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21ème jour : retour à l’envoyeur

Ce matin j’ai eu une idée de génie. Une illumination au réveil en frottant ma lampe de chevet. J’avais planifié hier ma journée d’aujourd’hui, au cordeau, mais j’avais sous-estimé ma capacité à faire d’un décollement de paupière matinal un véritable coup d’éclat. Grâce à cette prouesse intellectuelle, j’allais toucher du doigt le rêve d’aller plus vite que la musique, éviter les files d’attente au guichet de la Poste, alléger la tournée d’un facteur et contribuer ainsi à la lutte contre le surmenage dans le service public. A ma façon, j’allais faire du bien à la France à la seule force de mes neurones. Alors voilà. Ce matin, j’ai décidé que j’allais apporter moi-même mon dossier de demande d’allocation directement chez Pôle. Malgré nos retrouvailles en demi-teinte, je voulais que Pôle comprenne que je ne suis ni rancunier, ni avare de ces petites attentions qui entretiennent la flamme. Juste avant l’incendie.

J’arrive donc chez Pôle, à l’improviste pour maximiser l’effet. Mon dossier est dûment rempli, toutes les croix sont à leur place, j’avance confiant vers l’hôtesse d’accueil. Une fois entré dans la zone de confidentialité, je tends fièrement mon dossier à mon interlocutrice du jour :

Moi : – « Bonjour, je suis venu lundi dernier pour une inscription et mon dossier m’a été retourné par courrier car il n’était pas recevable ».

Elle jette un oeil sur le courrier joint à mon dossier, celui expliquant que ma demande n’était pas recevable en l’état et m’invitant à regarder de plus près la PAGE 5.

L’hôtesse : – « Ah… Il vous manque donc la PAGE 5… »

Elle lance cette phrase sur un ton laissant à penser que cette PAGE 5 a une notoriété au-dessus de la moyenne et qu’elle est un véritable piège dans lequel tout le monde tombe.

Moi : – « Non… j’ai bien la PAGE 5. Le courrier précise en revanche qu’il manque des informations sur cette page. »

A cet instant, je ne m’explique toujours pas pourquoi, elle décide de chercher la fourbe PAGE 5 en commençant par la fin du dossier. Une fois arrivée à destination, elle continue son feuilletage jusqu’à revenir à la page 1 . Ca non plus, je ne me l’explique toujours pas. C’est alors que sa mémoire visuelle a du se mettre en marche. Elle avait brièvement aperçu la PAGE 5 lors de son tour de passe-passe, elle décide donc d’y revenir. Je reprends espoir en me disant qu’elle va peut-être me donner les ficelles de son numéro. Il n’en fut rien. Cependant, elle emplit mon coeur de joie en faisant honneur au réalisme de la croix que j’avais tracé dans l’encadré n°6. J’avais désormais de bonnes raisons de croire que mon dossier de demande d’allocation était complet et entre de bonnes mains.

De bonnes raisons que la raison ne connait pas.

20ème jour : les traits tirés

Je vous parle d’un temps que les lecteurs de moins de 20 jours ne peuvent pas connaître.

J’ai profité de cette journée pour tirer le dernier trait de la croix qu’il me revenait de tracer dans la case de l’encadré n°6 de ma demande d’allocation. J’ai voulu être minutieux, créatif tout en restant réactif, avec la ferme intention de marquer de mon empreinte les archives de Pôle. Après moultes tentatives, différents essais de tailles et de couleurs, j’ai fini par opter pour une croix à la fois traditionnelle et parfaitement identifiable, le genre qui te fait gagner avec la manière une partie de morpion. Je glisse ce chef d’oeuvre dans ma plus belle enveloppe kraft en m’imaginant l’ignorance du facteur qui n’aura pas idée de ce qu’il est en train de distribuer. Demain, j’affranchis.

Après avoir récupéré de cet excès de concentration, je décidai de valider le planning de la semaine à venir.  J’allais franchir un cap et faire le premier pas vers celle qui vraisemblablement serait MA conseillère chez Pôle. Ses nom, prénom et adresse électronique m’avait été discrètement communiqués par sa copine précédemment rencontrée, j’avais la ferme intention d’en faire bon usage. J’établis donc la liste de toutes les options dont j’ai connaissance pour accéder au CAP Pâtissier, les différents établissements susceptibles de m’accueillir, un topo sur le « candidat libre » sans oublier le canular téléphonique dont j’ai été victime quand il a fallu appeler la CCI sur recommandation de la maison. Je m’imagine déjà dans ce costume d’inspecteur passant ma conseillère au détecteur de mensonges pendant les trente minutes durant lesquelles je la garde à vue. En somme, le même type d’interrogatoire auquel me soumettra Pôle chaque début de mois pour me garder à l’oeil. Dès le premier rendez-vous, je choisis le rentre-dedans au risque de paraître trop entreprenant. Les séances quotidiennes de speed-dating de mon hôtesse doivent lui sembler routinières d’autant qu’elle ne choisit pas ses prétendants, il faut que je me démarque.

Ce soir, j’aimerais croire au Père Noël.

Nota bene : profitez de votre dimanche soir pour faire un tour dans la rubrique « Rétro » dans laquelle vous retrouverez l’épopée de ces 20 derniers jours.

 

17ème jour : wanted

Demande d’allocation irrecevable. C’est écrit en gras et c’est l’objet du courrier que j’ai reçu ce matin de la part de qui vous savez. Pôle a sans doute trop souffert le jour de nos retrouvailles. Alors ce matin, il décide de me retourner ma demande d’allocation qui « n’est pas recevable en l’état ».  Et elle ne l’est pas « pour l’un de ces motifs ». Je comprends alors que Pôle est perturbé, le choc émotionnel qui a eu lieu lorsqu’il m’a revu lui a fait perdre pied. Il invoque donc ce qu’il appelle « l’un de ces motifs » et me laisse le soin de me faire une idée sur le sens à donner à ce qui ressemble aux prémices d’une lettre de rupture.  Le courrier est signé « Le Directeur », sans doute pour que je jauge précisément le sérieux des griefs.

VEUILLEZ COMPLÉTER VOTRE DEMANDE D’ALLOCATION PAGE 5. C’est écrit en majuscules et surligné en rose grâce à cet illustre feutre fluorescent qui pousse dans les administrations et les rayons « rentrée des classes » des hypermarchés. Soudain je comprends qu’il reste encore un espoir, Pôle me laisse une chance de le reconquérir. Je m’empresse de lire la suite du courrier composé au total de 12 pages agrafées entre elles, impatient de découvrir ce que me réserve cette mystérieuse PAGE 5. Comme disent les américains qui veulent parler français, c’est une impression de « déjà vu » qui s’empare de moi dès la page suivante. Je suis persuadé d’avoir déjà lu ce que je feuillette. Je remonte alors le temps à vitesse Grangier et j’arrive ici, au 14ème jour, l’éprouvante journée des retrouvailles.  Ce jour-là, la conseillère de Pôle qui me reçoit va débuter notre entretien par l’inscription règlementaire grâce à un dossier de 8 pages sobrement intitulé « Demande d’allocation ». J’avais moi-même pré-rempli ce document depuis le site internet de Pôle et je l’avais imprimé comme me le demandait l’ordinateur. Pour cette étape, la conseillère devait contrôler la validité des informations fournies en me posant les questions auxquelles j’avais déjà répondu, certifier le tout conforme et transférer le dossier à ses collègues de la partie « indemnisation ». Quand j’y pense, cette vérification était d’ailleurs l’objet principal de ce rendez-vous et quasiment la seule tâche d’ordre pratique à mettre au compte de la conseillère. Mais seulement voilà, la PAGE 5 est restée orpheline, plus précisément l’encadré n°6 intitulé « Votre situation actuelle ». Encore plus précisément, la première case à cocher de l’encadré n°6, celle adjointe à cette question déroutante au vu de ma situation : « Exercez-vous une activité professionnelle ? ».

Voilà. Ma demande d’allocation est irrecevable en l’état car Pôle aimerait savoir si en tant que chômeur officiel j’exerce une activité professionnelle. Ne connaissant ni les rouages, ni le  jargon, j’ose espérer que cette question a réellement un sens. J’ai à cet instant une pensée pour la conseillère chargée de vérifier que toutes les cases étaient bien cochées, je déduis de ses performances qu’elle n’a jamais pu gagner au loto. Elle continue donc à s’infliger ce type d’entretien avec moi et tous les autres.

Désormais, je dois « impérativement adresser les pièces demandées dans un délai de 15 jours ». Si par « pièces demandées » Pôle attend que je lui envoie la croix qu’il faudra apposer dans la case de l’encadré n°6, je m’en vais de ce pas en tirer une sur papier libre.

La prochaine sera sur notre histoire.