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128ème jour : rêve de trêve

7ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Comme prévu, cette deuxième semaine de stage fait la part belle aux travaux pratiques agrémentés des conseils avisés de mes collègues éphémères. Des tours de main, des techniques de dressage, mes hôtes ont réellement l’intention de m’en montrer le plus possible pour rendre ce stage bénéfique. D’ailleurs aujourd’hui, encore une nouveauté, en compagnie du chef j’ai découvert la chocolaterie. Il s’agit là de sa spécialité, ou de l’une de ses spécialités, et j’ai senti le professionnel heureux de transmettre son savoir. Il a même été jusqu’à me mettre les ustensiles en main et m’a laissé faire tout seul comme un grand pendant qu’il avançait sur autre chose ailleurs dans le magasin. Cela me fera une introduction parfaite à mon stage en chocolaterie qui aura lieu dans le courant du mois de mai. La maison qui m’accueillera m’a d’ailleurs recontacté pour me communiquer mes horaires, les choses avancent.

D’une certain façon, lorsque Pôle a décidé d’emmerder quelqu’un d’autre que moi, je peux garder toute mon énergie pour mon aventure de reconversion professionnelle. Oui, je dis « emmerder », le verbe est vulgaire non pas par volonté mais de manière très naturelle. A vrai dire, c’est le seul qui me vient à la bouche. L’épisode d’hier, un exemple parmi tant d’autres en 128 jours, ne m’incite pas à user d’un autre langage. Alors Pôle, s’il te plait, ne m’emmerde plus. Oui, bien entendu, tu me verses une allocation chaque mois mais si je fouillais un peu dans les petites lignes des bulletins de salaire de l’époque où j’étais un homme bien qui avait un métier pour une durée indéterminée, je suis certain que je comprendrais que cet argent que tu me verses tu me le dois. Toi ou quelqu’un d’autre. Restons-en donc à un prêté pour un rendu pour éviter de tomber dans le grotesque de la radiation intempestive dont tu agites la bannière avec insistance ces derniers jours.

Balle au centre.

124ème jour : au tableau

5ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Le meilleur moment de mon premier stage en pâtisserie était sans aucun doute l’après-midi d’aujourd’hui. Le meilleur moment, jusqu’au prochain. J’ai travaillé, disons plus exactement « j’ai appris », aux côtés d’un pâtissier que j’avais rencontré hier pour la première fois. C’est bien simple, il m’a donné un véritable cours de pâtisserie mêlant théorie et pratique autour du tiramisu. Il s’agissait de la première fois de la semaine que j’entrais dans le détail de certains tours de main comme la poche à douille ou la spatule, qu’elle soit plate ou coudée. Clou du spectacle, le chef est entré dans le laboratoire durant ce que je considère désormais comme ma première leçon et a pu y aller de ses conseils à mon égard. C’est en les voyant tous les deux exécuter parfaitement les gestes, chacun avec son petit plus d’ailleurs, que j’ai pu jauger le chemin qu’il me reste à parcourir pour atteindre ce niveau d’aisance. Il n’en fallait ni plus ni moins pour hausser encore ma motivation d’un ton. Le chef en a profité pour me dire que la semaine prochaine serait en ce qui me concerne essentiellement dédiée à ce type de travaux pratiques.

Pour conclure cette première semaine, j’ai eu un document à signer. Devinez qui voulait tout savoir. Oui, c’est bien lui. Pôle. Pôle qui avait omis de m’évoquer l’existence d’un dispositif me permettant de réaliser des stages, Pôle qui tient à ne rien faire lorsqu’il s’agit de trouver une entreprise, Pôle qui joue l’intimidation en invoquant l’esprit malin de la radiation pour celui qui sèchera les jours de stage, Pôle qui ne fait rien, non rien de rien, Pôle qui ne regrette rien. Pôle qui ne regrette rien et qui n’a pas mal à l’arrière-train en jouant la carte de la filature. En y réfléchissant, c’est plutôt malin. Sait-on jamais, à force de chercher il pourrait finir par trouver, enfin par inventer, une raison dont il validerait lui-même le caractère recevable et m’inscrire sur son fameux tableau de chasse des radiés. Qui dit radiation dit disparition des statistiques du chômage. Habile…

Croyez-vous qu’on puisse humainement avoir la tête sur les épaules et l’esprit mal placé ?

123ème jour : cours particulier

4ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

C’est ce qu’on appelle, enfin ce que j’appelle, une bonne grosse journée. Jusqu’à présent, mes journées de travail lors de mon stage en pâtisserie étaient matinales et prenaient fin à l’heure du déjeuner. L’heure de faim en somme. Aujourd’hui, vous prenez la même recette de base et vous y ajoutez une pincée d’heures que vous répartissez dans l’après-midi. Vous obtenez ainsi une bonne grosse journée. Elle fut riche d’enseignements tout en reprenant les fondamentaux des jours précédents : tartes et tartelettes aux fruits, îles flottantes, pâte à choux, dans des volumes plus importants qu’hier mais bien moins que demain, effet week-end oblige. Pour autant, le chef a pris quelques minutes pour venir voir ce que je faisais de plus près. J’étais à mon poste, poche à douilles en main, le geste technique par excellence du pâtissier. Il m’a alors fait une démonstration, m’a conseillé, il a corrigé mon geste, m’a refait une démonstration. Cela n’a duré que quelques minutes mais j’ai entendu et vu des choses que personne jusqu’ici ne m’avait expliqué directement. Masterclass expresse, masterclass quand même.

Demain, même heure, même endroit. Mais d’abord, pyjama.