Archives du mot-clé devenir pâtissier

134ème jour : cordialement

On peut en dire ce qu’on veut, moi y compris, mais quand Pôle promet d’envoyer un courrier, il l’envoie. Parfois il prend son temps, à tel point que l’on pourrait croire qu’il s’est délocalisé sur un autre fuseau horaire, mais il l’envoie. Aujourd’hui, j’ai bel et bien reçu mon premier avertissement avant radiation. Par mail, mais je l’ai eu.

Si vous tombez au milieu de ces lignes par hasard ou pour la première fois, vous ne savez pas encore que je viens de terminer un stage homologué par Pôle, stage pendant lequel le même Pôle a trouvé le moyen de me caler un rendez-vous avec l’un de ses conseillers. Lorsque j’en ai eu connaissance, c’est à dire la veille, j’ai aimablement décliné l’invitation considérant fort logiquement que ce stage, mon premier en pâtisserie, que je me suis débrouillé à trouver était la priorité. J’avoue bien volontiers qu’entre un stage qui va m’apprendre le métier au coeur de ma reconversion professionnelle et un rendez-vous avec un conseiller à qui je vais démontrer volontairement ou non qu’il m’est inutile, je n’ai pas hésité longtemps. Seulement voilà, même si j’ai prévenu de mon absence, même si l’hôtesse au bout du fil a précisé dans mon dossier que j’étais en stage, j’ai tout de même reçu ce fameux avertissement. Et comme vous savez déjà tout de moi, j’ai décidé de vous montrer à quoi ressemble ce fameux courrier.

Tout au long de cette farce dactylographiée, il n’est à aucun moment question de ma conseillère personnelle. Son nom ne figure nulle part. Peut-être que ce n’est pas avec elle qu’était prévu ce rendez-vous ce qui rendrait la chose encore plus drôle dans la mesure où visiblement il s’agissait de faire un point sur ma situation. Un nom apparait pourtant, celui du directeur de l’agence de Pôle. Il est « mon contact ». Il précise que « sauf erreur de sa part » je ne l’ai pas informé de mon indisponibilité. C’est donc lui, le directeur, qui s’occupe de ce genre de choses, ces petits tracas du quotidien qui font la vie d’un chômeur. C’est lui qu’il faut appeler, sur sa ligne directe sans doute, pour prévenir d’un retard, d’une absence, d’une panne de voiture, d’un rhume ou même d’un stage pour les plus marginaux d’entre nous. C’est beau cette proximité avec la clientèle. Monsieur le Directeur de Pôle, oui il y a effectivement erreur de votre part ainsi que de l’ensemble de vos services. Lorsque vous me précisez que « cet entretien avec mon conseiller constitue l’une des étapes essentielles et obligatoires de mon parcours », j’ai tout d’abord envie de rire, puis j’espère secrètement arriver jusqu’à l’étouffement pour conclure en vous demandant simplement ce que vous savez réellement de mon « parcours ». Je note également que vous évoquez mon conseiller qui est d’ailleurs une conseillère mais je trouve assez déplacé et peu corporate de votre part de ne pas évoquer les quatre autres que j’ai également rencontré. Mais peut-être n’étiez-vous pas au courant de cette tournante administrative. Monsieur le Directeur de Pôle, sachez que j’apprécie votre grande bonté, celle-là même que je ressens dans ces dix jours de délai que vous m’accordez pour venir vers vous en rampant avec une bonne excuse. En juste reconnaissance face à ce geste de votre part, je vous serais gré de bien vouloir utiliser mes excuses comme un petit coussin confortable sur lequel vous pourrez vous asseoir autant qu’il vous plaira. Monsieur le Directeur de Pôle, j’ai longtemps travaillé dans la communication comme vous l’ignorez, et je ne saurais que vous conseiller de ne pas laisser votre nom sur ce genre de courrier lorsque vous n’avez pas connaissance de la situation. Je trouve très malin ces passages que vous notez en gras, « en l’absence de réponse ou de motif légitime », « interruption de votre indemnisation ». Cela partait j’en suis sûr d’une bonne intention, celle de me mettre au pas, mais à trop vouloir se prendre au sérieux on risque le grotesque. Je vous laisse apprécier par vous-même où en est cet état de fait. Vous voici complice de l’incompétence caractérisée des services dont vous êtes le directeur, Monsieur le Directeur. Je ne doute pas que le personnel qui vous entoure soit composé de personnes fort agréables au quotidien mais combien d’entre elles savent pourquoi elles sont là ? Et parmi celles-ci, combien ont les moyens de bien faire leur travail ? En somme, Monsieur tout court, je vous propose de vous intéresser à ce qui s’est passé depuis 134 jours. Croyez-moi, malgré les apparences, cette histoire qui semble m’être propre est en réalité celle de nombreux de vos abonnés.

Dans « directeur » j’entends « direction ». Alors Monsieur, laquelle prend-on maintenant ? Celle du vent brassé dans vos bureaux ?

1er avertissement avant radiation - #MoiYG
1er avertissement avant radiation – #MoiYG

130ème jour : au piquet

9ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Cette semaine, j’ai rencontré l’apprenti. Oui il y a un apprenti dans la pâtisserie qui m’accueille pour ce premier stage, un vrai, qui a 17 ans. La chance qu’il a… Pas d’avoir 17 ans bien sûr parce que les jeunes, c’était mieux avant comme disent les vieux cons de 31 ans. Je pense plutôt à la chance qu’il a d’être en âge de pouvoir suivre la formation du CAP Pâtissier. Face à lui, pour le même parcours, moi je suis en nage.

J’ai donc rencontré le jeune cette semaine, enfin pas aujourd’hui car il était malade. C’est d’ailleurs moi qui aies eu la responsabilité de l’annoncer au reste de l’équipe, l’information m’avait été communiquée par l’agent de sécurité qui m’accorde mon droit d’entrée chaque matin. La veille, le jeune avait eu une rude journée. Il avait été quelque peu remué par l’un des pâtissiers, celui-là même qui s’était occupé de moi la semaine dernière. Une version officieuse se murmurait ce matin dans le laboratoire et établissait une relation de cause à effet entre cette rude journée de la veille et cette supposée maladie du jour. N’étant que stagiaire, je ne pouvais me permettre la surenchère sur ce sujet potentiellement riche en vannes. Alors je riais dans ma barbe. Et comme je suis réellement barbu, autant dire que je riais tout court. Je ne sais pas pourquoi le jeune a choisi la pâtisserie, peut-être même a-t-on choisi pour lui, je ne connais pas ses motivations ni dans sa veste d’apprenti ni dans son jean de jeune, mais ce que je sais c’est qu’il a certainement le profil type de mes futurs camarades de classe.

Le jour de la rentrée, toute cette bande de jeunes me prendra pour un prof. Alors foutu pour foutu, si l’apprenti revient demain je lui mets un mot dans son carnet de correspondance à faire signer par ses parents.

128ème jour : rêve de trêve

7ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Comme prévu, cette deuxième semaine de stage fait la part belle aux travaux pratiques agrémentés des conseils avisés de mes collègues éphémères. Des tours de main, des techniques de dressage, mes hôtes ont réellement l’intention de m’en montrer le plus possible pour rendre ce stage bénéfique. D’ailleurs aujourd’hui, encore une nouveauté, en compagnie du chef j’ai découvert la chocolaterie. Il s’agit là de sa spécialité, ou de l’une de ses spécialités, et j’ai senti le professionnel heureux de transmettre son savoir. Il a même été jusqu’à me mettre les ustensiles en main et m’a laissé faire tout seul comme un grand pendant qu’il avançait sur autre chose ailleurs dans le magasin. Cela me fera une introduction parfaite à mon stage en chocolaterie qui aura lieu dans le courant du mois de mai. La maison qui m’accueillera m’a d’ailleurs recontacté pour me communiquer mes horaires, les choses avancent.

D’une certain façon, lorsque Pôle a décidé d’emmerder quelqu’un d’autre que moi, je peux garder toute mon énergie pour mon aventure de reconversion professionnelle. Oui, je dis « emmerder », le verbe est vulgaire non pas par volonté mais de manière très naturelle. A vrai dire, c’est le seul qui me vient à la bouche. L’épisode d’hier, un exemple parmi tant d’autres en 128 jours, ne m’incite pas à user d’un autre langage. Alors Pôle, s’il te plait, ne m’emmerde plus. Oui, bien entendu, tu me verses une allocation chaque mois mais si je fouillais un peu dans les petites lignes des bulletins de salaire de l’époque où j’étais un homme bien qui avait un métier pour une durée indéterminée, je suis certain que je comprendrais que cet argent que tu me verses tu me le dois. Toi ou quelqu’un d’autre. Restons-en donc à un prêté pour un rendu pour éviter de tomber dans le grotesque de la radiation intempestive dont tu agites la bannière avec insistance ces derniers jours.

Balle au centre.