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La cloche a sonné

Après 300 jours (et des poussières…) passés auprès de toi Pôle, il s’agissait pour moi de retourner à l’école. Mon aventure de reconversion professionnelle passant par l’obtention du CAP Pâtissier, je me retrouvais le cartable sur le dos, mallette d’ustensiles à la main, moi le jeune vieux parmi les jeunes jeunes. Ma re-scolarisation dura neuf mois et s’est terminée à 17h04 aujourd’hui par un cours de sciences appliquées.

En somme, une bonne gestation. J’espère désormais que le nouveau-né sera une fille, j’ai prévu de l’appeler Réussite. J’ai eu la chance, et surtout le plaisir, de retourner en classe au beau milieu d’une douzaine de futurs reconvertis professionnels venue ici comme moi pour changer de vie ou pour compléter leurs acquis. Ayant choisi des métiers différents, nous n’étions pas systématiquement en cours ensemble mais je crois que nous avons tout de même réussi à former une jolie petite bande. C’est naturellement avec un pincement au cœur que j’ai quitté le Centre de Formation d’Apprentis tout à l’heure, juste après l’embrassade réglementaire avec mes camarades. Ce pincement-là, je l’avais déjà ressenti quelques heures auparavant lorsque mon professeur de pâtisserie me gratifiait d’une attention toute particulière à la sortie de mon dernier cours avec lui, une tirelire en forme de vache et un petit mot. La tirelire me servirait à mettre le premier euro gagné à bord de mon futur camion à biscuits, c’est ce qu’il écrivait dans ces quelques lignes particulièrement touchantes. J’ai énormément appris à ses côtés, avec les autres professeurs aussi bien évidemment et je n’aurais de cesse de les remercier, mais il est vrai qu’avec celui-là en particulier les échanges étaient différents. Comme je suis dans les clins d’œil, j’en profite pour en adresser un à ma copine de classe Karine qui a passé toute l’année avec moi, de la salle de classe au laboratoire de pâtisserie. On a su s’épauler et se serrer les coudes quand il le fallait, tu nous aurais vu Pôle, tu aurais été fier de tes poulains. Cela dit, tu nous as peut-être vu d’ailleurs, voire même entendu puisque paraît-il tu pourrais te voir conférer le pouvoir de suivre tes administrés à la trace. Pas pour tout de suite visiblement mais nous savons tous que tout cela n’est qu’une question de temps. Bref, c’est une autre histoire, parlons plutôt de moi, comme tu le sais je préfère.

Mais oui, mais oui, l’école est finie. L’examen approche, la vraie fin aussi de par le fait, pour cette étape au moins. Entre temps, je vais avoir le plaisir, partagé sans doute, de passer te voir pour me ré-inscrire dans tes fichiers. Ma formation s’arrête, je vais donc changer de catégorie dans la famille des demandeurs d’emploi et revenir dans celle des vrais chômeurs, ceux qui sont comptés dans les chiffres dont on parle à la télévision. Tu imagines combien il me tarde. Je ne m’en fais pas un monde, j’attends de t’avoir face à moi pour cela, d’autant que j’ai tout un tas de questions à te poser. J’ai décidé de créer mon entreprise, je pense que le sujet à lui seul nous réserve des rendez-vous mémorables. Je te reparle de tout ça bientôt.

Salut Pôle, j’ai des devoirs a faire. Si tu vois ce que je veux dire.

Dans « convocation », il y a…

Salut Pôle,

Comment vas-tu depuis la dernière fois où l’on ne s’est pas vu ? Je continue mon bout de chemin, en n’oubliant pas bien sûr chaque mois de te préciser que je suis toujours à la recherche d’un emploi ce qui finalement n’est pas tout à fait vrai mais me permets de toucher ce qui me revient de droit. C’est le cas de le dire. La ligne d’arrivée est proche, arrivée n’est d’ailleurs pas le terme exacte puisqu’il s’agit là d’une étape, pas une simple étape mais simplement une étape. Oui Pôle, ça y est, j’ai reçu ma convocation officielle à l’examen. Dans quelques semaines, je passerai les épreuves du CAP Pâtissier, une partie pratique et une partie théorique. J’y pense en te le disant, peut-être as-tu reçu toi aussi une copie de cette convocation me concernant, peut-être même as-tu déjà commencé à m’envoyer tes bonnes ondes pour l’occasion. Si tant est, évidemment, que tu te souviennes de nos 300 jours de bonheur, de ce qui m’a poussé à revenir vers toi, de nos rendez-vous prévus ou improvisés, de ces instants magiques où dans ton bureau nous jouions à cache-cache, toi derrière ton ordinateur pendant que moi je comptais. Les minutes, les heures, les jours… les mois. Toute cette complicité pour en arriver là, très bientôt, la première étape diplômante de ma reconversion professionnelle. Tu auras remarqué que je garde tout le suspense sur la date, ou plutôt les dates précises. Mon côté taquin sans doute. Je te garde la surprise.

Et après me diras-tu ? Enfin, me dirais-tu, si tu avais le temps de t’occuper de toutes et de tous. Je vais te répondre, cela t’évitera de trouver du temps pour me poser la question. Je crois que j’ai vraiment mordu dans ce retour vers l’apprentissage d’un métier, l’école, le challenge personnel. C’est donc tout naturellement que mon premier souhait est de faire une année supplémentaire en mention complémentaire pâtisserie. Toujours par le biais du même Centre de Formation d’Apprentis mais cette fois-ci dans une autre entreprise pour la partie professionnelle. J’arrive en fin de parcours avec celle qui m’a accueilli à bras ouverts cette année en tant que stagiaire, j’y ai vu tout ce que je voulais voir au sein d’une joyeuse équipe de professionnels. Je les remercie pour tout cela et j’espère aller fêter l’obtention de mon diplôme autour d’un verre avec eux.

Puis il y a #Gourmandièse également. Pour cela, Pôle, je n’ose même pas te demander si tu te souviens. Il s’agit de ma petite entreprise, celle qui m’a fait opter pour la reconversion professionnelle, ma biscuiterie ambulante. Oui, #Gourmandièse est toujours d’actualité, plus que jamais même! Priorité à l’obtention du diplôme évidemment mais cette aventure se dessine chaque jour un peu plus, un peu mieux, dans mon esprit d’entrepreneur en herbe. Grâce à quelques fidèles, amis de plus ou moins longues dates, curieux et autres inconnus, j’ai pu tester quelques réalisations, honorer des commandes et me retrouver dans le grand bain. Alors oui, plus que jamais, #Gourmandièse est à l’ordre du jour. Concept, camion, plan de financement, commandes, fournisseurs, gestion… Tu serais fier de moi Pôle! Et si ce n’est pas le cas, je le suis pour nous deux!

Bisous.

Abonné absent

Pôle, fais un effort. S’il te plait. Juste un. Même petit.

Je t’attendais. Cela fait de longues semaines que nous ne nous sommes plus vus et enfin un rendez-vous se dessinait. Pour une fois, c’est même toi qui allais venir à moi. Je n’étais pas peu fier de te recevoir dans mon école, j’étais même déçu que ta venue ne coïncide pas avec le jour de la photo de classe. Quelle allure cela aurait eu que de te voir à mes côtés sur un papier glacé immortalisant l’instant. Mais il n’y avait ni photo de classe, ni toi. Nous étions réunis mes camarades et moi pour faire le bilan intermédiaire de notre formation, en présence notamment d’une représentante de la région venue s’assurer que les deniers publics ont été bien investis. Autour de la table, je crois bien qu’il ne manquait que toi Pôle. Chacun à notre tour, nous avons pris la parole pour partager notre ressenti sur l’alternance entre le centre de formation et l’entreprise, la qualité de l’enseignement, la place de la pédagogie, la suite que nous aimerions donner à tout cela. Bien sûr, lorsque mon tour est venu, je ne suis pas resté muet. Tu me connais. Mes camarades ont immédiatement perçu ma déception d’avoir à parler de toi sans que tu ne sois présent, moi-même j’ai hésité à prendre la parole en me demandant à quoi bon. Mais j’ai fait le boulot comme on dit. Tu me connais. Oui j’ai parlé de toi, de nos souvenirs, tout au moins des miens car je doute que tu aies eu la délicatesse d’en garder ne serait-ce qu’un, dans le fond du dernier tiroir de ton bureau. Tu m’as abandonné Pôle. Encore. Alors même que j’ai fait le travail à ta place depuis tout ce temps, sans te ménager dans mes prises de position certes mais tu reconnaitras peut-être un jour que c’est un minimum, tu m’abandonnes encore. Je me suis senti comme ce footballeur en herbe dont le papa a oublié l’heure du match et laisse une place vide dans les tribunes. Tu avais là un tapis rouge prêt à recevoir ta démarche maladroite, un chemin tout tracé pour tirer profit du relatif succès de ma formation à ce jour, mais même là, tu m’abandonnes. C’est à n’y rien comprendre. C’était l’occasion inespérée pour nous de recoller les morceaux, devant témoins qui plus est, j’étais même prêt à faire semblant, un tout petit peu. Tu me connais. Mais toi Pôle, tu n’es pas venu, tu n’as rien vu et jusqu’à preuve du contraire tu n’as rien vaincu. J’ai fini de croire que jamais tu ne me manquerais.

En pâtisserie, la régularité est un savoir-faire fondamental. J’apprécie la tienne Pôle, cette régularité, cette constance dans le rien.