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Détour aux sources

Moi qui pensais avoir réussi à me détacher de toi. Tel épris qui croyait prendre…

Ce matin, Pôle, je revenais gratter à ta porte tel un amant déchu persuadé d’avoir trouvé son souffle au travers d’une âme sœur qui ne daigne lui adresser ne serait-ce qu’un regard. Inconsciemment, ou con tout court, peut-être étais-je en train de vouloir revivre nos premières amours. Oui Pôle, ce matin, je suis venu me réinscrire. Chez toi. Dans cette agence qui a fait de toi et moi un Nous. Mais pourquoi me diras-tu? Pourquoi m’infliger une telle épreuve si notre amour ne peut exister? La réponse est dans tes procédures. Jusqu’ici tu m’avais caché, tu avais pris grand soin qu’on ne me remarque pas parmi tous tes chômeurs de plus ou moins longue durée. C’est simple, je n’existais pas. Ce matin, j’avais décidé de m’affirmer et d’exiger un respect à la hauteur de mon rang. Celui de chômeur donc, de plus ou moins longue durée. Ma formation en CAP Pâtissier s’est achevée il y a quelques jours, cette étape de neuf mois pendant laquelle j’ai tenté de t’oublier. Mais rassure-toi Pôle, je ne compte pas rester, en tout cas pas longtemps. Le temps cependant de prendre tout ce que je peux dans la mesure de ce qui peut me revenir grâce à tes protocoles. Par exemple, la prise en charge du Stage Préalable à l’Installation (SPI), ce stage obligatoire pour tout artisan voulant s’installer. Tu m’avais dit que je pourrais y prétendre une fois ma formation terminée, c’est désormais le cas, me voilà. À l’accueil j’ai eu la chance de tomber sur ma conseillère préférée, car oui j’en ai une qui est ma préférée. Elle m’a remis tous les documents utiles pour cette fameuse prise en charge du SPI, elle a fait ça elle-même voyant que l’attente pour que je vois quelqu’un était… longue. C’est tout naturellement que j’ai à mon tour bondi sur cette énergie positive en me rendant sur le champ faire signer ces papiers à la Chambre des Métiers à quelques kilomètres de là, avant de revenir chez toi Pôle pour remettre lesdits papiers signés en bonne et due forme à ma conseillère préférée qui l’était toujours et qui était encore là. Le tout sur mon cheval blanc, évidemment.

Je suis de retour Pôle, nous sommes réunis pour le meilleur et tu connais la suite.

La cloche a sonné

Après 300 jours (et des poussières…) passés auprès de toi Pôle, il s’agissait pour moi de retourner à l’école. Mon aventure de reconversion professionnelle passant par l’obtention du CAP Pâtissier, je me retrouvais le cartable sur le dos, mallette d’ustensiles à la main, moi le jeune vieux parmi les jeunes jeunes. Ma re-scolarisation dura neuf mois et s’est terminée à 17h04 aujourd’hui par un cours de sciences appliquées.

En somme, une bonne gestation. J’espère désormais que le nouveau-né sera une fille, j’ai prévu de l’appeler Réussite. J’ai eu la chance, et surtout le plaisir, de retourner en classe au beau milieu d’une douzaine de futurs reconvertis professionnels venue ici comme moi pour changer de vie ou pour compléter leurs acquis. Ayant choisi des métiers différents, nous n’étions pas systématiquement en cours ensemble mais je crois que nous avons tout de même réussi à former une jolie petite bande. C’est naturellement avec un pincement au cœur que j’ai quitté le Centre de Formation d’Apprentis tout à l’heure, juste après l’embrassade réglementaire avec mes camarades. Ce pincement-là, je l’avais déjà ressenti quelques heures auparavant lorsque mon professeur de pâtisserie me gratifiait d’une attention toute particulière à la sortie de mon dernier cours avec lui, une tirelire en forme de vache et un petit mot. La tirelire me servirait à mettre le premier euro gagné à bord de mon futur camion à biscuits, c’est ce qu’il écrivait dans ces quelques lignes particulièrement touchantes. J’ai énormément appris à ses côtés, avec les autres professeurs aussi bien évidemment et je n’aurais de cesse de les remercier, mais il est vrai qu’avec celui-là en particulier les échanges étaient différents. Comme je suis dans les clins d’œil, j’en profite pour en adresser un à ma copine de classe Karine qui a passé toute l’année avec moi, de la salle de classe au laboratoire de pâtisserie. On a su s’épauler et se serrer les coudes quand il le fallait, tu nous aurais vu Pôle, tu aurais été fier de tes poulains. Cela dit, tu nous as peut-être vu d’ailleurs, voire même entendu puisque paraît-il tu pourrais te voir conférer le pouvoir de suivre tes administrés à la trace. Pas pour tout de suite visiblement mais nous savons tous que tout cela n’est qu’une question de temps. Bref, c’est une autre histoire, parlons plutôt de moi, comme tu le sais je préfère.

Mais oui, mais oui, l’école est finie. L’examen approche, la vraie fin aussi de par le fait, pour cette étape au moins. Entre temps, je vais avoir le plaisir, partagé sans doute, de passer te voir pour me ré-inscrire dans tes fichiers. Ma formation s’arrête, je vais donc changer de catégorie dans la famille des demandeurs d’emploi et revenir dans celle des vrais chômeurs, ceux qui sont comptés dans les chiffres dont on parle à la télévision. Tu imagines combien il me tarde. Je ne m’en fais pas un monde, j’attends de t’avoir face à moi pour cela, d’autant que j’ai tout un tas de questions à te poser. J’ai décidé de créer mon entreprise, je pense que le sujet à lui seul nous réserve des rendez-vous mémorables. Je te reparle de tout ça bientôt.

Salut Pôle, j’ai des devoirs a faire. Si tu vois ce que je veux dire.

Abonné absent

Pôle, fais un effort. S’il te plait. Juste un. Même petit.

Je t’attendais. Cela fait de longues semaines que nous ne nous sommes plus vus et enfin un rendez-vous se dessinait. Pour une fois, c’est même toi qui allais venir à moi. Je n’étais pas peu fier de te recevoir dans mon école, j’étais même déçu que ta venue ne coïncide pas avec le jour de la photo de classe. Quelle allure cela aurait eu que de te voir à mes côtés sur un papier glacé immortalisant l’instant. Mais il n’y avait ni photo de classe, ni toi. Nous étions réunis mes camarades et moi pour faire le bilan intermédiaire de notre formation, en présence notamment d’une représentante de la région venue s’assurer que les deniers publics ont été bien investis. Autour de la table, je crois bien qu’il ne manquait que toi Pôle. Chacun à notre tour, nous avons pris la parole pour partager notre ressenti sur l’alternance entre le centre de formation et l’entreprise, la qualité de l’enseignement, la place de la pédagogie, la suite que nous aimerions donner à tout cela. Bien sûr, lorsque mon tour est venu, je ne suis pas resté muet. Tu me connais. Mes camarades ont immédiatement perçu ma déception d’avoir à parler de toi sans que tu ne sois présent, moi-même j’ai hésité à prendre la parole en me demandant à quoi bon. Mais j’ai fait le boulot comme on dit. Tu me connais. Oui j’ai parlé de toi, de nos souvenirs, tout au moins des miens car je doute que tu aies eu la délicatesse d’en garder ne serait-ce qu’un, dans le fond du dernier tiroir de ton bureau. Tu m’as abandonné Pôle. Encore. Alors même que j’ai fait le travail à ta place depuis tout ce temps, sans te ménager dans mes prises de position certes mais tu reconnaitras peut-être un jour que c’est un minimum, tu m’abandonnes encore. Je me suis senti comme ce footballeur en herbe dont le papa a oublié l’heure du match et laisse une place vide dans les tribunes. Tu avais là un tapis rouge prêt à recevoir ta démarche maladroite, un chemin tout tracé pour tirer profit du relatif succès de ma formation à ce jour, mais même là, tu m’abandonnes. C’est à n’y rien comprendre. C’était l’occasion inespérée pour nous de recoller les morceaux, devant témoins qui plus est, j’étais même prêt à faire semblant, un tout petit peu. Tu me connais. Mais toi Pôle, tu n’es pas venu, tu n’as rien vu et jusqu’à preuve du contraire tu n’as rien vaincu. J’ai fini de croire que jamais tu ne me manquerais.

En pâtisserie, la régularité est un savoir-faire fondamental. J’apprécie la tienne Pôle, cette régularité, cette constance dans le rien.