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288ème jour: à rebours

J’attends toujours.

Vous vous demandez sans doute ce que je fais entre deux billets. Mais si, bien sûr que vous vous le demandez. Non ? Allez, puisque vous êtes chez moi, on va dire que vous vous le demandez. Six jours sont passés depuis mes dernières nouvelles. Enfin quand je dis « nouvelles », n’y voyez aucun lien avec une quelconque forme de nouveauté sous le soleil de l’été indien. Comme je veux montrer que je suis un bon élève, sur le retour certes mais bon élève quand même, j’attends. Sagement. Enfin plus ou moins sagement si vous décidez de prendre en considération cette sombre affaire de carton rouge dont je ne vous referais pas le paragraphe. Assis dans la salle d’attente de mon avenir professionnel donc, je ne joue pas au football puisque je n’en ai pas le droit jusqu’aux prochaines instructions. Mais je pâtisse. Ah ça oui, je pâtisse. Je fais mes devoirs à l’avance d’une certaine façon. Je fais comme si.

Demain, c’est la seconde réunion d’information collective au sujet du CAP Pâtissier. Si elle se déroule comme celle à laquelle j’étais convié, une trentaine de personnes actuellement sans emploi va apprendre que sa volonté de reconversion professionnelle ou plus simplement de formation a un prix. Au sens propre comme au sens figuré. Un prix qu’aucun  d’entre nous ne saurait régler d’un point de vue financier, le prix à payer pour sortir du chômage. Et trois places à prendre, souvenez-vous. A partir de demain, ou après-demain peut-être, je ne suis plus à cela près et je vous fais grâce de la petite monnaie, je suis susceptible de recevoir une réponse. Par courrier postal. En y repensant, je me dis qu’il serait bienvenu de ma part de prévenir mon facteur que je vais peut-être le détester bientôt. Ou l’aimer plus qu’il ne faut, au point de lui acheter chaque année des cartons entiers de calendriers à la gloire de chats en tous genres. Quel que soit le résultat, il n’y sera pour rien mais comme je le vois tous les jours mieux vaut pour lui que tout se passe bien.

Des oreilles sifflent. Les miennes, celles de Pôle.

247ème jour: répondre présent

Je suis convoqué.

Ca y est. Je l’ai. J’ai reçu ma convocation pour la réunion d’information collective préalable à la validation de mon inscription en CAP Pâtissier, signée par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Et ma présence est obligatoire. Cette réunion aux airs d’entretien d’embauche aura lieu dans environ trois semaines et représente finalement la première étape concrète de mon parcours d’écolier sur le retour. C’est dingue comme les choses peuvent aller vite quand ce n’est plus Pôle qui décide. Bon, rendons-lui tout de même ce qui est à César, sans la pré-inscription effectuée deux jours avant par la conseillère, je n’aurais pas reçu cette convocation. La grande difficulté, la mienne en l’occurrence, aura été de faire comprendre à Pôle et associés que certes ce projet de reconversion professionnelle est le mien mais que sans un brin de bonne volonté de leur part nous serions amenés à nous revoir sans cesse, dans un climat de plus en plus sec. Entre nous tout a commencé de manière plutôt froide comme cela arrive parfois lors d’une première rencontre, puis j’ai tenté d’amener un peu de chaleur et j’ai vite compris que sur ce point Pôle n’en connaissait pas un rayon. J’ai attendu la dissipation des brumes et brouillards, je prévoyais toujours une tenue de pluie au cas où, je guettais l’éclaircie et j’ai toujours eu à affronter le vent. Beaucoup de vent. Dans presque tous les bureaux. Puis avant-hier, la lumière fut après une nuit noire de 245 jours. Ce fut une surprise pour tout le monde, pour Pôle qui avait semble-t-il perdu l’habitude de se rendre utile, et pour moi bien entendu qui pensait que Pôle n’avait même jamais eu cette habitude. Mais je dois bien le reconnaître, cette pré-inscription qui ne venait pas n’était pas de son fait. Pour cette fois, ce n’est vraiment pas lui. Pour la balade dans les différents bureaux de son quartier général, par contre c’est lui. Il doit être soulagé de ne plus avoir à faire à moi pendant quelques temps tout en sachant que nous nous reverrons bientôt.

Pôle, je te souhaite de bonnes vacances. Repose toi, mais pas sur tes lauriers.

235ème jour: non

Non, Pôle. Non.

Je ne me présenterai pas à ce rendez-vous que tu me proposes le 24 septembre prochain. Je ne me présenterai pas à ce rendez-vous dans ton intérêt, dans celui également de la conseillère que tu m’as gracieusement alloué, quoique je ne sois pas persuadé du titre gracieux de cette délicate attention. Tu sais Pôle, il est préférable pour toi que ce rendez-vous n’ait pas lieu, qu’il n’existe jamais. Pour une raison simple, s’il ne fallait en retenir qu’une. La voici: à cette date, si tu as bien travaillé, je serais l’heureux élève d’une classe de CAP Pâtissier, point d’honneur de ma reconversion professionnelle. Le 24 septembre prochain, si toi, ta bande de conseillers et moi en sommes encore à parler « suivi personnalisé de projet professionnel », je serais dans l’obligation d’oublier mes bonnes manières.

Pôle, il me semble t’avoir déjà demandé de ne pas laisser tes ordinateurs sans surveillance. A la moindre occasion, tes machines s’empressent de m’envoyer ces courriers formatés dont elles ont le secret, ce genre de torchon qui potentiellement peut mettre en danger l’intégrité physique du ou de la conseillère dont le nom figure en introduction. Je te l’avoue sincèrement, je préfère de loin le regard vide de tes collaborateurs aux travaux binaires et autonomes de ta machinerie informatique.

Moi qui m’imaginais que tu m’apportais une bonne nouvelle, une avancée, même un pas, un seul. Tu vois comme je suis naïf sous mes grands airs. Ma semaine de vacances était jusqu’alors des plus agréables. Tu as ce don pour tout gâcher.