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131ème jour : les bonnes choses

10ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Voilà. C’était le dernier, le dernier jour de mon premier stage en pâtisserie. Et en même temps le premier jour du reste de ma reconversion professionnelle. La fin de cette journée fut consacrée à un bilan avec le chef, une analyse de mes premiers pas dans un tablier de pâtissier. Je ne suis pas peu fier de moi, jusqu’ici rien de nouveau, vous commencez à me connaitre. Fier parce que le chef se disait satisfait de ma prestation pendant ces dix jours de stage, par mon attitude, ma motivation, mon implication. Sous ses airs de conseil de classe, cette petite entrevue était tout à fait ce qu’il me fallait pour finir en beauté cette première expérience qui elle-même venait conforter mon désir de devenir pâtissier. Pour reprendre ses mots, le chef n’a aucune inquiétude quant à ma réussite à l’examen même si mon futur apprentissage se fera en vitesse accélérée. Quoi qu’il se passe désormais, il aura été mon premier chef tout comme mes collègues de ces deux dernières semaines auront été mes premiers professeurs. Pour une durée limitée certes, mais je n’accorde d’importance qu’au contenu, aux rencontres, le temps file s’il le veut mais moi je me souviens.

Ce tête à tête avec le chef tournait autour d’un document, tout ce qu’il y a de plus officiel, quelques feuilles agrafées entre elle et envoyées par… Pôle. Oui, Pôle voulait lui aussi savoir comme mon stage s’était passé, si j’étais bien présent chaque jour mais pas seulement. Il voulait également savoir ce que j’avais fait, quel matériel j’avais utilisé, quelles tâches j’avais effectué, ce que le chef a pensé de moi, enfin vous voyez le genre de questionnaire. Si moi aussi j’avais voulu feindre de m’intéresser à un sujet, je n’aurais pas rédigé une meilleure imposture. Je suis très curieux de savoir comment sera utilisé ce document une fois qu’il sera revenu dans les bureaux de Pôle. Le chef m’a d’ailleurs fait part de ses propres déboires avec le même Pôle. Il avait décidé de s’inscrire en tant que demandeur d’emploi le temps de créer son entreprise, il savait parfaitement où il allait, malheureusement on ne pouvait pas en dire autant de Pôle. Non, lui ne comprenait pas que l’on puisse sciemment venir s’inscrire, que l’on refuse des propositions d’emploi alors qu’on ne touche pas d’allocations, il ne comprenait visiblement pas non plus qu’en s’intéressant un minimum au projet de son interlocuteur il aurait tout compris. A quoi servent donc les compte-rendu rédigés lors des entretiens avec les conseillers ? A mon avis, qui n’engage que moi, je pense que chaque disciple de Pôle rédige dans un langage très personnel que lui seul peut déchiffrer et, comme un chômeur ne voit jamais deux fois de suite le même conseiller, impossible pour celui qui suit de savoir ce qu’a retenu son prédécesseur. C’est aussi difficile à expliquer qu’à comprendre. Alors si vous n’avez pas compris, faites-vous expliquer.

A présent j’attends mon premier avertissement avant radiation pour justifier mon absence à un entretien individuel avec ma conseillère, ou quelqu’un d’autre d’ailleurs puisque Pôle aime les surprises, en précisant que j’étais en stage suivant un planning validé par Pôle lui-même. Si vous n’avez pas compris, même consigne que précédemment.

129ème jour : réunion de chantier

8ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Tout va bien. Je ne pourrais pas le dire de meilleure manière alors je me satisfais d’un « tout va bien ». Ceux que j’appellerai pour l’occasion mes « maîtres de stage » s’occupent toujours très bien de moi et me font répéter quelques gestes de base tout en me confiant certaines responsabilités. Attention, quand je dis « responsabilités », je veux simplement illustrer le fait qu’on me laisse seul pour effectuer le travail que l’on me demande. Je prends tout de même le soin de faire valider par les fins connaisseurs qui m’entourent avant que les pâtisseries ne partent à la vente. Je crois d’ailleurs avoir bien fait d’opter pour cette pratique aujourd’hui dans la mesure où j’ai eu à réaliser des mignardises à l’attention du PDG du magasin. Si demain on me refuse l’entrée dans le laboratoire de pâtisserie, cela ne sera pas parce que je ne suis pas accompagné ni parce que je ne suis pas un habitué ou parce que je porterai des baskets, mais bien parce que « mes » mignardises n’avaient rien de… mignon.

En débauchant aujourd’hui je suis tombé sur un ami de longue date, un futur reconverti professionnel dont j’ai déjà eu l’occasion de parler ici. Lui aussi a du emprunter les routes sinueuses de cette aventure dont nous sommes les héros, il a connu les contacts enrichissants ainsi que les grincheux et leurs prédispositions à… faire chier le monde. Oui, hier je disais « emmerder », ce soir je lance un « faire chier ». On reste dans le même champ lexical, dans le même contexte, les mêmes causes pour les mêmes conséquences. L’essentiel est préservé, la bienséance peut donc aller se faire, bref, trêve de poésie. Mais mon ami a semble-t-il réussi à trouver un filon, au grand désespoir de ces empêcheurs de ne pas tourner en rond, et devrait débuter sa formation dès la semaine prochaine. Nous nous faisions d’ailleurs la remarque que notre génération paraissait se fendre d’une toute nouvelle passion pour la reconversion professionnelle. En réalité, je ne sais pas quoi penser de ce phénomène. A-t-on été mal aiguillé à un moment précis, est-ce le monde juste là dehors qui nous donne ce genre d’idées étranges ou sommes-nous tout simplement nous aussi, à notre manière, des emmerdeurs ?

Laissez-moi tranquille avec vos questions.

128ème jour : rêve de trêve

7ème jour du 1er stage dans une pâtisserie en grande distribution

Comme prévu, cette deuxième semaine de stage fait la part belle aux travaux pratiques agrémentés des conseils avisés de mes collègues éphémères. Des tours de main, des techniques de dressage, mes hôtes ont réellement l’intention de m’en montrer le plus possible pour rendre ce stage bénéfique. D’ailleurs aujourd’hui, encore une nouveauté, en compagnie du chef j’ai découvert la chocolaterie. Il s’agit là de sa spécialité, ou de l’une de ses spécialités, et j’ai senti le professionnel heureux de transmettre son savoir. Il a même été jusqu’à me mettre les ustensiles en main et m’a laissé faire tout seul comme un grand pendant qu’il avançait sur autre chose ailleurs dans le magasin. Cela me fera une introduction parfaite à mon stage en chocolaterie qui aura lieu dans le courant du mois de mai. La maison qui m’accueillera m’a d’ailleurs recontacté pour me communiquer mes horaires, les choses avancent.

D’une certain façon, lorsque Pôle a décidé d’emmerder quelqu’un d’autre que moi, je peux garder toute mon énergie pour mon aventure de reconversion professionnelle. Oui, je dis « emmerder », le verbe est vulgaire non pas par volonté mais de manière très naturelle. A vrai dire, c’est le seul qui me vient à la bouche. L’épisode d’hier, un exemple parmi tant d’autres en 128 jours, ne m’incite pas à user d’un autre langage. Alors Pôle, s’il te plait, ne m’emmerde plus. Oui, bien entendu, tu me verses une allocation chaque mois mais si je fouillais un peu dans les petites lignes des bulletins de salaire de l’époque où j’étais un homme bien qui avait un métier pour une durée indéterminée, je suis certain que je comprendrais que cet argent que tu me verses tu me le dois. Toi ou quelqu’un d’autre. Restons-en donc à un prêté pour un rendu pour éviter de tomber dans le grotesque de la radiation intempestive dont tu agites la bannière avec insistance ces derniers jours.

Balle au centre.