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175ème jour : dans les conditions du direct

A ce jour, si vous avez bien tout suivi, vous n’êtes pas encore un héros. Enfin si, peut-être en êtes-vous un mais vous n’êtes pas le mien. Vous comprendrez donc que, mon grand égoïsme aidant, cela m’intéresse moins. Ne soyez ni déçus ni inquiets, un jour peut-être je m’intéresserai à vous. Quand vous serez mon héros par exemple. Vous voyez, au fond je suis plutôt sympathique et agréable.

Je n’ai pas vu Pôle, je ne l’ai pas lu non plus, pas plus qu’entendu. Ni aujourd’hui, ni hier d’ailleurs pour raison dominicale. Mon dossier est toujours suspendu à ses lèvres, à son calendrier ou à son clavier d’ordinateur, peut-être même un peu de tout ça. Quoi qu’il en soit, je me sens plutôt serein, je ne force pas trop le trait cependant puisqu’il s’agit là de mon état habituel. J’ai demandé au stress des premiers jours de partir, j’ai même envisagé de déménager pour être certain qu’il ne me retrouve pas. Cela dit, le danger en limogeant ce stress qui se contentait pourtant de faire son travail est de tomber dans une sorte de négligence, une insouciance qui ferait presque croire que ça y est, ma reconversion professionnelle est une réussite. Je rappelle en cas de nécessité que ladite reconversion professionnelle n’a même pas encore commencé. C’est sans doute pour cette raison que le stress a fait ses valises dans le plus grand calme et qu’il est parti sans claquer la porte avec ce petit sourire qui voulait dire « à très bientôt ». Je reste donc sur mes gardes. En attendant, je pâtisse. Mais alors, je pâtisse ! Et c’est ma femme qui… en pâtit. Elle est contrainte de tout goûter, tout et toute la journée. Je me lève le matin pour faire pousser la viennoiserie, je réfléchis au dessert en n’oubliant pas le goûter. Tout et toute la journée je vous dis. J’ai quelques commandes d’amis, vous vous souvenez du gâteau de mariage pour le mois de juillet par exemple, des mignardises pour un anniversaire de mariage en août, mais également quelques gourmandises que j’ai proposé de réaliser pour une soirée vide-dressing ce week-end sans compter l’anniversaire de mon fils cette semaine. Bref, je me trouve quelques travaux pratiques en attendant d’en apprendre encore et pour de bon auprès des professionnels.

Chez moi, je suis pâtissier. Dehors, je suis chômeur. Ca tombe très bien qu’il pleuve, ça me permet de rester chez moi.

170ème jour : le bon tempo

Ce qui est agréable lorsqu’on a des choses à faire, c’est que ça passe le temps.

Ma relation avec Pôle est certes quelque peu tumultueuse mais elle laisse libre cours à mon imagination débordante, celle-là même qui m’a fait rêver d’une reconversion professionnelle et d’un devenir pâtissier. Après tout, c’est vrai que je pourrais être convoqué par Pôle quand bon lui semble, lui qui aurait décidé pour moi d’un entretien dans une entreprise quelconque, pour un travail quelconque officialisé par un contrat quelconque. Je n’aurais pas fait l’affaire mais dans un souci de statistiques, Pôle m’aurait trouvé un autre entretien du même type, dans une entreprise du même type, pour un travail du même type officialisé par un contrat du même type. Parfois le cercle vicieux est carrément pervers. Pour autant je ne peux pas dire que je suis un chômeur chanceux, je doute d’ailleurs que cette catégorie existe, je suis cependant un chômeur avec un projet, une espèce qui a le don de donner le tournis à Pôle et ses conseillers qui peuvent alors avoir tout le mal du monde à mener la discussion. Tout ça pour dire que, entre mauvaise foi et conviction, je suis tout de même satisfait que le spécialiste national de l’emploi ne me colle pas au train. Je dois même reconnaître que depuis le premier jour c’est plutôt moi qui l’aborde, intensifiant d’autant mes désillusions, lui donnant le bâton pour me faire battre.  Et ce n’est pas fini.

Aujourd’hui, le chocolatier chez qui je devais faire le stage que j’ai remis à plus tard m’a appelé. Je ne m’en suis aperçu qu’après coup, il avait laissé un message sur mon répondeur. Il voulait savoir si j’étais toujours intéressé pour faire ce stage, auquel cas nous pourrions regarder le calendrier. J’ai trouvé cela vraiment chouette de sa part. Oui, chouette. Cette chocolaterie n’a pas besoin d’un stagiaire futur reconverti professionnel pour exister mais cela n’empêche que l’on m’a ouvert les portes bien volontiers pour me faire découvrir et qu’aujourd’hui, après mon désistement provisoire, on me rappelle pour voir où j’en suis. Chouette, c’est bien ce que je dis. Je vais donc regarder le calendrier de plus près pour pouvoir aller m’essayer au chocolat.

Quant à #Gourmandièse, le travail mais surtout les idées continuent d’éclore. Je peux bien vous le dire maintenant. Ce blog, tout comme #Gourmandièse, est sur le point de devenir la reconversion professionnelle dont vous êtes le héros. Dans dix jours, vous entrez en scène.

134ème jour : cordialement

On peut en dire ce qu’on veut, moi y compris, mais quand Pôle promet d’envoyer un courrier, il l’envoie. Parfois il prend son temps, à tel point que l’on pourrait croire qu’il s’est délocalisé sur un autre fuseau horaire, mais il l’envoie. Aujourd’hui, j’ai bel et bien reçu mon premier avertissement avant radiation. Par mail, mais je l’ai eu.

Si vous tombez au milieu de ces lignes par hasard ou pour la première fois, vous ne savez pas encore que je viens de terminer un stage homologué par Pôle, stage pendant lequel le même Pôle a trouvé le moyen de me caler un rendez-vous avec l’un de ses conseillers. Lorsque j’en ai eu connaissance, c’est à dire la veille, j’ai aimablement décliné l’invitation considérant fort logiquement que ce stage, mon premier en pâtisserie, que je me suis débrouillé à trouver était la priorité. J’avoue bien volontiers qu’entre un stage qui va m’apprendre le métier au coeur de ma reconversion professionnelle et un rendez-vous avec un conseiller à qui je vais démontrer volontairement ou non qu’il m’est inutile, je n’ai pas hésité longtemps. Seulement voilà, même si j’ai prévenu de mon absence, même si l’hôtesse au bout du fil a précisé dans mon dossier que j’étais en stage, j’ai tout de même reçu ce fameux avertissement. Et comme vous savez déjà tout de moi, j’ai décidé de vous montrer à quoi ressemble ce fameux courrier.

Tout au long de cette farce dactylographiée, il n’est à aucun moment question de ma conseillère personnelle. Son nom ne figure nulle part. Peut-être que ce n’est pas avec elle qu’était prévu ce rendez-vous ce qui rendrait la chose encore plus drôle dans la mesure où visiblement il s’agissait de faire un point sur ma situation. Un nom apparait pourtant, celui du directeur de l’agence de Pôle. Il est « mon contact ». Il précise que « sauf erreur de sa part » je ne l’ai pas informé de mon indisponibilité. C’est donc lui, le directeur, qui s’occupe de ce genre de choses, ces petits tracas du quotidien qui font la vie d’un chômeur. C’est lui qu’il faut appeler, sur sa ligne directe sans doute, pour prévenir d’un retard, d’une absence, d’une panne de voiture, d’un rhume ou même d’un stage pour les plus marginaux d’entre nous. C’est beau cette proximité avec la clientèle. Monsieur le Directeur de Pôle, oui il y a effectivement erreur de votre part ainsi que de l’ensemble de vos services. Lorsque vous me précisez que « cet entretien avec mon conseiller constitue l’une des étapes essentielles et obligatoires de mon parcours », j’ai tout d’abord envie de rire, puis j’espère secrètement arriver jusqu’à l’étouffement pour conclure en vous demandant simplement ce que vous savez réellement de mon « parcours ». Je note également que vous évoquez mon conseiller qui est d’ailleurs une conseillère mais je trouve assez déplacé et peu corporate de votre part de ne pas évoquer les quatre autres que j’ai également rencontré. Mais peut-être n’étiez-vous pas au courant de cette tournante administrative. Monsieur le Directeur de Pôle, sachez que j’apprécie votre grande bonté, celle-là même que je ressens dans ces dix jours de délai que vous m’accordez pour venir vers vous en rampant avec une bonne excuse. En juste reconnaissance face à ce geste de votre part, je vous serais gré de bien vouloir utiliser mes excuses comme un petit coussin confortable sur lequel vous pourrez vous asseoir autant qu’il vous plaira. Monsieur le Directeur de Pôle, j’ai longtemps travaillé dans la communication comme vous l’ignorez, et je ne saurais que vous conseiller de ne pas laisser votre nom sur ce genre de courrier lorsque vous n’avez pas connaissance de la situation. Je trouve très malin ces passages que vous notez en gras, « en l’absence de réponse ou de motif légitime », « interruption de votre indemnisation ». Cela partait j’en suis sûr d’une bonne intention, celle de me mettre au pas, mais à trop vouloir se prendre au sérieux on risque le grotesque. Je vous laisse apprécier par vous-même où en est cet état de fait. Vous voici complice de l’incompétence caractérisée des services dont vous êtes le directeur, Monsieur le Directeur. Je ne doute pas que le personnel qui vous entoure soit composé de personnes fort agréables au quotidien mais combien d’entre elles savent pourquoi elles sont là ? Et parmi celles-ci, combien ont les moyens de bien faire leur travail ? En somme, Monsieur tout court, je vous propose de vous intéresser à ce qui s’est passé depuis 134 jours. Croyez-moi, malgré les apparences, cette histoire qui semble m’être propre est en réalité celle de nombreux de vos abonnés.

Dans « directeur » j’entends « direction ». Alors Monsieur, laquelle prend-on maintenant ? Celle du vent brassé dans vos bureaux ?

1er avertissement avant radiation - #MoiYG
1er avertissement avant radiation – #MoiYG