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127ème jour : ligne en dérangement

6ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Autant vous le dire tout de suite, je suis de mauvaise humeur. J’ai été réveillé pendant ma sieste. Par Pôle.

Oui, depuis le début de mon premier stage en pâtisserie, je fais une sieste l’après-midi  pour assurer un certain équilibre avec mes réveils matinaux. Avant de passer à l’horizontale, je jette un coup d’oeil sur mes mails reçus ce matin. L’un d’eux me saute immédiatement aux yeux, il est envoyé par Pôle. L’objet du message : « votre rendez-vous avec un conseiller ». Je comprends tout de suite que je ne vais pas dormir sur mes deux oreilles, prouesse gymnastique que je n’ai d’ailleurs jamais réussi à réaliser. Voici de quoi il retourne :

« Nous vous rappelons votre rendez-vous avec un conseiller le 9 avril 2014 à 9h. Merci d’avoir à votre disposition les pièces demandées dans votre convocation ».

J’inspire profondément. Je coupe mon souffle quelques secondes puis j’expire à fond. Je pense une seconde réitérer l’opération puis je réalise que je suis simplement en train d’improviser une technique de relaxation qui ne fonctionnera absolument pas. Pôle… Pôle, Pôle, Pôle. Tu sais que je suis en stage le 9 avril 2014 à 9h, tu le sais car tu as toi-même insisté pour que l’employeur te donne avec précision mes jours et heures de travail. Tu le sais, pourtant tu me fixes un rendez-vous sous forme de rappel alors qu’il n’a jamais été question d’une quelconque entrevue sur cette période et tu me demandes de ne pas venir les mains vides, avec les documents précisés dans une convocation qui n’existe à ma connaissance que dans tes rêves le plus fous. Pôle… Pôle, Pôle, Pôle… Une fois ma fièvre retombée à un niveau acceptable pour tenir une conversation courtoise, je compose le « numéro unique » me permettant de contacter Pôle, un conseiller, un concierge voire même le personnel d’entretien de l’agence dont je dépends. Je ne sais jamais véritablement qui me répond. Après avoir tapé le numéro de mon département sur mon clavier, mon numéro d’identifiant, après avoir appuyé sur 1, puis sur 2, encore sur 2, sur #, sur *, la boite vocale me propose d’être rappelé dans un délai de deux heures suite à un grand nombre d’appels. Ma fièvre a du remonter à ce moment-là. J’accepte tout de même d’être rappelé et je tente de savoir si la sieste porte conseil.

J’avais réussi à m’endormir, ce qui en plus d’être reposant était une belle performance si on s’en réfère à l’état d’usure de mes nerfs. Et le vibreur de mon téléphone a forcé mes paupières. Pôle me rappelait, il était dans les délais annoncés, je peux au moins lui reconnaître cela. Je m’empresse d’expliquer à l’opératrice que je suis convoqué à un rendez-vous alors que je suis en stage. Le tout en restant tout à fait aimable ce qui me permet de signer une deuxième performance en quelques minutes. Le moment suivant a bien failli me faire gâcher tout ce travail sur moi-même, la faute aux méthodes de Pôle expliquées par madame au bout du fil.

L’opératrice : « Vous êtes donc en stage demain, je le note dans votre dossier pour préciser pourquoi vous ne pourrez pas venir au rendez-vous. Cependant vous recevrez tout de même un courrier de premier avertissement avant radiation mais n’en tenez pas compte. L’envoi est automatique ».

Je vais donc recevoir un courrier de premier avertissement avant radiation. Mais je n’en tiendrais pas compte. Un premier avertissement avant radiation… à ne pas prendre en compte… Pôle… Pôle, Pôle, merde Pôle ! Est-il utile que je fasse la synthèse de ce nouvel épisode ? Pôle, comment vais-je parvenir à t’expliquer calmement qu’il va rapidement devenir impossible de t’expliquer les choses calmement. Qui peut revendiquer posséder un cerveau, des pouces opposables et tout l’attirail d’un homo-sapiens ? Toi ou ton ordinateur ? Comment se fait-il que tu ne sois même pas capable d’empêcher un courrier de partir alors même que tu as la justification que tu attendais et dont tu n’avais d’ailleurs pas besoin puisque tu l’avais déjà signée et tamponnée. Ma convention de stage signée par toi, Pôle ! Allez je vais me calmer sinon cette nuit non plus je n’arriverai pas à faire ce truc sur mes deux oreilles. J’en viens presque à oublier qu’aujourd’hui encore je me suis éclaté dans le laboratoire de pâtisserie.

S’il suffisait d’un simple coup de fil et d’un téléphone en mode vibreur pour réveiller Pôle…

124ème jour : au tableau

5ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Le meilleur moment de mon premier stage en pâtisserie était sans aucun doute l’après-midi d’aujourd’hui. Le meilleur moment, jusqu’au prochain. J’ai travaillé, disons plus exactement « j’ai appris », aux côtés d’un pâtissier que j’avais rencontré hier pour la première fois. C’est bien simple, il m’a donné un véritable cours de pâtisserie mêlant théorie et pratique autour du tiramisu. Il s’agissait de la première fois de la semaine que j’entrais dans le détail de certains tours de main comme la poche à douille ou la spatule, qu’elle soit plate ou coudée. Clou du spectacle, le chef est entré dans le laboratoire durant ce que je considère désormais comme ma première leçon et a pu y aller de ses conseils à mon égard. C’est en les voyant tous les deux exécuter parfaitement les gestes, chacun avec son petit plus d’ailleurs, que j’ai pu jauger le chemin qu’il me reste à parcourir pour atteindre ce niveau d’aisance. Il n’en fallait ni plus ni moins pour hausser encore ma motivation d’un ton. Le chef en a profité pour me dire que la semaine prochaine serait en ce qui me concerne essentiellement dédiée à ce type de travaux pratiques.

Pour conclure cette première semaine, j’ai eu un document à signer. Devinez qui voulait tout savoir. Oui, c’est bien lui. Pôle. Pôle qui avait omis de m’évoquer l’existence d’un dispositif me permettant de réaliser des stages, Pôle qui tient à ne rien faire lorsqu’il s’agit de trouver une entreprise, Pôle qui joue l’intimidation en invoquant l’esprit malin de la radiation pour celui qui sèchera les jours de stage, Pôle qui ne fait rien, non rien de rien, Pôle qui ne regrette rien. Pôle qui ne regrette rien et qui n’a pas mal à l’arrière-train en jouant la carte de la filature. En y réfléchissant, c’est plutôt malin. Sait-on jamais, à force de chercher il pourrait finir par trouver, enfin par inventer, une raison dont il validerait lui-même le caractère recevable et m’inscrire sur son fameux tableau de chasse des radiés. Qui dit radiation dit disparition des statistiques du chômage. Habile…

Croyez-vous qu’on puisse humainement avoir la tête sur les épaules et l’esprit mal placé ?

121ème jour : debout là-dedans !

2ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Pendant quelques jours, moi aussi je m’éveille à 5 heures mais personne n’en fait une chanson. Peu importe, me voilà sur pieds pour mon deuxième jour de stage.

Curieusement, ou pas d’ailleurs, ce matin la température du laboratoire ne m’a fait ni chaud ni froid. Surtout ni froid. Quand je pense qu’hier je jouais presque les stagiaires effarouchés pour quelques degrés en moins… Mais aujourd’hui j’ai tout de même deux jours d’ancienneté dans mon nouveau costume. Avant l’ouverture, les responsables du magasin sont passés nous saluer, par ordre d’apparition le directeur de magasin, le directeur général et le président. Je connaissais pour les avoir rencontré les deux premiers. Le directeur de magasin me gratifie d’une amicale tape dans le dos, d’un rire complice et surtout d’un « c’est pas le tout d’écrire, maintenant il faut y aller au charbon ! » Je comprenais ainsi qu’il lisait le blog ou qu’il l’avait fait au moins une fois. Vous noterez mon sens aigu de la déduction. Il avait opté pour le ton de la plaisanterie mais au fond, il était évidemment dans le vrai. Le directeur général quant à lui, tout aussi souriant à mon égard, s’est arrêté quelques minutes pour savoir comment se passait le stage. Il n’y a pas fait allusion mais j’ai bien senti dans son ton qu’il était au courant de mes prouesses littéraires. Enfin, le président a accompagné sa poignée de main d’un « bonjour monsieur ». Retour sur la terre ferme, fin de mes trois minutes de gloire matinale.

Pâtissièrement parlant, j’étais aux consignes de la même personne qu’hier. A la fois vif et pris d’une volonté de bien faire, il fait son possible pour assurer les tâches qui sont les siennes tout en me montrant un maximum de choses. Aujourd’hui j’ai donc garni des choux, des glands, des éclairs, des religieuses, coupé puis disposer des fruits sur des tartes, y compris des poires, ce fruit du diable qui a la phobie de se retrouver dans mon corps, ou l’inverse, je n’ai jamais vraiment su. J’ai également monté des mille-feuilles, manié la spatule et la poche à douille. Je devrais d’ailleurs plus exactement dire « j’ai appris » plutôt que « j’ai fait ».

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Pôle. Non, ce n’était pas pendant que je garnissais des glands, ôtez-vous cette idée de la tête. A l’école, lorsqu’on réalise un stage en entreprise, le professeur référent vient toujours rendre une petite visite sur place pour voir comment les choses se passent. Vous croyez que Pôle va passer me voir ?

PS : il parait que mon blog a été retenu parmi les finalistes d’une sorte de concours dont je n’ai pas encore saisi le contexte, ni le contenu d’ailleurs. Quoi qu’il en soit, il semblerait qu’il faille voter (à croire que c’est la saison). Si je ne parvenais pas à devenir pâtissier, je pourrais peut-être être élu maire d’internet ou un truc comme ça. C’est par ici qu’il faut voter