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275ème jour: c’est pas moi, c’est lui

Le ministère du travail, par la voix de son ministre du même nom, veut « renforcer les contrôles des chômeurs ».

Ne riez pas. Non, ne riez pas. Allez je plaisante, riez ! A gorge déployée comme le permet cette expression populaire oscillant entre métaphore et charcuterie. Après 275 jours plongés dans ma palpitante tentative de reconversion professionnelle, je suis persuadé que votre réaction face à cette brillante idée du ministère du travail est la même que la mienne. Alors oui, les grands esprits se rencontrent, ce qui est encourageant pour le votre et confirme l’étendu du mien. Soit.

Monsieur le ministre veut donc renforcer les contrôles des chômeurs, cela signifie qu’il veut s’assurer que mes confrères sont activement à la recherche d’un emploi sans quoi il leur coupera les vivres. Enfin pas lui directement, il laissera le soin d’agir à l’équipe de Pôle mandaté pour ce genre d’affaires, chacun son costume, chacun ses accréditations. Il ne faudrait tout de même pas que Pôle soit payé à rien foutre, comme l’évoque cette autre expression populaire. Sur le principe, puisque c’est toujours « sur le principe » que l’on introduit un désaccord profond, pourquoi pas. Le demandeur d’emploi rémunéré a des droits et des devoirs, il pourrait donc être considéré comme légitime d’attendre de lui qu’il recherche réellement un job, ne serait-ce que par respect pour celui qui dans la même situation se démène en ne touchant aucune allocation. Alors oui pourquoi pas, il faudrait développer pour éviter de passer pour un… ministre du travail. Par conséquent, soyons sérieux. Soyons sérieux et gardons nos airs de français moyens, voire même très moyens, et disons-le haut et fort : toi, le ministre, quand vas-tu aller te balader dans les rues des français moyens, voire très moyens, ces rues qui mènent jusqu’à l’impasse nommée Pôle que toi et tes prédécesseurs ou autres acolytes ont dessiné pour cacher la forêt ? Le chômage, c’est bien entendu la faute des chômeurs. Evidemment, sans contestation possible, on leur a même gravé un numéro d’identifiant sur le front pour les reconnaître et les compter. Toi, le ministre, je te propose sans aucune modestie de lire les 274 jours riches d’enseignements précédents ce billet. Tu y découvriras, et le fait que tu le découvres est sans doute le plus choquant depuis le temps que dure la mascarade, comment fonctionne ce Pôle a qui tu veux donner une nouvelle matraque. Tu pourras apprendre ce qu’est, ou plutôt ce que n’est pas, un conseiller référent. Tu verras comment des chômeurs, et je dis « des » car mon cas n’est qu’une simple illustration de l’aberration, qui ont des projets, des envies et des idées claires sont accueillis puis promenés en laisse par les conseillers du même Pôle. Tu verras à quel point ton administration, ton bras armé pour éradiquer le chômage n’a aucune compétence pour mener à bien le travail que tu lui confies pour te donner la bonne conscience d’être l’homme de la situation. Tu remarqueras également que ceux qui semblent avoir les compétences manquent alors de moyens et se retrouvent limités à dire qu’ils ne savent pas, ne peuvent pas, tout en souhaitant bon courage. Quitte à faire pousser cet arbre qui cache la forêt pour reprendre mon propos et souligner encore mon addiction du jour aux expressions populaires, je te conseille de te cacher derrière en me démontrant que certains chômeurs sont des fraudeurs. J’irai même jusqu’à t’inciter à publier les noms des contrevenants  dans une tribune en une de la presse nationale, je pourrais aussi te suggérer de faire un tableau de chasse, photo à l’appui et consultable en ligne, sur lequel tu apposerais la mention « capturé » à chacun de tes coups de filet. Avec cette méthode, je te le garantis, personne n’osera douter que le gentil, c’est toi. Mais tu peux tout aussi bien te cacher en déballant les chiffres symbolisant ceux qui ont réussi grâce à Pôle. Oui, il y en a, je n’en doute pas. Avec des chiffres, on trouve de tout. Alors oui, cache toi. Dehors, le monde des français moyens qui recherchent activement à comprendre en quoi consiste ton travail à toi est trop accidenté. Tes souliers se saliraient. Tes mains le sont sans doute déjà.

Toi le ministre, Pôle, vous me faîtes de la peine finalement. Si j’osais, mais la décence me l’interdit, je pourrais dire que je préfère ma place à la votre. La conscience y est plus tranquille.

Pour finir, encore une expression en forme de conseil : connais-toi toi-même.

273ème jour: tout terrain

Hier, j’ai pris un carton rouge.

Si vous n’avez pas tout suivi, que vous l’avez oublié ou que vous n’en avez tout simplement rien à faire, après la pâtisserie et moi-même, ma troisième passion est le football. Et hier, lors du match dominical, j’ai pris un carton rouge. J’entends d’ici vos huées retentissantes, peut-être même pensez-vous que le masque tombe et que je suis en réalité une bête sanguinaire mais il n’en est rien. Cela dit je ne suis sans doute pas le mieux placé pour en juger mais je ne crois pas l’être. Il faudrait vérifier. Bref, j’ai été l’auteur d’un mauvais geste, de la légitime défense dirais-je avant que vous décidiez de m’envoyer au bûcher. Un joueur m’a mis un coup de pied, je lui ai rendu, un cas d’école. Enfin de cour d’école. Sans gravité aucune ni pour lui ni pour moi, physiquement en tout cas, le seul problème reste que l’arbitre a tout vu. Enfin presque. Disons qu’il a tout vu ce que j’ai fait, n’ayant pas vu le précédent il m’a pris pour l’agresseur, ce que j’étais d’une certaine manière mais dans un tout autre contexte que celui qui se reflétait dans son carton. Rouge donc. Sans sommation. Parfois, impartialité rime avec aléatoire. Certains d’entre vous ne se demandent alors plus où je veux en venir avec cette anecdote. Peu vous importe mes péripéties footballistiques, mais celle d’hier m’a permis de créer un lien avec une autre, ma reconversion professionnelle.

J’ai imaginé Pôle comme l’arbitre du match de ma vie. Oui, de ma vie, personne ne niera l’importance capitale d’un métier dans l’équilibre quotidien. J’ai alors rapidement compris  que j’allais être jugé uniquement sur les quelques minutes qu’a duré mon entretien pour le CAP Pâtissier. Pôle va avoir les yeux rivés sur cette action au demeurant peu significative, ne prêtera aucune attention à l’origine de ma reconversion professionnelle et ne connaitra de contexte que le sien. Le tout très minuté comme vous l’avez constaté. Persuadé de prendre la bonne décision lorsqu’on détient le pouvoir, l’arbitrage devient l’arbitraire. Lorsque cela se passe sur un terrain de football, cet instant où l’arbitre se trompe de décision ou ne sanctionne qu’à moitié n’est pour moi qu’une déception éphémère lorsque je suis la victime. En tant que passionné, il me faut tout de même un temps de digestion certain pour parvenir à replacer le sport à sa place de loisirs mais j’y parviens dans un délai raisonnable. En revanche, lorsqu’il s’agit des règles et des arbitres du quotidien, j’ai beaucoup plus de mal à accepter d’être jugé à la légère. C’est pourtant cela la réalité, sociale et professionnelle. Peu importe que vous soyez dans votre meilleure forme, que vos jambes et votre courage soient capables de vous faire décrocher les étoiles, peu importe ce que vous avez fait avant ou même ce que vous êtes convaincu de pouvoir faire après, votre pouvoir de décision et votre champ d’action sont bridés. Pris dans votre élan vous ne voyez pas toujours l’arbitre mais vous ne manquerez pas son coup de sifflet. Il vous autorise à entrer, vous demande de quitter le terrain, il vous accorde la faute ou donne le ballon à l’adversaire. Dans le sport on dit que l’arbitre a toujours raison. Dans la vie disons qu’il a toujours le dernier mot. Cela revient au même mais les conséquences sont différentes. Il faut des règles, c’est certain. Mais est-ce que celui qui tient le sifflet tire vraiment les ficelles ? Je suis certainement mauvais joueur sur ce coup-là. Etre soumis à la décision de celui qui depuis le coup d’envoi s’est surtout illustré dans le rôle de spectateur ne me met pas dans les meilleures conditions.

Et il faudrait tendre l’autre joue…

267ème jour: règle de trois

Trois. C’est le nombre de places à prendre pour intégrer le CAP Pâtissier édition 2014-2015. Trois. Aujourd’hui nous étions dix candidats, ils seront peut-être autant lors de la prochaine session et il n’y a que trois places à prendre. Le décor est planté.

Aujourd’hui était l’un des jours principaux de ma reconversion professionnelle. J’étais convoqué à une réunion d’information collective au sujet du CAP Pâtissier puis à un entretien individuel. Hier, avec tout l’optimisme qui me caractérise, je m’imaginais sortir de tout cela confiant, pourquoi pas même rassuré, en tout cas très positif. A l’instant même où j’écris ces lignes, je me sens dans un tout autre état. Je me dois de constater que l’attente la pire vient à peine de commencer. Elle a débuté dès que j’ai refermé la porte du bureau dans lequel j’étais reçu pour mon entretien individuel. Face à moi, il y avait la responsable du centre de formation d’apprentis de la chambre des métiers et une conseillère de Pôle. Oui, bien sûr, Pôle était là. Lorsque j’ai pénétré dans le bureau, avant même de m’être assis face à mes interlocutrices, il m’a été demandé de « faire vite et d’aller à l’essentiel ». Mon empathie naturelle et mon humour tout terrain ont pris le soin de répondre pour moi en demandant si je prenais tout de même le soin de m’asseoir. Je souhaitais briser une certaine forme de tension née sans doute d’un manque de temps dont je me retrouvais victime, moi comme les autres candidats je n’en doute pas, avec un bon mot de manière à ce que nous partions sur de bonnes bases. Mais dans le même temps, en quelques secondes et tout en finissant par m’asseoir, je me suis remémoré les 266 jours précédents, les nombreuses difficultés, les virages à négocier, les embûches et autres douceurs  qu’il m’a fallu affronter, moi comme les autres candidats je n’en doute pas non plus, et j’ai trouvé dur que tout cela trouve pour accueil un « soyez bref, allez à l’essentiel » avant même que j’ai ouvert la bouche. Comme à mon habitude je ne jette pas la pierre et me contente d’un constat, à l’amiable de préférence.

Alors j’ai essayé d’être bref et d’aller à l’essentiel. Un mot sur ma carrière passée, un mot sur pourquoi la pâtisserie, un mot sur #Gourmandièse, mes motivations, mes ambitions, à court, moyen et long terme. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’évoquer ma pratique de la pâtisserie si ce n’est en évoquant, en un mot toujours, ma période de stage en entreprise. Il est vrai que j’avais décidé de mettre en avant mon projet de création d’entreprise car à quoi bon démontrer que l’on est déjà un excellent pâtissier lorsqu’on postule pour apprendre le métier ? Il est entendu que je ne suis peut-être pas celui d’entre les candidats qui a vécu le plus d’expériences professionnelles dans la pâtisserie mais est-ce vraiment un critère ? Faut-il être déjà un pâtissier confirmé pour postuler à l’apprentissage du métier ? Cela dit rien ne m’a été reproché à ce sujet mais je me suis tout de même interrogé suite à je ne sais plus quelle allusion de l’une de mes jurées du jour. Ces réflexions me rappellent que j’ai encore beaucoup de questions,  peut-être plus à vrai dire. Quels vont être réellement les critères de choix ? Est-ce l’initiative qui suivra la formation, la situation personnelle du candidat, ses difficultés à venir, ses « facilités » potentielles pour rebondir ? Est-ce que l’on sait réellement ce qui fait qu’un postulant monte sur le podium ? Les réponses à ces questions n’ont aucun intérêt, le fait même de se poser ces questions n’a à lui seul aucun intérêt. Il y a trois places à prendre. Trois.

Je ferais peut-être partie des heureux élus, je le souhaite vivement bien entendu, il va falloir attendre trois bonnes semaines avant de le savoir. Trois, encore. Cette reconversion professionnelle, la mienne, a débuté par le plan A du FONGECIF dont vous connaissez l’issue puisque vous êtes ici, à lire, chaque jour ou presque. Le plan B c’était aujourd’hui avec le Plan Régional de Formation, un aujourd’hui dont le contexte pousse à envisager un plan C. Ne serait-ce que pour être prévoyant.

Allez, je continue. A 3 on y va. 1… 2… 3.