Réunion de chantier

Le progrès est arrivé jusque dans ma campagne. Et s’agissant d’une campagne, il est arrivé avec ses gros sabots.

Tout a commencé le jour où le responsable des services techniques de la commune, Champcevinel pour ne pas la citer, est venu me voir tout souriant pour me dire: « Ah tiens, je voulais te prévenir que l’on va installer des poubelles enterrées du côté de chez toi. T’inquiète pas, c’est au bout de ton jardin, loin de ta maison, ça ne gênera pas. » Voici donc le progrès que j’évoquais, les poubelles enterrées. Présentées de cette façon, je n’avais en effet aucune raison de m’inquiéter. Puis en rentrant chez moi, je me suis alors demandé de quel « bout » de mon jardin, qui en compte au moins deux jusqu’à preuve du contraire, il s’agissait. Un jour, les travaux ont débuté. Et là, j’ai su.

Oui j’ai su. J’ai su notamment qu’il y allait avoir rapidement matière à gérer des problèmes, à mettre en évidence des choses élémentaires auxquels les braves décideurs n’avaient visiblement pas pris le temps de penser. Ainsi, le chantier débuta un beau matin par un trou béant creusé contre ma clôture, en bordure de mon jardin, non pas à quelques mètres mais à quelques centimètres de mon jardin. Un endroit que ma famille et moi aimons particulièrement notamment parce qu’on y trouve un charmant bac à poisson plein de vie et de matière grise, ce qui n’est pas forcément le cas de l’autre côté du grillage. Au deuxième jour de chantier, en rentrant chez moi je m’arrête près du fameux trou et des ouvriers de la société Eurovia en charge de ce que j’appellerai, pour faire simple, un véritable merdier.

– « Bonjour. Qu’est-ce que vous creusez ici exactement ? »

-« On creuse pour installer des poubelles enterrées »

-« Comment se fait-il que je ne sois pas informé alors que vous êtes clairement collés à ma clôture « ?

-« Ah nous Monsieur, on fait ce qu’on nous dit ».

Voilà une réponse qu’elle est bonne. « On fait ce qu’on nous dit ». Aurait-il eu la même discipline si on lui avait demandé de creuser ce trou à mains nues ? Nous ne le saurons jamais. Le lendemain, on frappe à la porte. C’est Madame qui ouvre. Il se trouve que nos nouveaux meilleurs amis viennent de détruire en partie ma clôture. Quand je dis que le chantier est dans mon jardin, je suis on ne peut plus dans le vrai avec cet épisode. Je m’approche. Plein de compassion et de bonnes intentions comme on peut l’imaginer, d’autant que personne n’avait encore daigné venir m’expliquer ce qui se tramait par ici. Je constate les dégâts. Sont présents les ouvriers, un conseiller municipal de Champcevinel que je connais depuis toujours ou presque (mais qui ne me reconnait pas visiblement, ce sera drôle un peu plus tard) et deux « représentants » du Grand Périgueux dont j’ignore encore le nom et la fonction. Passées les formules de politesse, j’entame la présumée joute en demandant ce qu’est ce chantier pour lequel je ne suis pas informé et qui vient de me coûter un bout de ma clôture.

-« Ah mais si, vous êtes au courant, le responsable des services techniques m’a dit qu’il vous avait informé ».

Alors oui. Mais non. Personne, et surtout pas ce responsable des services techniques, ne m’a expliqué la nature de ce chantier, son ampleur et encore moins son emplacement exact. Le sujet a été évoqué à la va-vite, presque pris à la légère, rien ne laissant présager que j’allais voir débouler des grues aux allures de grand-roue, des camions et tracto-pelles en tout genre. J’apprends alors qu’il était prévu que l’on vienne me voir et que l’on me demande si cela me posait un problème. Qu’on me demande si cela me posait un problème ?! Rien. Que dalle. Et maintenant que le trou est fait, dans le sol et dans ma clôture, on fait quoi ? Je ne manque pas de préciser au conseiller municipal qu’un courrier officiel, une information écrite en tout cas, aurait été la bienvenue. La courtoisie, la politesse, la pédagogie, peut-être même la bienveillance, tout ça quoi… Face à tout cela j’hausse le ton, tout en restant courtois, poli, pédagogue, peut-être même bienveillant. Puisque je n’ai reçu aucune information officielle, puisque le protocole n’a pas été suivi dans la mesure où personne ne m’a demandé mon avis, je décrète sur le champ que je ne sais absolument pas ce qui est en train de se passer, que j’ignore quel est ce joyeux bordel qui vient d’ouvrir un accès direct à mon jardin. A cet instant, le conseiller municipal, courageux, tient la barre. Il défend son affaire, ne baisse pas le regard et reste empli d’une certain conviction. Les représentants du Grand Périgueux eux, regardent leurs chaussures, en parfait état soit dit en passant. Je sens tout de même en les regardant se dandiner qu’ils auraient préféré être en baskets de manière à pouvoir partir en courant. Cloués dans les starting block, ils ne me regardent pas quand je parle, murmurent presque quand je pose des questions et laissent le conseiller municipal seul au combat, ne profitant pas de leur supériorité numérique. Mettons ça sur le compte du fair-play. Je décide alors de rappeler au valeureux conseiller municipal que nous nous connaissons, je suis par exemple ami avec ses enfants et accessoirement, il a célébré mon mariage aux côtés de Monsieur le Maire. Face à cette nouvelle, il s’est à la fois détendu et inquiété.

-« Oh putain c’est toi… Je t’avais pas reconnu et je savais pas que tu habitais là! Si j’avais su que c’était toi je serais venu moi-même te dire pour les travaux ».

Peut-être. Je ne remets pas ça en cause. Cela dit, comme il vient de me préciser que ce chantier se tenait certes contre ma clôture mais sur la voie publique, je lui ai signalé que désormais j’arrêtais de tondre à cet endroit. Il me répond que je n’ai pas à tondre ici, que c’est aux employés municipaux de le faire et que s’ils ne le font pas il faut que je vienne me plaindre à la mairie. Il a même été jusqu’à s’engager, oui s’engager, en m’informant que j’allais recevoir un courrier de sa part m’indiquant que la commune via son équipe technique viendra tondre et couper la haie dépassant du grillage. A ce jour, toujours aucun courrier. Peut-être a-t-il perdu mon adresse.

Mais tout cela n’est presque rien à côté de l’utilisation que les gens font de ces poubelles enterrées.

 

Une réflexion au sujet de « Réunion de chantier »

  1. Idem pour un ami à moi à coursac…Il a pu négocier l’installation de claustras et du produit dans les containers pour les odeurs… Bref une belle plus value…

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