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209ème jour: c’est pas moi

Les chiffres du chômage en France sont encore en hausse. Je crois que tout ça est de ma faute.

Ces derniers jours, autant le dire, j’ai fait profil bas. Pas fier. Les chiffres du chômage ont encore augmenté, oui encore, et je commence à croire que je n’y suis pas pour rien. Avouez que la coïncidence est tout de même flagrante. Le chômage est toujours trop élevé, c’est certain, mais depuis que je tiens ce blog il n’a de cesse d’augmenter chaque mois. Sans m’en apercevoir, ne serais-je pas devenu le porte-drapeau d’une population qui trouve soudain cool de ne plus travailler, d’être citée sous forme de pourcentage en chiffres arabes au journal du petit matin, du midi, du soir, une quantité non négligeable d’apprentis timbrés qui souhaitent ardemment se reconvertir dans le rien ? Voire même dans le blog. Je n’ose d’ailleurs pas regarder si le nombre d’écrivains électroniques en herbe est en hausse sur la toile, la superposition parfaite des deux courbes ne ferait que confirmer ma culpabilité. D’une certaine façon j’ai mis des gens à la porte sans être leur patron et  j’ai rendu la rupture conventionnelle de contrat aussi réjouissante que la rédaction d’une lettre au père noël. Il y a désormais ceux qui ont lu tous mes billets et qui ne font plus que ça de leur temps et ceux qui ont lu en travers la moitié d’un paragraphe et qui ont retenu qu’en 2014 pour être dans le coup il fallait claquer la porte de son bureau. Merde. Le chômage en hausse, c’est moi, Yohan Grangier, 31 ans, bla bla bla. Mais ce n’est pas ma faute ! Enfin si sûrement, disons que c’est ce qu’on en dira le jour de mon jugement, mais mon intention était toute autre. Je pensais être une sorte de témoin de la reconversion professionnelle à l’ère de la crise économique, un porteur d’espoir, un champion du monde de la débrouille, un audacieux… un pâtissier. Et me voilà ennemi politico-éconimique n°1. Ou en passe de le devenir, car bien évidemment, au bout d’un moment, ils vont comprendre. Eux. Eux qui font les chiffres, eux qui font le chômage, eux qui font les discours, eux qui montrent du doigt alors que c’est malpoli. Ils finiront par me trouver.

Allez, je plaisante. Je sais bien que vous n’avez pas besoin de moi pour tirer au flanc. C’est honteux de vouloir me faire porter le chapeau. Je préfère la toque.

204ème jour: vous n’avez pas de message

Vous vous souvenez de Madame Machin de la Chambre des Métiers. Mais si, Madame Machin c’est comme ça que le dernier conseiller de Pôle que j’ai rencontré a rebaptisé, avec de la délicatesse plein les yeux et de l’amour dans la voix, la personne qui suit mon épopée à ladite Chambre des Métiers. Cette dernière, qui elle n’a pas de « conseillère » que le titre, je l’ai contacté aujourd’hui. Je voulais savoir si elle avait reçu de la part de Pôle les informations qu’elle attendait à mon sujet. Ca y est, ça vous revient ? Je m’étais déplacé chez Pôle lundi dernier pour lui demander si dans sa grande bonté et en fonction de son emploi du temps que j’espère à son goût il pourrait avoir l’amabilité de transmettre à la Chambre des Métiers quelques informations de mon dossier. Rien de plus que mes coordonnées et ma situation actuelle. Non, rien de plus. Soudain, je sens que vous me voyez venir. Alors oui, enfin plutôt non, après huit jours ni Pôle ni personne d’autre n’a trouvé le temps d’envoyer ce fameux mail, cet envoi de caractères au format binaire transféré par l’internet qui aurait parfaitement rempli son rôle même en style télégraphique n’aura donc pas trouvé son expéditeur. Personne. Personne y compris dans la demi-douzaine de conseillers que j’ai déjà rencontré, à raison d’un par mois en moyenne depuis décembre dernier. C’est regrettable. Surtout pour moi. C’est regrettable mais je pense tenir une explication a priori taquine mais somme toute absolument plausible. Je sais de source sûre, puisque interne, que Pôle envoie son courrier postal en tarif lent. Il est maintenant clair que la même politique, interne toujours, s’applique au courrier électronique.

Il y a tout de même du drôle dans tout cela. En me répondant qu’elle n’avait reçu ni mail, ni courrier traditionnel, ni morse, ni pigeon voyageur, bref rien, ma conseillère de la Chambre des Métiers me demande s’il s’agit de la personne qui l’a rebaptisé « Madame Machin » qui doit lui envoyer les informations attendues. Elle précise entre parenthèses que l’une de ses collègues lit ce blog, ceci expliquant cela. Voici comment elle fut informée de son nouveau sobriquet.

Finalement, j’alimente les conversations chez Pôle comme à la Chambre des Métiers, des journalistes en tout genre me contactent pour parler de mon parcours, j’ai sans cesse de nouveaux contacts, je mets des personnes en relation… Je me demande si finalement je ne suis pas fait uniquement pour la communication. Comment appelle-t-on un reconverti qui après sa reconversion décide de se re-reconvertir pour revenir à la case départ ? Un déconverti ?

200ème jour: les jours les plus longs

Il y a 200 jours, je quittai mon travail. La scène avait lieu dans des conditions que chacun est libre d’interpréter, j’ai préféré pour ma part laisser ce sujet épineux avec ses épines.

En 200 jours, j’ai fermé la porte de mon bureau, passé la porte de la dernière entreprise en date qui m’a signé un CDI, opté pour l’aventure de la reconversion professionnelle avec l’objectif de devenir pâtissier, j’ai retrouvé Pôle, rencontré un conseiller, puis un deuxième, un troisième et ainsi de suite jusqu’à six, peut-être sept, je n’en suis plus sûr moi-même, j’ai pris attache avec la Chambre des Métiers pour savoir comment devenir pâtissier, avec des pâtissiers grandeur nature pour découvrir le métier à leurs côtés, je me suis imaginé élève dans une classe de CAP, j’ai semé quelques idées pour faire germer un projet, j’ai trié, organisé mais aussi bien évidemment j’ai pesé, crémé, sucré, fariné, j’ai fait comme si pour m’y croire, j’ai patienté du mieux que j’ai pu, j’ai fait des courriers, passé des coups de fil, j’ai fait le papa, le beau-papa, le mari, j’ai rencontré des journalistes à qui j’ai raconté ce que je nomme modestement mon périple, je me suis imaginé chef d’entreprise et j’y pense depuis chaque matin en ne me rasant pas, j’ai transformé la gourmandise en #Gourmandièse, j’ai trouvé un camion, un restaurateur prêt à m’aider, de parfaits inconnus également prêts à m’aider y compris financièrement pour certains d’entre eux, j’ai fait des gâteaux, beaucoup, j’en ai mangé au moins autant, j’ai tenté de résister à la démotivation ambiante, à la ritournelle sur la crise et le chômage, j’ai dit même pas peur, j’ai dit je m’en fous, j’ai dit je vais le faire pour finir par je vais y arriver, j’ai pointé tous les mois, j’ai attendu Pôle, encore et encore, mais j’ai rapidement compris qu’il ne fallait rien attendre ni de lui ni de personne, j’ai fait des choix et il en reste à faire, j’ai suivi les étapes, j’ai fait comme on m’a dit quand j’ai eu confiance, j’ai fait à ma manière dans tous les autres cas, j’ai partagé cette expérience quand elle pouvait aider, j’ai parlé de moi comme à mon habitude avec un plaisir qui n’a d’autre nom que le mien, je suis passé de Yohan Grangier à Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel, j’ai décidé que l’appellation ne changerait pas après mon prochain anniversaire, j’ai acheté des fouets, des emporte-pièces, des grilles, des moules, des spatules, des oeufs, de la farine, du beurre, du sucre, j’ai gardé toutes mes convictions quant à mon avenir pâtissier, je suis resté attentif à tous les avis, tous les commentaires, toutes les questions, j’ai fait le tri pour optimiser mon énergie, j’ai mis un point d’honneur à suivre au gramme près la recette de la réussite et enfin j’ai accessoirement délivré la plus longue phrase de l’histoire des blogs.

Tout ça et bien plus encore, en 200 jours. Pas un de plus.