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122ème jour : le geste qui compte

3ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

La répétition des gestes. J’imagine que dans chaque métier manuel on enseigne que la répétition des gestes mène à la maîtrise, c’est en tout cas l’idée que je m’en fais. Et cela tombe très bien car aujourd’hui j’ai été amené à réaliser les mêmes tâches qu’hier. A une différence près, ce matin j’ai eu à travailler seul après avoir pris les consignes et conseils du pâtissier qui s’occupe de mon cas. Il ne m’a pas imposé de me débrouiller, il me l’a proposé de manière à ce que petit à petit je me jette dans le grand bain et en gardant une oreille attentive à toutes mes éventuelles demandes. Au bout du compte, je crois que cela s’est plutôt bien passé. Il est vrai que ce n’est pas à moi de le dire mais bon, c’est quand même mon blog, donc c’est moi qui le dit. A l’aise dans mes chaussures de sécurité, je me suis même laissé aller à prendre un café à la machine pendant ma pause. Car oui, j’ai une pause. Je sens que pour vous le concept se complique, un chômeur qui travaille et qui en même temps prend des pauses, j’avoue que c’est un peu déroutant étant entendu qu’il ne vous en faut pas beaucoup pour ne rien comprendre. Pas grave, je vous aime bien quand même, depuis 122 jours je me suis habitué.

J’aime ce que je fais ces jours-ci, ma reconversion professionnelle prend le tournant que j’attendais. Je vais donc faire mon possible pour garder le cap, sans remaniement. Et vous, vous vivez quelle vie demain ?

114ème jour : NPAI

Ce matin, Pôle m’a écrit. Il voulait me confirmer « mon inscription à la prestation de service suivante : Evaluation en milieu de travail (EMT) ». Quelle délicate attention. J’avais déjà reçu cette confirmation ainsi qu’une copie de la convention précisant mes horaires, le tout envoyé directement par l’employeur, mais je ne vais pas me plaindre alors que Pôle pense à moi. Soyons beau joueur.

Ce courrier à l’allure standard cachait une véritable pépite au coeur de son dernier paragraphe. Certes, dès la deuxième phrase Pôle me précise que j’ai rendez-vous sur le lieu de travail le 31 mars prochain à 6h alors que c’est en réalité le 1er avril à cette heure-ci que je débuterai, mais passons. Pôle tentait peut-être là une sorte de poisson d’avril prémédité ou alors n’a-t-il pas pris soin de lire les horaires communiqués par l’entreprise. J’ai dit passons. Car la pépite, la vraie, est quelques lignes plus bas. Face à elle, rivaliser est peine perdue, je privilégie donc la citation :

« Au cas où vous ne donneriez pas suite à ce courrier, je serais contraint(e), conformément aux articles L.5412-1 et R.5412-1 à R.5412-8 du code du travail, de procéder à votre radiation de la liste des demandeurs d’emploi. »

Une pépite, c’est bien ce que je disais. Pour la déguster de la meilleure manière je vous propose de l’accompagner d’un petit rafraichissement de mémoire. A aucun moment Pôle, de lui-même, ne m’a parlé de l’existence de son dispositif de stage en entreprise (EMT) qui semblait pourtant être parfaitement approprié à mon parcours de reconversion professionnelle. Ce sont mes recherches personnelles, après avoir rencontré deux conseillers d’ailleurs, qui m’ont révélé cette information. Après cela, je suis retourné chez Pôle pour me faire expliquer ce dispositif dont on avait omis de me parler puis je suis allé à la recherche d’une entreprise prête à m’accueillir. Une fois trouvée, je suis revenu chez Pôle pour remplir la convention de stage qui fut ensuite envoyée à l’employeur. Bref, en langage de chômeur, je me suis démerdé tout seul. Pôle n’a joué qu’un rôle de boite aux lettres, ni plus ni moins, avec tout le respect que j’ai pour la Poste. Et pourtant, aujourd’hui, le voici qui débarque chez moi en format A4 pour me menacer de radiation si je n’honore pas ce qu’il s’est efforcé à me laisser faire tout seul. Encore une fois, du génie.

Pôle, tu ne m’as été d’aucune aide dans ma recherche de stage. Ni de manière théorique, ni de manière pratique. Je te propose donc, quitte à monter sur tes grands chevaux, de t’en servir pour te mettre au galop et d’avancer autrement qu’en marchant sur la tête. Avec une connaissance même infime de mon projet tu saurais combien ces stages en entreprise sont importants pour la suite de mon parcours, tu pourrais alors réfléchir à deux fois avant de laisser ton système informatique m’envoyer ce genre de missive. Difficile qui plus est de savoir que faire de ce papier présentant un champ « date » et un champ « signature » qui semblent m’être dédiés en bas de page. Dater et signer pourquoi, je tente de percer ce mystère.

C’est ainsi que j’ai décidé de donner suite à ce courrier en appliquant à la lettre les règles de recyclage de ma commune. Poubelle jaune.

101ème jour : coupure de presse

Ce matin, j’ai fait ce que vous aimez tant me voir faire, et à juste titre, j’ai parlé de moi. Et pas avec n’importe qui d’ailleurs, avec un journaliste qui m’avait contacté hier pour parler de ce fabuleux parcours qui est le mien depuis 100 jours + 1.

Nous avions rendez-vous dans un café, désert à cette heure-ci d’ailleurs ce qui me changeait quelque peu de la fréquentation grandissante que l’on trouve chez Pôle. Dans le fond, j’allais aborder les mêmes sujets que lorsque je rencontre un conseiller mais ce matin j’allais le faire en terrasse en compagnie du printemps et d’une personne, le journaliste en question pour ceux qui ont déjà perdu le fil, qui paraissait m’écouter et comprendre ce que je lui disais. Certes, ce n’est pas pour autant lui qui me permettra d’accéder à ma formation tant convoitée mais croyez-moi, après le folklore de mes précédents entretiens avec les professionnels de l’emploi, cela fait un bien fou de ressentir que ma situation, qui est aussi celle de tant d’autres d’ailleurs, et les embuches qui vont avec intéressent mon interlocuteur du jour. J’ai trouvé face à moi quelqu’un qui validait ma thèse de l’aberration en série et qui ne pouvait que constater le décalage entre la théorie des chiffres et la réalité du terrain. En plus, c’est lui qui a payé le café. Certains pourront penser qu’évidemment je défends mon bout de gras et que je ne suis absolument pas objectif quand il s’agit d’analyser ce qui m’arrive. J’accepte. J’accepte, mais je renvoie alors ceux-là vers toutes ces personnes qui me contactent pour me dire combien elles comprennent cette réalité qu’elles vivent également au quotidien. Toutes ces personnes qui croient lire leur propre vie professionnelle lorsqu’elles découvrent les anecdotes que je consigne. Elles et moi vivons exactement la même chose, à la différence près que je le raconte tellement mieux et avec tellement plus de modestie.

Oui, je suis un peu remonté ces jours-ci, c’est peut-être l’effet des premières chaleurs. Pourtant, dans ce nouvel entretien médiatique, j’ai une nouvelle fois été plutôt conciliant et compréhensif à l’égard de Pôle et de ses conseillers. Je reste convaincu que les personnes que je rencontre dans ces bureaux sans éclairage et à l’atmosphère plombée n’ont pas les moyens de répondre à une grande partie des demandes qui leur sont adressées par nous autres chômeurs. Elles ne les ont pas car on ne les leur donne pas. C’est pourtant vers elles que nous sommes envoyés, elles sont incontournables administrativement parlant mais loin d’être indispensables d’un point de vue pratique.

Pôle, je suis prêt à te donner une seconde chance. Enfin une troisième. Ou une quatrième. Bon c’est peut-être même la cinquième mais peu importe, je te dis à bientôt. De toute façon je n’ai pas le choix.