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Bonnes fêtes

Cher Pôle,

Cette année j’ai été très sage. Evidemment, tout dépend de quel côté du chômage on se place pour juger cette affirmation.

Si on voit les choses de ton côté du bureau, j’ai sans doute été une sorte de cancre, un vilain garnement capricieux et insolent qui fait rien que dire des bêtises sur toi à tout le monde. Soulagés, tes conseillères et conseillers auraient même eu en projet d’organiser mon pot de départ le jour de ma rentrée en CAP Pâtissier en septembre dernier. Une bien charmante attention j’en conviens alors que je les ai quitté sans prendre le temps de les saluer en personne. Certes. Si on analyse la situation de mon point de vue, celui de près de 4 millions de congénères chômeurs, j’ai simplement fait un blog. Une sorte de consignation, un bureau des plaintes, la vérité, rien que la vérité, sur toi, sur nous deux. Je lève la main droite, je le jure. Alors Pôle, dire la vérité n’est-ce pas être sage ? Tout dépend de quel côté de la vérité on se place pour répondre à cette question. Si on voit les choses de ton côté du bureau, bref. Tu m’as compris. Ce qui est déjà un événement.

Puisque nous sommes désormais d’accord sur le fait que j’ai été très sage cette année, j’espère que tu n’oublieras pas de mettre mes allocations mensuelles dans mon soulier au pied du sapin. Il m’a été rapporté que tu recevais régulièrement mes états de présence en cours et en entreprise, j’aime à penser que finalement tu t’intéresses un peu à moi. C’est réciproque, je le confesse sans rougir. Je parle de toi souvent, j’écris, il est même envisageable que j’en fasse un livre. Evidemment, je t’en adresserai un exemplaire, ce sera mon cadeau à moi. Pour toi. Je vais passer la fin de cette année et le début de la suivante en entreprise, dans la pâtisserie qui m’accueille durant ma formation, je n’aurais donc pas ou peu de temps pour prendre de tes nouvelles, si ce n’est le 5 du mois et de manière tout à fait intéressée bien évidemment. Je te souhaite tout de même de passer de bonnes fêtes Pôle, j’espère que tu auras tout ce que tu as demandé, plein de chômeurs, des grands, des petits, des beaux, des moins beaux et pas trop de bloggeurs.

Petit papa Pôle, quand tu descendras du ciel avec ces chômeurs par millions, n’oublie pas leurs petits CV.

365ème jour: joyeux anniversaire

Salut Pôle,

Aujourd’hui est un jour particulier. Pour toi, pour moi et tout ceux qui le veulent. J’y pensais déjà hier soir, cela s’est amplifié ce matin, dès mon réveil j’espérais que tu n’oublierais pas. Que tu ne m’oublierais pas. Aujourd’hui, c’est notre anniversaire. Cela fait un an jour pour jour que j’ai débarrassé ce qui s’avère être mon dernier bureau en date, tout cela pour m’engager dans ce projet de reconversion professionnelle qui allait m’amener vers toi. D’ailleurs je ne remercierais jamais assez mon dernier patron, celui de ce dernier bureau, il doit être tellement fier de m’avoir poussé dehors. Maintenant que tout semble être sur de bons rails pour moi, il doit penser que c’est un peu grâce à lui. Non je ne le remercierais sans doute jamais assez et comme j’en suis convaincu je ne le remercie pas du tout et je lui offre ce brin d’ironie en guise de cadeau de Noël. Qu’il ne me remercie pas, lui non plus. Mais parlons plutôt de nous Pôle. Je ne peux pas dire que tu me manques. Enfin si, techniquement je peux le dire, je te laisse le soin de poursuivre ce raisonnement. Cela fait plusieurs semaines que je ne suis pas allé saluer tes conseillères et conseillers mais à toi, je te déclare ma situation chaque mois. Tu vois, je ne t’oublie pas. Et puis c’est toujours un peu gratifiant de pouvoir côtoyer une célébrité nationale telle que toi, même si nos rapports sont exclusivement intéressés.

Cela fait donc 365 jours, à quelque chose près car je sais que tu n’es pas très regardant sur la précision, que nous nous sommes trouvés. Ou retrouvés. Durant les 300 premiers jours nous étions copains comme chômeurs, tantôt stressés, tantôt nerveux. Surtout moi. Nos rendez-vous étaient réguliers, tantôt vides, tantôt sans intérêt. Surtout toi. Rien qu’en y repensant, j’ai envie d’en faire un blog. Volume 2. Puis finalement j’ai réglé nos problèmes, ou peut-être que c’est toi qui les a réglé en me faisant clairement comprendre que tu ne pourrais rien pour moi, une figure artistique dans laquelle tu excelles. Je suis retourné à l’école, c’est ce que je voulais, nous avons donc pris nos distances. Mon CAP Pâtissier se passe à merveille, mes camarades sont charmants, mes professeurs le sont tout autant en plus d’être à mon sens d’excellents techniciens et pédagogues. Mais pardonne moi Pôle, en écrivant ces mots je me rends compte que je te jette mon bonheur à la face alors même que nous sommes en pleine séparation toi et moi. Tant d’indélicatesse le jour de notre anniversaire, j’espère que tu sauras me pardonner comme je t’ai pardonné pour ton manque de savoir-faire ton travail.

Je ne suis pas encore pâtissier, ma reconversion professionnelle est en marche et il me reste encore beaucoup de travail avant de pouvoir réellement faire mes premiers pas. Mais je vais le faire, je vais réussir. Pour moi avant tout, par galanterie, mais aussi pour mes proches, pour ceux qui comptent sur moi mais aussi pour toi, Pôle. Pour m’assurer de ne pas te recroiser de si tôt, ni toi, ni tes proches, ni ceux qui comptent sur toi pour toucher un salaire sans rien faire d’autre qu’occuper un bureau plus ou moins bien éclairé au sein d’une agence à ton nom.

Passe de bonne fêtes Pôle, et ne gâche pas les miennes.

Après la rentrée

Cher Pôle,

Ici tout va bien. Cela fait maintenant trois semaines que je suis revenu à l’école, au Centre de Formation d’Apprentis de la Chambre des Métiers. Mes nouveaux camarades de classe sont fort sympathiques, ou devrais-je dire grave cool, jeunes, ou plus simplement en âge d’être là. Contrairement à moi d’une certaine façon. Cependant je ne suis pas seul pour cette immersion dans l’ingratitude adolescente, une camarade adulte suit les mêmes cours que moi après avoir eu elle aussi cette idée folle un jour de retourner à l’école. Nous sommes ainsi intégrés dans différentes classes de première et deuxième année de CAP Pâtisserie, dans différents cours, théoriques et pratiques, de la technologie, de la science appliquée à l’alimentation, de la Prévention Santé Environnement (PSE), de la gestion, du dessin et bien sûr de la pâtisserie. Certains élèves me vouvoient, d’autres m’appellent « monsieur », il y a aussi ceux qui m’appellent « monsieur » mais qui me tutoient et bien entendu ceux qui me tutoient tout court dès le premier instant. Je les invite d’ailleurs tous à adopter cette dernière option. J’ai des leçons à apprendre, j’ai même tout à apprendre, des contrôles, des notes, des appréciations, la totale. J’ai même un sac à dos, une trousse contenant un stylo à quatre couleurs et des feutres fluorescents ainsi qu’une superbe mallette de pâtissier contenant tout le matériel nécessaire à l’apprentissage de mon nouveau métier. Je m’approprie chaque jour un peu plus tous ces ustensiles grâce à un emploi du temps hebdomadaire essentiellement tourné vers la pratique. Quant à mes profs, oui mes profs, je les perçois sous un jour sans doute bien différent du ressenti de mes petits camarades. Je les trouve très à l’écoute, pédagogues, curieux de nos parcours respectifs à nous autres adultes et candidats à la reconversion professionnelle et soucieux de nous apprendre vite et bien. Bien parce que c’est leur mission et vite parce que le temps nous est compté, nous avons deux ans de programme à assimiler en neuf mois. J’espère donc que cette fayoterie règlementaire m’apportera prochainement de bonnes notes.

Pôle, j’en conviens. Je t’ai quitté un peu fâché. Je ne t’ai pas vraiment quitté puisqu’on en parle, je fais toujours partie de tes disciples mais j’ai changé d’échelon. Je t’ai quitté un peu fâché mais rassure-toi, ou assures-t-en, je le suis toujours. Enfin non ce n’est pas vraiment que je sois fâché et puis ce n’est pas vraiment pour moi, disons que je fais partie d’un tout, un tout pour lequel j’apporte ma maigre contribution. Je ne te suis pas, nous ne te suivons plus, personne ne te suit et tu nous le rends bien. Quelques médias ont évoqué mon cas, des radios, de la presse écrite, ce qui fait que mes profs ou certains de mes copains de classe petits et grands ont eu connaissance de ma relation avec toi. Tous savent l’impossibilité de notre amour, ils connaissent mon côté taquin et tes aptitudes à ne rien faire. Mais aucun d’entre nous, non, personne, ne pourra remettre en question ton sens de la fête, tes qualités d’ambianceur sur le marché du travail. Envisager de contrôler davantage tes abonnés pour éviter des « abus » grâce à des inspecteurs recrutés ou non à cet effet sans prendre la peine de te remettre toi-même en question, toi, tes équipes, tes agences, tes bureaux, tes ordinateurs, tes conseillères, tes conseillers… Réfléchir à des indemnisations à la baisse ou sur des durées moins longues, Pôle, une fois encore ton ramage nous déplumera tous. Mais je te l’ai dit et répété, je ne te jette pas la pierre Pôle. Ces décisions qui viennent de si haut tu les prends toi aussi sur le coin du museau quand elles redescendent et tentent d’atterrir sur un terrain, non pas hostile, mais impraticable. Tu dois faire face aux chômeurs mécontents, ceux qui pleurent, ceux qui râlent, ceux qui gueulent, ceux qui font des blogs. Parfois je te plains, pas longtemps. Ton incompétence et ton manque de moyens sont une sorte d’immunité faisant qu’on ne doit pas te tirer dessus, toi qui n’es pourtant pas une ambulance. Pardonne-moi Pôle, mais c’est un peu facile. Tu ne serais pas fautif, j’estime ne pas l’être non plus alors si ce n’est toi, est-ce donc mon frère de chômage ? Celui ou celle qui comme moi a un projet, une envie ou tout simplement une question à laquelle toi seul peut en théorie répondre ? Nous autres ne sommes que des petites gens dont les revendications et mécontentements sont rapidement transformées en bavardages de comptoir. Lorsque nous évoquons le décalage entre la réalité du terrain et les décisions politiques, la seule réponse venant d’en haut est un projet de renforcement des contrôles nous concernant. Radier les fraudeurs enverra une image d’autorité au peuple pour le rendre docile, les chômeurs délinquants décapités sur la place publique contribueront à l’inversion de cette fameuse courbe. Tu en veux du bavardage de comptoir Pôle, en voilà. Après tout cela, il paraitrait que je doive m’estimer heureux de mon cas personnel qui, il est vrai, a connu une fin plutôt heureuse. C’est une de tes conseillères qui m’a dit ça, par mail, sous couvert d’anonymat. Sans doute n’avait-elle pas imaginé que je pouvais savoir d’où viennent les messages que je reçois. Pour elle je suis une honte pour tous les chômeurs, une sorte de profiteur ou je ne sais quoi, un petit impertinent qui ne se rend pas compte de la chance qu’il a de pouvoir te connaître toi, Pôle. Elle t’est dévouée corps et âme, prends soin d’elle, tu vas avoir besoin d’alliés.

Voilà Pôle, je voulais te donner ces quelques nouvelles en ayant une pensée pour ton personnel lui-aussi composé de petites gens parfois navrées de ne pouvoir faire son travail correctement. Je n’ai par contre rien à dire aux autres, ceux qui se foutent bien de savoir pourquoi nous sommes là face à eux, de ce dont nous avons besoin, quels sont nos questionnements et nos difficultés. A ceux-là j’ai pourtant tellement à dire mais j’ai déjà passé 300 jours à le faire. Je vais désormais retourner à mon fouet, ma maryse, mes cul-de-poule sans oublier de te déclarer ma situation à la fin du mois et ainsi de suite jusqu’au passage de mon examen en juin 2015. Bientôt je serais en stage chez un artisan, cette période où tu me désignais comme de la main d’oeuvre gratuite en faisant mine de vouloir me protéger. Je te rends la monnaie.

Cordialement.