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266ème jour: mon courage, à demain

Demain est un autre jour. Et il se trouve que c’est le jour que j’attends.

Je ne peux pas dire qu’il s’agisse du Jour J. Réservons cette appellation pour le jour où je ferais ma rentrée des classes. Pourtant demain est un jour d’une importance capitale pour le reste de ma reconversion professionnelle, je pense que pour l’occasion l’alphabet pourrait me faire une faveur. Car demain, je suis convoqué à une réunion d’information collective aux airs d’entretien d’embauche ayant pour thème le CAP Pâtissier. J’ai donc profité d’aujourd’hui pour préparer demain et dans cet ordre s’il vous plait, je demande déjà un service à l’alphabet, je vais attendre un peu pour négocier avec le calendrier. Aujourd’hui j’ai retrouvé les sensations de mes premières candidatures, la lettre de motivation, le CV, la préparation à un entretien, l’anticipation des questions qui pourraient m’être posées, l’explication détaillée de mon projet, le pourquoi, le comment. La totale. En réalité, je ne connais absolument pas le programme de la journée de demain, pas plus que je ne sais qui je vais rencontrer. Je me contente de savoir que ma présence est obligatoire et que la réunion se déroulera dans le centre de formation d’apprentis qui m’ouvrira ses portes dans quelques semaines. Enfin, si tout va bien. Qu’il me les ouvre demain dans un premier temps, j’en serais déjà ravi.

Face à l’excitation de ce rendez-vous, un problème. Non, rien à voir avec Pôle, ne me poussez pas sur ce terrain-là. Un problème plus intérieur, plus pesant encore qu’un monologue face à un conseiller dudit Pôle, le genre de problème dont on ne se débarrasse pas toujours facilement, un problème qui pourrait même être contagieux: un rhume, un vrai.

Selon vous, entre 265 jours chez Pôle et un bon rhume la veille d’un entretien décisif, mon coeur balance-t-il ? Ne réfléchissez pas, aucun piège. Même le nez rouge, demain je serais au meilleur de ma forme.

263ème jour: oublier d’oublier

A croire que je ne peux me passer de toi.

Pôle, tu as du avoir les oreilles qui ont sifflé ces jours-ci. Une fois n’est pas coutume, ce n’était pas à cause des airs entonnés par ton collègue du bureau d’à coté, tout heureux d’être là sans trop savoir ce qu’il y fait ni ce qu’il a à y faire. La gêne auditive que tu as pu ressentir, j’en étais la cause, moi qui parle de toi avec une tendresse assez personnelle sans que l’on ait besoin de me donner trop d’élan. Parfois je t’envie. Cette facilité que tu as à ne pas t’attacher, à ne pas t’impliquer, à tout oublier ou encore à faire comme si de rien n’était, cette attitude que certains pourraient qualifier de distante et nécessaire, mieux vaut que tu ne saches pas comment moi je l’appelle. Alors non, ces jours-ci je n’ai pas besoin de toi, ni de ce feu vert dont tu peines à trouver le bouton, ni de tes signatures et pas plus de tes conseillères et conseillers au demeurant sympathiques sans doute mais dont l’efficacité n’a été démontré que dans un nombre limité de cas. Un seul, pour être précis. Et c’est bien parce que je n’ai pas besoin de toi dans l’immédiat que j’ai eu le temps de repenser à tout ça, à nous deux. Enfin à nous huit ou neuf, si je compte tous le membres de ton équipe qu’il m’a été offert de rencontrer. Je croise tout un tas de gens avec qui je parle de l’aventure de ma reconversion professionnelle. Tu seras ravi d’apprendre que très vite la conversation s’oriente sur toi et que, quelque soit mon interlocuteur, il a un souvenir de toi, impérissable évidemment. Tu as laissé un petit quelque chose dans l’existence de chacun d’entre nous et cela personne ne pourra jamais te le reprocher. Sauf peut-être, chacun d’entre nous.

Mardi prochain, dans quatre jours, ce n’est pas chez toi que je me rendrai. J’irai au centre de formation de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat pour peut-être officialiser d’une certaine façon notre séparation, tout au moins lancer la procédure. Je sais que tu vas t’accrocher et que tu seras toujours là tout au long de ma formation mais je ne cèderai pas.  A quoi bon t’accrocher d’ailleurs, tu n’as jamais su ne serait-ce que mon prénom et nous sommes tellement nombreux à t’attendre que tu as du nous donner des numéros pour tenter, et je dis bien tenter, de ne pas t’y perdre.

Pôle ?

235ème jour: non

Non, Pôle. Non.

Je ne me présenterai pas à ce rendez-vous que tu me proposes le 24 septembre prochain. Je ne me présenterai pas à ce rendez-vous dans ton intérêt, dans celui également de la conseillère que tu m’as gracieusement alloué, quoique je ne sois pas persuadé du titre gracieux de cette délicate attention. Tu sais Pôle, il est préférable pour toi que ce rendez-vous n’ait pas lieu, qu’il n’existe jamais. Pour une raison simple, s’il ne fallait en retenir qu’une. La voici: à cette date, si tu as bien travaillé, je serais l’heureux élève d’une classe de CAP Pâtissier, point d’honneur de ma reconversion professionnelle. Le 24 septembre prochain, si toi, ta bande de conseillers et moi en sommes encore à parler « suivi personnalisé de projet professionnel », je serais dans l’obligation d’oublier mes bonnes manières.

Pôle, il me semble t’avoir déjà demandé de ne pas laisser tes ordinateurs sans surveillance. A la moindre occasion, tes machines s’empressent de m’envoyer ces courriers formatés dont elles ont le secret, ce genre de torchon qui potentiellement peut mettre en danger l’intégrité physique du ou de la conseillère dont le nom figure en introduction. Je te l’avoue sincèrement, je préfère de loin le regard vide de tes collaborateurs aux travaux binaires et autonomes de ta machinerie informatique.

Moi qui m’imaginais que tu m’apportais une bonne nouvelle, une avancée, même un pas, un seul. Tu vois comme je suis naïf sous mes grands airs. Ma semaine de vacances était jusqu’alors des plus agréables. Tu as ce don pour tout gâcher.