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198ème jour: la même longueur d’onde

Ce matin j’ai passé une radio. Rien de grave, c’était une radio locale.

La semaine dernière, un journaliste de l’antenne locale d’une radio nationale m’a appelé pour une interview. J’ai refusé. Je déteste raconter ma vie à tout le monde et je tiens à garder pour moi mon aventure de reconversion professionnelle. Un peu d’intimité que diable ! Pourquoi pas un blog pendant qu’on y est ? J’ai donc dit au journaliste que l’on pouvait caler l’interview mercredi prochain puisqu’il le proposait, à savoir aujourd’hui. Puisque c’était la semaine dernière. Ce fut court, matinal, en direct, et je parle toujours de l’interview. On a parlé reconversion professionnelle, camion, #Gourmandièse, pâtisserie, CAP, le pain quotidien en somme. C’est toujours un plaisir de parler de tout ça, et de parler de moi surtout dans la mesure où il s’agit là de mon sujet préféré et que par ailleurs je le connais par coeur.

Dans l’après-midi, j’ai adressé un mail à la personne qui s’occupe de moi à la Chambre des Métiers. Vous savez, celle que le conseiller de Pôle que j’ai vu lundi a rebaptisé « Madame Machin ». Dans ce message, j’ai justement tenté de lui expliquer comment s’était passé ce nouvel épisode chez Pôle. Mon mauvais esprit aidant, j’ai pensé qu’elle ne recevrait jamais le mail que j’ai quémandé au conseiller. Comme je compte bien être invité à la réunion d’information collective concernant le CAP Pâtissier et que celle-ci semble passer notamment par ce fameux mail, je préfère montrer patte blanche, voire même pâte blanche si j’osais croire que vous comprendrez ce jeu de mot magistral. Après cette correspondance, je suis allé au restaurant déposer mes petits gâteaux du jour. C’est toujours un réel plaisir de discuter avec le chef et son épouse qui ont l’air de prendre un véritable plaisir à parler de mon projet. Ils discutent avec les clients, les sensibilisent à mon aventure, prennent des informations pour que je puisse rester en contact avec les personnes qui décident de participer. Et tout cela en plus de leur travail quotidien en salle comme en cuisine. Après merci, on dit quoi ?

Dans ce genre d’atmosphère, dans ce climat de convivialité, d’entraide et d’échanges, je dirais que la reconversion professionnelle est un petit pas pour l’homme mais un bond de géant pour l’humanité. Tout cela me donne envie de décrocher la lune.

196ème jour: au bon vieux temps

C’est en revenant près de lui que je me suis aperçu combien il m’avait manqué. Ce matin, je suis allé voir Pôle. Je savais où le trouver, il n’avait pas l’air de m’attendre mais il était là. A l’accueil, j’explique à l’hôtesse que je viens pour que Pôle m’envoie un mail. Il est vrai qu’au premier abord le motif de ma venue semble un peu curieux et pourrait passer pour un prétexte, l’alibi de celui qui se languissait et qui saute sur la première idée venue pour faire, ou refaire, le premier pas. Pourtant non, ma demande est légitime, tout à fait fondée et repose sur une préconisation de la Chambre des Métiers, mon futur centre de formation. Pour que je sois « officiellement » dans la base de données des postulants au CAP Pâtissier, il est nécessaire que Pôle adresse un mail à la Chambre des Métiers contenant les informations générales me concernant, à savoir identité, âge, adresse et métier envisagé. Rien de bien particulier, une simple formalité pour mon esprit utopique. Après avoir particulièrement bien tenu le rôle de l’interlocutrice attentive qui prend des notes tout en m’écoutant, l’hôtesse d’accueil finit par se trahir.

– L’hôtesse :  Bon, vous expliquerez tout ça au conseiller qui va vous recevoir, là j’ai juste noter quelques mots pour qu’il ait quelque chose à lire.

– Moi : OK

Elle était souriante, plutôt agréable, elle m’informe en plus que l’attente ne sera pas longue car il n’y a personne avant moi, j’attends. Elle avait dit vrai, je suis appelé en moins de temps qu’il n’en faut pour signer une rupture conventionnelle de contrat. Le conseiller qui me reçoit fait partie de mon panel, j’ai déjà eu le plaisir d’un tête à tête avec lui, j’en garde un souvenir… dont je me souviens. Je lui évoque donc le pourquoi de ma venue. J’ai à peine fini mon accroche qu’il ponctue par un « Non! ». Le point d’exclamation n’était pas dans son ton mais dans ses yeux. Dans ses sourcils plus exactement. Selon ce conseiller expressif, la personne qui suit mon dossier à la Chambre des Métiers n’a absolument pas besoin que ni lui ni Pôle ne lui envoie le mail en question. Lui, il sait. Il sait mieux.

– Le conseiller: Ce dont a besoin la personne de la Chambre des Métiers, c’est d’une prescription pour le CAP Pâtissier.

– Moi : en fait pas exactement. Nous attendons justement que les prescriptions soient ouvertes depuis plusieurs jours, dans cette attente, la Chambre des Métiers a besoin de recevoir ce mail pour m’inscrire à une réunion d’information collective.

– Le conseiller: Non, c’est de la prescription dont elle veut sûrement parler. Et d’ailleurs elles sont ouvertes.

– Moi : Ah oui ?

– Le conseiller : Je me connecte.

Un ange passe, peut-être plutôt un démon, et voilà mon conseiller du jour qui lève les yeux de son ordinateur.

– Le conseiller: Ah non, les prescriptions ne sont pas ouvertes.

Ce qu’on appelle « prescription », c’est ce que moi j’appelle « inscription ». Appelons cela comme on veut, il s’agit du moment où je vais pouvoir m’inscrire au CAP. Grâce au conseiller, j’ai vécu des sensations fortes dès ce matin pour bien débuter la semaine. Il m’annonce de son ton assuré quelque peu prétentieux que les prescriptions sont ouvertes puis me fait redescendre brutalement sur ma chaise que j’avais cependant eu la présence d’esprit de ne pas quitter trop vite. Il savait sans doute ce qu’il disait, ou ce qu’il voulait dire, mais il était aussi agréable que moi en train de parler de lui. Il a fini en écrivant un mail à ma conseillère, cette fameuse mine d’informations personnelle qui m’est réservée, cette oasis dans le désert de Pôle, en un mot, ce mirage. Si j’ai bien compris la méthode, le conseiller a envoyé un mail à ma conseillère pour lui dire d’envoyer un mail à ma conseillère de la Chambre des Métiers. Vous l’avez ?

Lorsque je suis parti, en me raccompagnant à la porte, le conseiller m’a fait une sorte de synthèse de ce dont il tentait de me persuader, cet entretien mémorable que nous venions d’avoir. Il me précise que c’est désormais ma conseillère qui prendra le relais et que « Madame Machin de la Chambre des Métiers », dit-il, devrait recevoir le mail qu’elle attend.

Madame Machin appréciera.

191ème jour: être ou ne pas être

Cet après-midi, j’étais sous les feux des projecteurs de la presse locale. Bon, plus exactement, j’étais face à une journaliste du canard départemental venue avec son carnet et un appareil photo numérique. Et puis je n’étais pas seul, j’étais avec le chef dont je ne cesse de parler, et qui plus est dans son restaurant. Au menu du jour, le lancement de l’opération de soutien au projet #Gourmandièse, coup de pouce magistral initié par le chef. Demain, les clients du soir pourront déguster en fin de repas trois gourmandises que j’aurais concocté, prendront connaissance de ce qu’est #Gourmandièse et auront la possibilité de participer à l’aventure. Superbe vitrine pour le projet et par la même occasion, excellente épreuve de travaux pratiques pour moi.

Mais cette entrevue m’a aussi permis de rappeler quelques détails qui n’en sont pas, à commencer par exemple par le fait que je ne suis pas pâtissier. Je souhaite l’être, le devenir, si vous ne l’avez pas encore compris je me demande bien ce que vous faites ici, mais je ne le suis pas. Je ne revendique rien d’autre qu’une motivation grandissante pour mener à bien un projet de reconversion professionnelle. Je ne suis pas un génie de la pâtisserie qui sort soudain de son laboratoire, pas plus qu’un autodidacte surdoué, je suis simplement un type qui a un projet de vie professionnelle, des idées, des convictions et une sérieuse envie de se donner les moyens de ses ambitions. Et accessoirement, un type qui a tout à apprendre. Comme je l’ai déjà écrit ici, que je veuille être pâtissier n’intéresse personne et à juste titre. C’est plutôt ma démarche qui interpelle, qui intéresse, qui fait de vous une bande de fidèles de mes aventures. Bon, il y a aussi le fait que je suis quand même vachement sympa, ce n’est pas rien.

Au fait, en 2014, a-t-on encore le droit de vouloir faire ce que l’on aime ? A-t-on le droit de choisir? Vas-y toi, le lycéen, révise ce sujet philosophique des temps qui courent.