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110ème jour : colonnes à la une

Ceux qui n’avaient pas encore eu le plaisir immense de dévorer le récit de ma vie d’actif au chômage, soit parce qu’ils n’ont pas internet, soit parce qu’ils n’ont pas idée de ce qu’ils manquent, ont eu le bonheur de me découvrir dans la presse du jour. A condition bien sûr qu’ils habitent dans mon département et qu’ils lisent la presse locale.

C’était la deuxième fois qu’un journaliste s’intéressait à mon cas, ce cas qui n’est pas que le mien, malheureusement pour moi et mon ambition d’être unique. Le premier journaliste, la première très exactement, avait eu cette formule : « j’ai testé pour vous la reconversion  professionnelle ». J’avais trouvé que ça résumait parfaitement la situation. Dans l’article du jour, le journaliste emploie une expression toute aussi brillante, mes billets sont considérés comme « un témoignage sociologique sur la France du chômage ». Rien que ça. Tu es là, chez toi, tranquille dans des pantoufles de chômeur, tu te dis que tu vas faire un blog puisque tu n’as que ça à faire de tes journées, comme tu vas devoir traiter avec Pôle tu te dis que ton personnage principal est tout trouvé et là, patatra. Que dis-je, saperlipopette, si vous me permettez ce langage quelque peu fleuri. Voilà que sans m’en rendre compte, ou presque, je me retrouve témoin sociologique de la France du chômage. A ne pas confondre avec la Chance du fromage qui n’est autre que la contrepèterie du siècle dans ce cas précis. De quel siècle, je l’ignore. Enfin tout cela pour dire que j’ai eu ma petite exposition en première page du cahier local, de quoi satisfaire un peu mon narcissisme inné. Et peut-être signaler à quelques chefs pâtissiers du coin que je me rêve apprenti à leurs côtés. Le mieux est tout de même que je vous laisse découvrir l’article.

Lundi, comme prévu, je vais chez Pôle. Peut-être lit-il le journal le week-end.

109ème jour : ne pas finir chocolat

Je vais devoir revenir chez Pôle. Oui, encore. Re-revenir donc. Et lundi de préférence, pour être certain de débuter la semaine de la meilleure manière.

Vous vous demandez sans doute pourquoi je m’inflige cela. Non je disais, vous vous demandez sans doute pourquoi je m’inflige cela. Mais peut-être bien que vous ne vous demandez rien du tout. Si j’ai décidé de revenir chez Pôle, car oui je l’ai décidé, c’est tout simplement parce que. Tout simplement parce que, et je sens moi-même tout comme vous  à cet instant ce suspens insoutenable, tout simplement parce que j’ai trouvé un deuxième stage. Oui, je sais à quel point cela doit vous faire plaisir. Avant-hier, j’avais passé un coup de fil dont je m’étais bien gardé de vous parler, mon sens inné pour les surprises, et ce soir j’avais rendez-vous. C’est un chocolatier qui me recevait, plus exactement deux artisans associés qui ont ouvert récemment de nouveaux locaux comprenant une boutique et un laboratoire. J’ai pu discuter avec l’un, puis avec l’autre et enfin avec les deux, et tout comme avec les pâtissiers que j’ai rencontré précédemment, la conversation fut des plus enrichissante. Encore une fois, je fus pris par l’envie de demander une dérogation pour que ce soit eux mes conseillers à la place de ceux de Pôle. Je suis tombé sur des personnes qui m’ont interrogé sur mon parcours, sur le pourquoi du comment, des personnes qui se sont intéressées, qui voulaient connaître mes motivations, des personnes qui tentaient peut-être de savoir si je n’avais rien d’autre à foutre que m’engager dans une reconversion professionnelle. Le pire dans tout cela, c’est qu’en plus ils avaient l’air de trouver mon projet à la fois réalisable et intéressant. Avec du travail, évidemment. A un moment, j’ai hésité à pleurer mais je ne me mouche pas le premier soir.

Après quelques amabilités, mes désormais chocolatiers préférés me proposaient trois créneaux pour m’accueillir en stage durant le mois de mai. Des créneaux certes mais il serait peu sérieux de faire marche arrière. Voici comment en quarante-cinq minutes de rendez-vous il m’a été possible de présenter mon aventure dans son intégralité et de recevoir des propositions concrètes.

Du coup lundi, je vais chez Pôle avec mes dates. Et je lui apporte un mode d’emploi.

108ème jour : le timbre de ma voie

Ce matin j’avais du courrier. Du vrai, en papier, dans une enveloppe, le genre que l’on trouve par tradition dans une boîte métallique trônant au sommet d’un piquet de bois ou dans un hall d’accueil. Une création que la technologie n’a pas encore complètement éradiquée.

C’est l’AGEFOS qui m’écrivait. Comme je ne saurais pas expliquer précisément ce qu’est cet organisme l’ignorant moi-même, je me suis contenté de comprendre qu’il s’agissait du collecteur de mon Droit Individuel à la Formation (DIF). Il me répondait suite au courrier estampillé Pôle que je leur avais adressé il y a quelques jours et concernant le bilan de compétences que j’envisageais. Je ne connais pas la nature des relations entre l’AGEFOS et Pôle, je ne sais pas d’ailleurs si une quelconque forme de relation existe, en tout cas j’ai trouvé des similitudes troublantes dans le style de rédaction. J’avais été très scolaire sur ce coup-là, parfaitement discipliné. Pôle m’avait dit d’envoyer le courrier, l’après-midi même il était envoyé. J’avais les cartes en main. Mais pas toutes visiblement. L’AGEFOS, à sa manière, m’a retourné aujourd’hui les documents que j’avais envoyé en me précisant qu’il en manquait et en en ajoutant un de plus à compléter. Des croix, des paraphes, des signatures, tous ces petits riens qui font tout. Qui font toute la différence. Il va falloir que je persévère, je n’ai pas encore atteint ce niveau administratif qui m’aurait permis d’éviter aujourd’hui de recevoir un courrier intitulé « Dossier incomplet ».

Je crois que cette lecture matinale a été la goutte d’eau qui m’a laissé les pieds dans la vase au sujet de ce bilan de compétences. Les jours filant, j’avais de plus en plus de doutes quant à l’utilité pour moi d’aller vers ce dispositif. J’avais les idées claires, un projet, de la motivation à revendre, en résumé je savais ce que je voulais et je n’étais pas contre un peu d’aiguillage que je pensais trouver auprès de professionnels en la matière. Une lectrice de ce fantastique recueil que vous êtes en train de parcourir m’avait alerté sur ce sujet. Est-ce que le bilan de compétences n’allait pas uniquement me servir à perdre mon DIF ? J’ajoute à cette question les turpitudes postales qui ont débuté aujourd’hui et je finis par décréter en accord avec moi-même que le bilan de compétences va me faire perdre un temps que je n’ai pas.

J’espère que mon facteur ne va pas prendre ça pour lui.