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120ème jour : ne pas avoir froid aux yeux

1er jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Aucun imprévu, un planning respecté, j’ai mis mon premier pied dans le monde professionnel de la pâtisserie ce matin. Tant que j’y étais, et pour ne pas me faire remarquer d’une drôle de manière dès le premier jour, j’ai immédiatement mis le second pied. Une belle manière pour moi de démontrer que mon projet de reconversion professionnelle n’est pas bancal. A peine arrivé dans le laboratoire, mon premier constat est sans appel : il va falloir que je m’habitue à la fraicheur. Enfin au froid. Bref, il ne fait pas chaud ici. D’ailleurs, l’une des premières phrases que m’a dit le chef est qu’il allait me falloir « prendre l’habitude du froid ». Vous voyez que je ne vous dis pas n’importe quoi, même le chef le dit. Alors oui, évidemment, ce n’est pas le froid dans lequel se meut chaque jour un employé du rayon des surgelés du même hypermarché mais bon, avant dans mon bureau, j’avais la climatisation réversible. Ah la reconversion…

Après ce choc thermique, me voici pour la première fois dans une tenue de pâtissier, une vraie tenue de vrai pâtissier. Une paire de chaussures de sécurité spéciale laboratoire, une veste, un tablier, une charlotte, l’illusion était parfaite. Il ne me restait plus qu’à apprendre le métier pour ne pas avoir l’air d’un comédien de scripted-reality doublé pour chacun de ses gestes. Un détail quoi. Alors allons-y. Très humblement, et c’est suffisamment rare pour que je le précise, j’imaginais faire ce stage pour de l’observation essentiellement voire uniquement, chose que j’aurais trouvé tout à fait normale. Ca et faire des cafés pour tout le monde, passer le balai, vider les poubelles et pourquoi pas faire des photocopies si le métier le nécessite. Une vie de stagiaire en somme. Finalement, il n’en fut rien, j’ai très rapidement été sollicité pour passer à l’action ce qui allait me permettre de me réchauffer. D’ailleurs je ne croyais pas si bien dire, voilà que je me retrouve avec un chalumeau dans les mains. Sur la matinée j’ai donc alterné entre les tartes au citron meringuées, les charlottes et autres entremets, les spatules, les poches à douilles, le tout sous l’oeil bienveillant de l’un des pâtissiers qui semble-t-il sera mon formateur personnel cette semaine. Cela ne flatte pas mon égo qui pour le coup a pris un coup de froid lui aussi, mais j’ai apprécié me retrouver dans des situations inconnues, à tenter de reproduire tant bien que mal des gestes que je n’avais jamais fait, du moins pas avec la bonne technique. Jusqu’ici j’écrivais la reconversion, depuis ce matin et pour dix jours, je commence à la vivre.

J’ai terminé mon premier jour sans avoir servi ni café ni fait aucune photocopie d’aucune sorte. Pour personne.

119ème jour : avant-propos

En théorie, ou sur le papier comme on a coutume de dire dans les vestiaires, aujourd’hui c’était mon premier jour de stage dans une pâtisserie en grande distribution. Si je dis « en théorie », ou « sur le papier », c’est parce que mon stage commençait par un lundi, synonyme de jour de repos pendant mon immersion de dix jours en entreprise. Cependant, j’avais tout de même demandé à être reçu ce matin de manière à prendre quelques repères et éventuellement récupérer une tenue de travail. Cela me permettait aussi de montrer combien l’auréole au-dessus de ma tête brillait. J’ai ainsi rencontré la responsable du service du personnel qui m’a fait essayer une paire de chaussures, m’a donné la procédure pour entrer demain matin et a prévenu la sécurité que j’allais descendre avec sous le bras la fameuse paire de chaussures dans sa boîte mais que j’étais en règles. En y repensant, je la remercie encore de m’éviter de la sorte une fouille approfondie dans un local aux fenêtres sans tain. Avant que je parte elle m’informe également que finalement demain je n’embauche qu’à 8h et pas à 6h comme prévu initialement. J’espère que Pôle, s’il est informé de ce changement de planning, ne va pas encore sortir son épouvantail de la radiation pour tenter de faire de moi un petit être apeuré, ce bâton qu’il brandit fièrement pour que ne me vienne pas l’idée de jouer au mauvais élève durant ce stage qu’il a fait l’effort de ne pas me trouver, ce stage dont il a même failli ne jamais me parler. Impertinent que je suis, sur ce sujet j’avais décidé de jouer les curieux.

Si je résume, pour ceux qui ont l’habitude de ne rien comprendre mais qui lisent quand même pour me faire plaisir alors que je me fiche complètement de leur avis, je pourrais dire que ce jour de stage qui était le premier n’en avait pas l’air et que le deuxième ferait sans doute un bon premier. Et je dis bien « le deuxième », pas « le second », c’est chez moi une habitude ce n’est donc pas la première fois. Alors en premier lieu revoyez votre vocabulaire, je ne l’écrirai pas une deuxième fois.

Allez, à trois on se dit « à demain ». Un… Deux… Trois…

116ème jour : don’t « smoging »

Je ne sais pas si c’est l’approche de mon premier stage, le printemps ou tout simplement de la pure inconscience, mais je me sens plutôt serein en cette fin de semaine. J’ai vu passer tellement d’énormités en 116 jours que j’étais presque parvenu à oublier que certaines étapes avaient été validées. Avec ou sans Pôle, me voici avec deux stages à venir, un voire deux qui se profilent en supplément, mes rapports avec la Chambre des Métiers et de l’Artisanat qui sera tout de même mon futur centre de formation sont à la fois agréables et constructifs, bref, il y a du bon dans tout cela. Je savais qu’il y en aurait juste après la dissipations des brumes et brouillards administratifs.

Le smog. C’est ça, c’est le smog. Pour ceux d’entre vous qui ne savent pas de quoi il s’agit, ceux d’entre vous qui croient que les coquelicots et les papillons sont encore de ce monde, « le smog est une brume brunâtre épaisse, provenant d’un mélange de polluants atmosphériques, qui limite la visibilité dans l’atmosphère ». Ma vie avec Pôle, c’est avancer dans le smog. Je sais où je veux aller, le temps de la réflexion m’a permis de comprendre par où je devais passer, l’itinéraire parait simple et sans détour. Mais voilà. Une fois que j’ai chaussé mes baskets pour partir à l’aventure, Pôle, qui lui porte plutôt des gros sabots, lui qui devrait être mon fidèle compagnon de route, est en réalité celui qui en soufflant le chaud et le froid crée le smog. Alors je ne reconnais plus le paysage, je suis invité à rester chez moi pour ne pas respirer cet air nauséabond, je tente d’avancer quand même mais sans aucun repère, j’en viens donc à me perdre, à envisager de faire demi-tour, à m’entêter à avancer à l’aveugle, à trébucher, m’accrocher aux branches, avancer, trébucher… Vous avez saisi l’idée. Et moi la branche. J’y voyais bien jusqu’à ce que je demande à y voir clair.

Après le smog vient le beau temps. Enfin il vaudrait mieux, sinon c’est intoxication assurée.