté du mieux que j’ai pu, j’ai fait des courriers, passé des coups de fil, j’ai fait le papa, le beau-papa, le mari, j’ai rencontré des journalistes à qui j’ai raconté ce que je nomme modestement mon périple, je me suis imaginé chef d’entreprise et j’y pense depuis chaque matin en ne me rasant pas, j’ai transformé la gourmandise en #Gourmandièse, j’ai trouvé un camion, un restaurateur prêt à m’aider, de parfaits inconnus également prêts à m’aider y compris financièrement pour certains d’entre eux, j’ai fait des gâteaux, beaucoup, j’en ai mangé au moins autant, j’ai tenté de résister à la démotivation ambiante, à la ritournelle sur la crise et le chômage, j’ai dit même pas peur, j’ai dit je m’en fous, j’ai dit je vais le faire pour finir par je vais y arriver, j’ai pointé tous les mois, j’ai attendu Pôle, encore et encore, mais j’ai rapidement compris qu’il ne fallait rien attendre ni de lui ni de personne, j’ai fait des choix et il en reste à faire, j’ai suivi les étapes, j’ai fait comme on m’a dit quand j’ai eu confiance, j’ai fait à ma manière dans tous les autres cas, j’ai partagé cette expérience quand elle pouvait aider, j’ai parlé de moi comme à mon habitude avec un plaisir qui n’a d’autre nom que le mien, je suis passé de Yohan Grangier à Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel, j’ai décidé que l’appellation ne changerait pas après mon prochain anniversaire, j’ai acheté des fouets, des emporte-pièces, des grilles, des moules, des spatules, des oeufs, de la farine, du beurre, du sucre, j’ai gardé toutes mes convictions quant à mon avenir pâtissier, je suis resté attentif à tous les avis, tous les commentaires, toutes les questions, j’ai fait le tri pour optimiser mon énergie, j’ai mis un point d’honneur à suivre au gramme près la recette de la réussite et enfin j’ai accessoirement délivré la plus longue phrase de l’histoire des blogs.

Tout ça et bien plus encore, en 200 jours. Pas un de plus.

198ème jour: la même longueur d’onde

Ce matin j’ai passé une radio. Rien de grave, c’était une radio locale.

La semaine dernière, un journaliste de l’antenne locale d’une radio nationale m’a appelé pour une interview. J’ai refusé. Je déteste raconter ma vie à tout le monde et je tiens à garder pour moi mon aventure de reconversion professionnelle. Un peu d’intimité que diable ! Pourquoi pas un blog pendant qu’on y est ? J’ai donc dit au journaliste que l’on pouvait caler l’interview mercredi prochain puisqu’il le proposait, à savoir aujourd’hui. Puisque c’était la semaine dernière. Ce fut court, matinal, en direct, et je parle toujours de l’interview. On a parlé reconversion professionnelle, camion, #Gourmandièse, pâtisserie, CAP, le pain quotidien en somme. C’est toujours un plaisir de parler de tout ça, et de parler de moi surtout dans la mesure où il s’agit là de mon sujet préféré et que par ailleurs je le connais par coeur.

Dans l’après-midi, j’ai adressé un mail à la personne qui s’occupe de moi à la Chambre des Métiers. Vous savez, celle que le conseiller de Pôle que j’ai vu lundi a rebaptisé « Madame Machin ». Dans ce message, j’ai justement tenté de lui expliquer comment s’était passé ce nouvel épisode chez Pôle. Mon mauvais esprit aidant, j’ai pensé qu’elle ne recevrait jamais le mail que j’ai quémandé au conseiller. Comme je compte bien être invité à la réunion d’information collective concernant le CAP Pâtissier et que celle-ci semble passer notamment par ce fameux mail, je préfère montrer patte blanche, voire même pâte blanche si j’osais croire que vous comprendrez ce jeu de mot magistral. Après cette correspondance, je suis allé au restaurant déposer mes petits gâteaux du jour. C’est toujours un réel plaisir de discuter avec le chef et son épouse qui ont l’air de prendre un véritable plaisir à parler de mon projet. Ils discutent avec les clients, les sensibilisent à mon aventure, prennent des informations pour que je puisse rester en contact avec les personnes qui décident de participer. Et tout cela en plus de leur travail quotidien en salle comme en cuisine. Après merci, on dit quoi ?

Dans ce genre d’atmosphère, dans ce climat de convivialité, d’entraide et d’échanges, je dirais que la reconversion professionnelle est un petit pas pour l’homme mais un bond de géant pour l’humanité. Tout cela me donne envie de décrocher la lune.