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297ème jour: la place est libre

Il n’y avait personne. J’aurais pu arriver en sifflotant.

Ce matin, je revenais chez Pôle pour retirer mon Attestation d’Inscription à un Stage de Formation. Ce n’était sans doute pas ma dernière venue mais je dois avouer qu’il y en avait tout de même la saveur. Le nombre de chômeurs en agence avait fortement baissé depuis ma visite d’hier, j’ai donc été reçu très rapidement. La conseillère qui a la plaisir de m’accueillir a été informée de l’objet de ma demande par sa collègue de l’accueil, elle me fait alors patienter dans son bureau le temps d’aller chercher les documents. Les lumières sont allumées, si vous êtes un habitué de mes billets vous connaissez ma théorie sur ce sujet, la lumière naturelle extérieure vient se mêler à celle de la pièce, je suis assis, tout va bien. J’entends les conversations mitoyennes et je trouve assez drôle de mêler dans ma tête la question du chômeur du bureau de droite et la réponse du conseiller du bureau de gauche. Sur l’échelle de Pôle, le côté absurde de mon petit jeu rend finalement la situation plus vraie que nature. Encore quelques instants et la réalité dépassait la fiction. Je suis interrompu dans ce divertissement pré-fabriqué par deux conseillères qui passent dans mon bureau, plus exactement celui dans lequel je patiente car je n’ai pas encore mes appartements chez Pôle. Elles discutent. Puis elles repassent. Et repassent encore. Elles discutent toujours, en marchant d’un bureau à l’autre, évoquant des problèmes de téléphone. C’est sans doute parce qu’elles discutaient de ce problème de téléphone qu’elles ne m’ont pas dit bonjour malgré leurs trois passages successifs à moins de trois mètres de moi dans un espace d’environ neuf mètres carrés. J’ai le compas dans l’oeil, faites moi confiance. Je me suis alors demandé si j’étais là. Croyez le si vous le voulez, j’étais là. J’attendais le retour de la conseillère qui, informée par sa collègue de l’accueil de l’objet de ma demande, m’avait fait patienter dans son bureau. La boucle étant bouclée, passons. Oui passons car ce matin comme hier, je suis détendu. Je suis convaincu que je vais repartir dans quelques minutes avec mon document, demain aura lieu la réunion de rentrée pour le CAP Pâtissier, alors je passe. D’ailleurs voilà ma conseillère du jour qui revient. Elle s’excuse même d’avoir été un peu longue. Elle remplit le document, me le fait signer, sourit et me souhaite une bonne journée. J’ai posé deux questions, une sur mon indemnisation pour qu’elle me confirme que rien ne changeait, l’autre sur les cases à cocher lors de ma déclaration mensuelle. Réponses claires et précises ont suivi chacun de mes points d’interrogation, il ne me restait qu’à la saluer et à lui souhaiter une bonne journée. Je libère la place.

En voiture, sur le chemin du retour, je reçois un appel. Numéro privé. J’ai le sentiment que c’est Pôle au bout du fil, peut-être même la conseillère que je viens de voir pour me dire que j’ai oublié quelque chose. J’avais presque vu juste. Presque car je n’aurais pas pu deviner qui était au bout du fil. C’était MA conseillère. Pas celle que je venais de voir quelques minutes plus tôt, pas une autre non plus, MA conseillère. MA conseillère personnelle. Rassurez-vous, j’avais pris soin de m’arrêter pour prendre l’appel, l’émotion aurait été trop forte pour que je reste attentif à la route. Elle m’informe, ce qui est déjà à la fois une première et une performance, qu’elle a bien eu note de mon annulation de rendez-vous. Elle poursuit en disant qu’elle a appris que j’allais entrer en formation, elle savait même qu’il s’agissait du CAP Pâtissier. Elle me demande alors si, à cet effet, quelqu’un m’a prévenu que je devais venir retirer une Attestation d’Inscription à un Stage de Formation, ce document que je viens de me faire remettre il y a environ dix minutes par l’une de ses collègues. Je lui réponds donc que je viens de me faire remettre ce document il y a environ dix minutes par l’une de ses collègues… Elle enchaine alors en me disant que mon indemnisation ceci, ma déclaration mensuelle cela, des informations que j’ai déjà comme vous l’avez compris mais qu’elle me donne avec une assurance et une forme de professionnalisme, tout de suite les grands mots, que je ne lui connaissais pas. En raccrochant, j’ai compris. En ayant été accepté en CAP Pâtissier dans le cadre du Plan Régional de Formation, je venais d’entrer dans une case. Je n’étais plus un cas à part, un illuminé qui quitte son travail pour changer de métier et créer une entreprise. Désormais, mon cas correspondait à une norme, ma conseillère n’avait plus qu’à réciter sa leçon avec la satisfaction, ou le soulagement, qu’elle ne devrait plus entendre parler de moi pendant plusieurs mois.

Se faire larguer par un coup de fil, c’est moche. Mais là c’est un consentement mutuel sincère, alors ça va.

295ème jour: exclamation(s)

Ce mois-ci, Pôle avait décidé que nous nous verrions.

Ce n’est là qu’un infime détail de l’été qui s’achève. Pôle, au bon milieu de ma semaine de vacances, m’écrivait pour me dire  que le mois de septembre nous permettrait de faire un point sur ma situation. Je n’étais plus à cela près mais cette correspondance reçue par mail était encore une fois la preuve que Pôle ne savait plus où il en était. Je me permets de transférer tout cela vers le présent, Pôle ne sait pas où il en est. Le fait de demander à me voir n’est pas le problème, d’autant que chacun sait que je n’ai pas besoin d’une invitation pour me rendre en agence. C’est plutôt le timing, le problème. Car à la date où Pôle souhaite me voir pour faire ce fameux point sur ma non moins fameuse situation, après-demain pour être précis, il serait bon pour lui et ses petites affaires qu’elle soit claire. Ma situation. Me voilà convoqué à quelques jours seulement de ce qui pourrait être ma rentrée scolaire. Ou à quelques jours d’une sérieuse déconvenue, je dois l’avouer, dans laquelle Pôle aura joué un rôle majeur. En somme, les ordinateurs de Pôle ont une nouvelle fois démontré que leur choix d’une date de manière aléatoire n’avait aucun sens face aux projets des différents administrés que nous sommes. Les conseillers face à ces ordinateurs ayant pour consigne de ne réfléchir que de manière aléatoire également, il faut être moralement très solide, et accessoirement non-violent extrémiste, pour garder les idées claires.

INTERRUPTION DU BILLET

Breaking news, comme disent ceux qui veulent rentabiliser l’option « anglais renforcé » prise au collège, celle qui ne laissait que trente minutes pour la cantine, une fois par semaine.

Croyez-moi sur parole. J’ai décidé en direct de modifier l’objet de ce billet. J’allais parler de qui vous savez, de cet entretien qui m’attend après-demain avec ma conseillère personnelle mais puisque vous avez lu le premier paragraphe, vous aviez déjà saisi. Mais voilà. Une actualité brulante est venue bousculer mon après-midi mais également un bout de ma vie sans doute. J’ai quelque peu provoqué cette situation en posant une question quelques minutes plus tôt à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Par mail. La réponse n’a pas tardé à arriver. Alors voilà, c’est fait. Mon dossier de demande de formation dans le cadre du Plan Régional de Formation a été retenu. Oui, c’est fait. Je vais intégrer une classe de CAP Pâtissier et faire ma rentrée scolaire dans quelques jours. Ne vous y trompez pas. S’il n’y a aucun point d’exclamation dans l’annonce de cette nouvelle tant attendue, c’est parce qu’ils sont tous dans ma tête, dans mes yeux, dans ma voix. J’ai évidemment explosé de joie en apprenant cette nouvelle. Oui, je vais intégrer une classe de CAP Pâtissier et faire ma rentrée scolaire dans quelques jours. Je suis d’ores et déjà convoqué jeudi, dans trois jours, pour la réunion de rentrée. Mon premier jour est quant à lui fixé à la semaine prochaine. Je ne sais pas si vous imaginez que je n’imagine pas encore. Une étape clé de ma reconversion professionnelle vient de se solder par un succès. Voilà, c’est fait. Et si je reste humble et sobre malgré l’excitation intense qui s’est emparée de moi, c’est parce que tout reste à faire.

Evidemment, je vais certainement éprouver l’envie de revenir plus en détails sur cet évènement du jour. Je suis encore sous le coup, à chaud, je ne sais qu’en dire ou qu’en penser. Mais d’ores et déjà, j’ai au moins deux messages à faire passer. Le premier pour Pôle. Non, je ne viendrais pas au rendez-vous dit « obligatoire » avec ma conseillère et j’aurais même l’élégance de venir te le signifier dès demain, en personne, en t’en donnant les raisons. Le second message est pour vous, très chers lecteurs. Je crois que nous allons bientôt nous quitter.

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267ème jour: règle de trois

Trois. C’est le nombre de places à prendre pour intégrer le CAP Pâtissier édition 2014-2015. Trois. Aujourd’hui nous étions dix candidats, ils seront peut-être autant lors de la prochaine session et il n’y a que trois places à prendre. Le décor est planté.

Aujourd’hui était l’un des jours principaux de ma reconversion professionnelle. J’étais convoqué à une réunion d’information collective au sujet du CAP Pâtissier puis à un entretien individuel. Hier, avec tout l’optimisme qui me caractérise, je m’imaginais sortir de tout cela confiant, pourquoi pas même rassuré, en tout cas très positif. A l’instant même où j’écris ces lignes, je me sens dans un tout autre état. Je me dois de constater que l’attente la pire vient à peine de commencer. Elle a débuté dès que j’ai refermé la porte du bureau dans lequel j’étais reçu pour mon entretien individuel. Face à moi, il y avait la responsable du centre de formation d’apprentis de la chambre des métiers et une conseillère de Pôle. Oui, bien sûr, Pôle était là. Lorsque j’ai pénétré dans le bureau, avant même de m’être assis face à mes interlocutrices, il m’a été demandé de « faire vite et d’aller à l’essentiel ». Mon empathie naturelle et mon humour tout terrain ont pris le soin de répondre pour moi en demandant si je prenais tout de même le soin de m’asseoir. Je souhaitais briser une certaine forme de tension née sans doute d’un manque de temps dont je me retrouvais victime, moi comme les autres candidats je n’en doute pas, avec un bon mot de manière à ce que nous partions sur de bonnes bases. Mais dans le même temps, en quelques secondes et tout en finissant par m’asseoir, je me suis remémoré les 266 jours précédents, les nombreuses difficultés, les virages à négocier, les embûches et autres douceurs  qu’il m’a fallu affronter, moi comme les autres candidats je n’en doute pas non plus, et j’ai trouvé dur que tout cela trouve pour accueil un « soyez bref, allez à l’essentiel » avant même que j’ai ouvert la bouche. Comme à mon habitude je ne jette pas la pierre et me contente d’un constat, à l’amiable de préférence.

Alors j’ai essayé d’être bref et d’aller à l’essentiel. Un mot sur ma carrière passée, un mot sur pourquoi la pâtisserie, un mot sur #Gourmandièse, mes motivations, mes ambitions, à court, moyen et long terme. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’évoquer ma pratique de la pâtisserie si ce n’est en évoquant, en un mot toujours, ma période de stage en entreprise. Il est vrai que j’avais décidé de mettre en avant mon projet de création d’entreprise car à quoi bon démontrer que l’on est déjà un excellent pâtissier lorsqu’on postule pour apprendre le métier ? Il est entendu que je ne suis peut-être pas celui d’entre les candidats qui a vécu le plus d’expériences professionnelles dans la pâtisserie mais est-ce vraiment un critère ? Faut-il être déjà un pâtissier confirmé pour postuler à l’apprentissage du métier ? Cela dit rien ne m’a été reproché à ce sujet mais je me suis tout de même interrogé suite à je ne sais plus quelle allusion de l’une de mes jurées du jour. Ces réflexions me rappellent que j’ai encore beaucoup de questions,  peut-être plus à vrai dire. Quels vont être réellement les critères de choix ? Est-ce l’initiative qui suivra la formation, la situation personnelle du candidat, ses difficultés à venir, ses « facilités » potentielles pour rebondir ? Est-ce que l’on sait réellement ce qui fait qu’un postulant monte sur le podium ? Les réponses à ces questions n’ont aucun intérêt, le fait même de se poser ces questions n’a à lui seul aucun intérêt. Il y a trois places à prendre. Trois.

Je ferais peut-être partie des heureux élus, je le souhaite vivement bien entendu, il va falloir attendre trois bonnes semaines avant de le savoir. Trois, encore. Cette reconversion professionnelle, la mienne, a débuté par le plan A du FONGECIF dont vous connaissez l’issue puisque vous êtes ici, à lire, chaque jour ou presque. Le plan B c’était aujourd’hui avec le Plan Régional de Formation, un aujourd’hui dont le contexte pousse à envisager un plan C. Ne serait-ce que pour être prévoyant.

Allez, je continue. A 3 on y va. 1… 2… 3.