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200ème jour: les jours les plus longs

Il y a 200 jours, je quittai mon travail. La scène avait lieu dans des conditions que chacun est libre d’interpréter, j’ai préféré pour ma part laisser ce sujet épineux avec ses épines.

En 200 jours, j’ai fermé la porte de mon bureau, passé la porte de la dernière entreprise en date qui m’a signé un CDI, opté pour l’aventure de la reconversion professionnelle avec l’objectif de devenir pâtissier, j’ai retrouvé Pôle, rencontré un conseiller, puis un deuxième, un troisième et ainsi de suite jusqu’à six, peut-être sept, je n’en suis plus sûr moi-même, j’ai pris attache avec la Chambre des Métiers pour savoir comment devenir pâtissier, avec des pâtissiers grandeur nature pour découvrir le métier à leurs côtés, je me suis imaginé élève dans une classe de CAP, j’ai semé quelques idées pour faire germer un projet, j’ai trié, organisé mais aussi bien évidemment j’ai pesé, crémé, sucré, fariné, j’ai fait comme si pour m’y croire, j’ai patienté du mieux que j’ai pu, j’ai fait des courriers, passé des coups de fil, j’ai fait le papa, le beau-papa, le mari, j’ai rencontré des journalistes à qui j’ai raconté ce que je nomme modestement mon périple, je me suis imaginé chef d’entreprise et j’y pense depuis chaque matin en ne me rasant pas, j’ai transformé la gourmandise en #Gourmandièse, j’ai trouvé un camion, un restaurateur prêt à m’aider, de parfaits inconnus également prêts à m’aider y compris financièrement pour certains d’entre eux, j’ai fait des gâteaux, beaucoup, j’en ai mangé au moins autant, j’ai tenté de résister à la démotivation ambiante, à la ritournelle sur la crise et le chômage, j’ai dit même pas peur, j’ai dit je m’en fous, j’ai dit je vais le faire pour finir par je vais y arriver, j’ai pointé tous les mois, j’ai attendu Pôle, encore et encore, mais j’ai rapidement compris qu’il ne fallait rien attendre ni de lui ni de personne, j’ai fait des choix et il en reste à faire, j’ai suivi les étapes, j’ai fait comme on m’a dit quand j’ai eu confiance, j’ai fait à ma manière dans tous les autres cas, j’ai partagé cette expérience quand elle pouvait aider, j’ai parlé de moi comme à mon habitude avec un plaisir qui n’a d’autre nom que le mien, je suis passé de Yohan Grangier à Moi, Yohan Grangier, 31 ans, futur reconverti professionnel, j’ai décidé que l’appellation ne changerait pas après mon prochain anniversaire, j’ai acheté des fouets, des emporte-pièces, des grilles, des moules, des spatules, des oeufs, de la farine, du beurre, du sucre, j’ai gardé toutes mes convictions quant à mon avenir pâtissier, je suis resté attentif à tous les avis, tous les commentaires, toutes les questions, j’ai fait le tri pour optimiser mon énergie, j’ai mis un point d’honneur à suivre au gramme près la recette de la réussite et enfin j’ai accessoirement délivré la plus longue phrase de l’histoire des blogs.

Tout ça et bien plus encore, en 200 jours. Pas un de plus.

198ème jour: la même longueur d’onde

Ce matin j’ai passé une radio. Rien de grave, c’était une radio locale.

La semaine dernière, un journaliste de l’antenne locale d’une radio nationale m’a appelé pour une interview. J’ai refusé. Je déteste raconter ma vie à tout le monde et je tiens à garder pour moi mon aventure de reconversion professionnelle. Un peu d’intimité que diable ! Pourquoi pas un blog pendant qu’on y est ? J’ai donc dit au journaliste que l’on pouvait caler l’interview mercredi prochain puisqu’il le proposait, à savoir aujourd’hui. Puisque c’était la semaine dernière. Ce fut court, matinal, en direct, et je parle toujours de l’interview. On a parlé reconversion professionnelle, camion, #Gourmandièse, pâtisserie, CAP, le pain quotidien en somme. C’est toujours un plaisir de parler de tout ça, et de parler de moi surtout dans la mesure où il s’agit là de mon sujet préféré et que par ailleurs je le connais par coeur.

Dans l’après-midi, j’ai adressé un mail à la personne qui s’occupe de moi à la Chambre des Métiers. Vous savez, celle que le conseiller de Pôle que j’ai vu lundi a rebaptisé « Madame Machin ». Dans ce message, j’ai justement tenté de lui expliquer comment s’était passé ce nouvel épisode chez Pôle. Mon mauvais esprit aidant, j’ai pensé qu’elle ne recevrait jamais le mail que j’ai quémandé au conseiller. Comme je compte bien être invité à la réunion d’information collective concernant le CAP Pâtissier et que celle-ci semble passer notamment par ce fameux mail, je préfère montrer patte blanche, voire même pâte blanche si j’osais croire que vous comprendrez ce jeu de mot magistral. Après cette correspondance, je suis allé au restaurant déposer mes petits gâteaux du jour. C’est toujours un réel plaisir de discuter avec le chef et son épouse qui ont l’air de prendre un véritable plaisir à parler de mon projet. Ils discutent avec les clients, les sensibilisent à mon aventure, prennent des informations pour que je puisse rester en contact avec les personnes qui décident de participer. Et tout cela en plus de leur travail quotidien en salle comme en cuisine. Après merci, on dit quoi ?

Dans ce genre d’atmosphère, dans ce climat de convivialité, d’entraide et d’échanges, je dirais que la reconversion professionnelle est un petit pas pour l’homme mais un bond de géant pour l’humanité. Tout cela me donne envie de décrocher la lune.

193ème jour: premier service

Ce midi je suis allé salué le chef du restaurant et son épouse, pour savoir par la même occasion, bien sûr, comment la soirée d’hier s’était passée. Première soirée de mignardises #Gourmandièse pour les cancres qui ne suivent pas. Comme il le pressentait, il n’y a pas eu foule, un service calme s’il en est. Cependant nous le savons tous, ce n’est pas tant la quantité mais la qualité qui compte, la journée d’hier confirma l’adage. Car oui, deux dons pour mon aventure sont à noter lors de cette première soirée, deux nouveaux héros. Le premier d’ailleurs entre dans la catégorie « improbable » puisqu’il a participé lors du service du midi alors que les mignardises n’étaient proposées que le soir. Cependant il ne souhaitait participer ni pour les sucreries, ni pour une quelconque forme de remerciements, il participait, tout simplement. Cette reconversion professionnelle est vraiment riche de tout. De découvertes, de rencontres, de stress, de satisfaction, d’idées… de beurre aussi… un peu.

La femme du chef a elle aussi participé à ce compte-rendu de la soirée. Elle est en salle, elle est d’une certaine façon à la meilleure place pour voir les réactions face à #Gourmandièse. Les clients ont sur leur table un petit chevalet présentant le projet, la reconversion professionnelle, le camion, le financement participatif. Et c’est madame qui assure la présentation auprès de la clientèle. Et croyez-moi elle le fait de belle manière et s’implique totalement. Elle a trouvé elle-même les supports pour présenter mon document, elle explique le projet aux clients, c’est tout juste si elle ne cherche pas à les convaincre de participer ! Et le tout de manière complètement désintéressée, simplement pour aider. Cette reconversion professionnelle est vraiment riche de tout. De découvertes, de rencontres, de stress, de satisfaction, d’idées… et d’attentions comme celle-ci, surtout.

Demain je remets ça au restaurant, livraison de petits gâteaux pour tout le monde avec le café, service du midi et du soir. Peut-être que bientôt Pôle créera une case spécialement pour moi pour déclarer ce genre de « travail ». Une case à mon nom. Ah ouais, à mon nom.