Dépasser les bornes

On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Avec des poubelles, si. J’en ai désormais la preuve s’il en fallait une.

Ce matin, j’ai écrit une lettre. Pour les plus jeunes, écrire une lettre c’est comme faire un blog sauf qu’on imprime sur du papier. Naguère cela se faisait même avec de l’encre sortie d’une plume ou d’un stylo mais là n’est pas le sujet. Donc ce matin, j’ai « écrit » une lettre. Elle s’adresse au chef de service de la collecte des déchets du Grand Périgueux. Dans cette correspondance, que je proposerais à la consultation de tous une fois que le destinataire l’aura reçu, je demande l’installation d’équipements type brise-vue tout autour des poubelles de mon jardin ainsi qu’un aménagement paysager pour tenter d’intégrer ce nouveau matériel à l’environnement alentour. Comme je le précise dans le courrier, cela ne règlera sans doute que peu de nuisances mais à défaut de pouvoir faire mieux, on va déjà tenter de faire moins pire. Par la suite, j’en profite pour rappeler quelques sujets qui me tiennent à coeur et directement liés aux poubelles, à savoir la sécurité, l’hygiène et l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. J’aimerais savoir ce qui a été prévu dans le cahier des charges pour répondre à ces problématiques essentielles. J’invite donc le chef de service à me contacter lorsqu’il aura pris connaissance de mon courrier de manière à ce que nous convenions d’un rendez-vous pour valider ces travaux. Je lui propose même de faire le voyage avec son élu référent, Monsieur Protano, qui préfèrera peut-être un rapide café plutôt qu’un goûter (cf les épisodes précédents). Et bien évidemment, je termine en lui adressant mes sincères salutations.

Mais ce matin je n’ai pas fait qu’écrire. J’ai aussi lu. J’ai lu un article paru dans Dordogne Libre au sujet… bah des poubelles! Vous suivez ou non ? Un article qui fait même la une d’ailleurs et pour lequel j’ai été sollicité. Comme j’aime bien aller au bout des démarches entreprises, j’ai créé un petit groupe convivial sur Facebook intitulé « La Poubelle du Monde » (tous droits réservés à Luis Mariano… vous l’avez ?) dans lequel chacun vient partager ces photos de poubelles. L’article de Dordogne Libre traite de ce groupe et des diverses réactions des riverains et autres usagers des poubelles enterrées et semi-enterrées et c’est du propre. Enfin non mais on s’est compris. Dans cet article, il est grandement question des incivilités, des porcs, plus communément appelés ici « les cons » par respect pour la cause animale et pour lesdits porcs qui n’ont rien demandé dans cette sombre affaire. Je peux bien l’avouer maintenant, ces derniers temps j’ai moi aussi mis les cons et leurs saloperies en avant pour voir comment répondraient les élus. Je voulais voir s’ils allaient s’emparer du sujet sous cet angle pour se cacher derrière. Cela n’a pas manqué… Alors oui, enfin plutôt non, on ne peut pas penser que cet aspect là du sujet n’est pas un problème. Mais non, encore non, messieurs les élus du Grand Périgueux en charge de la question des déchets, vous ne pouvez pas vous cacher derrière les cons. Et vous le savez! Vous le savez si bien que parfois même cela vous échappe. Voici donc ce que déclare M. Protano dans l’article paru ce matin: « une borne ça se construit rapidement, alors qu’un camion, c’est plus long à être livré. On est en manque de camions, et les tracés de collecte changent chaque semaine puisqu’il y a de nouvelles bornes chaque semaine. » Monsieur Protano est-il conscient qu’il tient là des propos publics qui vont être publiés dans un quotidien local ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup que je tente d’expliquer pourquoi ces propos ne devraient pas avoir à être prononcés par lui ou un autre ? Je ne résiste pas à ce plaisir, d’autant que l’analyse est simple. Basique. Il faut tout d’abord tenter d’éviter les mots qui fâchent comme « incompétence » ou même « précipitation » car après tout les élus occupent a priori des fonctions à haute responsabilité qui leur imposent tout un tas de trucs dont on n’a pas idée et c’est peut-être ça le problème d’ailleurs mais qu’importe, j’ai dit que j’évitais les mots qui fâchent. Monsieur Protano, oui encore moi et encore vous, que voulez-vous que je vous dise, les poubelles de mon jardin me renvoient sans cesse vers vous. Monsieur Protano prenons ensemble une grande respiration, pas trop près des poubelles cependant, cela gâcherait l’effet. Ne pensez-vous pas qu’avant d’envisager d’installer « de nouvelles bornes chaque semaine » il aurait été préférable de savoir de combien de camions vous disposiez pour la collecte ? Etait-il vraiment inconcevable avec vos collègues de s’asseoir autour d’une table au-dessus d’une carte des territoires du Grand Périgueux, d’envisager les emplacements des poubelles, de définir ainsi les tournées et donc par la même occasion le nombre de camions nécessaires pour une collecte optimale ? Bien sûr il y aurait eu des choses à rectifier après la mise en pratique comme par exemple la fréquence de passage dans tel ou tel secteur ou encore l’ajout d’une borne supplémentaire face à une densité de population sous-estimée, mais au moins les choses auraient été faites dans l’ordre. Monsieur Protano je vous vois pester en découvrant ces mots, si tant est qu’un jour vous les découvriez. Je vous vois pester car vous avez envie de me dire que c’est exactement comme cela que vous avez travaillé sur le sujet. Et d’ailleurs je n’en doute pas. Mais vous avez tout de même commis une erreur qui crée les mécontentements aujourd’hui. Pourquoi avoir mis la priorité sur le déploiement des poubelles alors que vous n’aviez pas suffisamment de camions pour assurer la collecte ? Pourquoi cette sensation d’urgence ? Pour répondre à quel besoin puisque une collecte adéquate ne pouvait être assurée ? Pourquoi ne pouvait-on pas attendre que les camions soient livrés et les tournées bien définies avant d’installer les poubelles ? Dernière question en guise de synthèse, pourquoi n’avez-vous pas opté pour faire les choses dans l’ordre ? Monsieur Protano, vous n’êtes pas responsable des incivilités des usagers et celles-ci sont inacceptables. Mais elles sont bien souvent la conséquence d’une mise en oeuvre désordonnée et vous êtes l’élu en charge de la cause du problème. Il est temps que chacun sache à quoi s’en tenir. Vous évoquez la sanction pour les contrevenants et je trouve cela tout à fait justifié. Pour accorder un crédit indiscutable à votre propos, il vous faudra vous aussi être indiscutable.

Une réflexion au sujet de « Dépasser les bornes »

  1. Cet article est très bien rédigé et reflète bien le problème, bravo à vous pour cette belle initiative auprès des élus !
    Affaire à suivre …

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